Nous sommes entrés dans une ère où les inégalités vont croître à un niveau bien supérieur à celui d'aujourd'hui. En effet, les réponses apportées à cette crise sanitaire ne sont pas dans l'objectif de favoriser les classes sociales les plus modestes. Le seul objectif est la relance de l'économie, non pas pour créer des nouvelles opportunités colossales qui bénéficieront à toutes et tous, mais pour espérer un retour de l'activité et in fine, honorer la dette.

La relance économique passera par la planche à billet. C'est évidemment un outil nécessaire. Cependant, l'allocation du capital monétaire engagé dans le relance aura très peu d'effets sur les classes très modestes. Autrement dit, les perspectives à venir, fondées sur ces politiques publiques, n'auront aucun effet sur le fossé inégalitaire qui ronge les petites classes sociales.

D'ailleurs, l'éducation, qui est une des dimensions les plus fondamentales de notre société, n'est véritablement pas au coeur de la transformation voulue par ce déluge monétaire. En réalité, nous continuons à ignorer que l'éducation représente l'investissement le plus intelligent et le plus rentable à long terme. Effectivement, s'endetter pour améliorer les conditions d'enseignement est un coût en temps T d'un point de vue bilantaire, mais un investissement à haut rendement d'un point de vue économique. Nous pourrions même songer à creuser immensément le déficit, si cela profitait exclusivement à l'éducation. Partant de la réalité que celui-là serait largement compensé à terme.

L'éducation constitue une artillerie dont l'efficacité face aux inégalités est supérieure à toutes les formes de régimes fiscaux. Ces derniers ne constituent qu'un dispositif secondaire, même s'ils ont leur importance dans l'organisation de la société.

En réalité, nous aurions dû profiter de cette crise, pour orienter une partie importante du déluge monétaire dans la structure éducationnel. Mais, il n'est pas trop tard. Il existe une méthode trop peu exploitée qui ferait de l'éducation un relais majeur pour diminuer les inégalités sociales, qui grimperont d'une manière ou d'une autre de manière colossale après cette crise. Ce relais se nomme l'"adaptive learning" ou "apprentissage adaptatif" et constitue une application extraordinairement prometteuse de l'intelligence artificielle. Cette méthode d'apprentissage consiste à collecter les données, de manière anonymisée des élèves, pour aider le professeur à optimiser l'accompagnement. Ce qui revient à déployer une forme d'éducation personnalisée dont la qualité est de diminuer drastiquement les décrochages scolaires et d'augmenter les chances de toutes et tous. Quelle que soit la prédisposition scolaire. Une stratégie gagnante serait donc de généraliser une forme d'éducation "augmentée" qui permettrait de mitiger l'accroissement dans les écarts de richesse, en utilisant l'investissement monétaire comme marche-pied. Cette crise sanitaire exacerbera les inégalités, mais dans une perspective structurelle, l'IA constituera l'outil suprême pour mettre fin à ce niveau d'inégalité sociale exorbitant.

Les inégalités sèment même une terre fertile, dans laquelle se cultivent les conflits entre libéraux et socialistes ou encore entre égalitaristes et libertariens. Toutefois, aucune de ces idéologies ne confèrent à l'éducation le rôle principale pour construire une nouvelle société plus juste. Toutes les mesures pensées et exécutées actuellement sont de l'ordre du court terme. L'explication est fondée sur un argument fallacieux et peu assumé, qui consiste à condamner l'éducation dans son impossibilité de produire des effets immédiats. Ce qui est une faille gargantuesque de notre système d'organiser la res publica.

Dans l'ouvrage hautement réputé de John Rawls, "La théorie de la justice", ce dernier appelait à une imposition plus importante des individus aux revenus supérieurs, pour maximiser l'utilité des moins favorisés. Ainsi, la mobilité sociale serait plus croissante et in fine, les inégalités moins spectaculaires. C'est la position égalitariste. A cela, Robert Nozick y fustigeait la sous-considération de liberté individuelle, exprimée par l'imposition arbitraire des plus aisés. C'est la position libertarienne.

Cependant, avec l'intelligence artificielle, par l'entremise de l' "adaptive learning", peut-être entrerions-nous dans un compromis idéologique ? En d'autres termes, nous pourrions réconcilier ces deux idéologies de gauche et de droite, qui structurent encore les positions politiques de nos élus aujourd'hui. En réalité, l'impôt représente un levier social a posteriori pour lutter contre les inégalités. Même si cet outil demeure fondamental est important, il reste largement moins efficace qu'un levier à priori. Et l'éducation est précisément ce levier à priori.

Effectivement, avec l'émergence de l'intelligence artificielle généralisée dans l'éducation, nous irons sur un terrain d'apprentissage pleinement inclusif. Ce qui sera inévitablement la révolution suprême du millénaire, car elle éradiquera une grande partie des inégalités. Si les conditions éthiques sont bien respectées. Avec l'IA, l'enseignement devient pour tout le monde, car l'intelligence artificielle perfectionne son système des données collectées durant les leçons. Et à mesure que le volume de données augmente, le système devient plus efficace. C'est dans cette perspective prometteuse que nous devons sans attendre, mettre explicitement en valeur l'éducation comme relais central, définir l'apprentissage adaptatif comme levier à priori anti-inégalités et créer un nouveau projet de société autour de l'éducation augmentée. Ce plan concret, possible que par l'intelligence artificielle, produira des effets incroyablement contributeurs au bien-être individuel et collectif. Lorsqu'un apprenant dispose de la possibilité d'apprendre davantage sur les dimensions dans lesquelles il peut exceller, alors le décrochage scolaire n'est plus. A nous de générer cette confiance dans l'intelligence artificielle dans le débat public, pour éradiquer les fantasmes sur cette technologie.

Badr Boussabat

Economiste, Politologue et Auteur de "L'intelligence artificielle : notre meilleur espoir" (2020)

Nous sommes entrés dans une ère où les inégalités vont croître à un niveau bien supérieur à celui d'aujourd'hui. En effet, les réponses apportées à cette crise sanitaire ne sont pas dans l'objectif de favoriser les classes sociales les plus modestes. Le seul objectif est la relance de l'économie, non pas pour créer des nouvelles opportunités colossales qui bénéficieront à toutes et tous, mais pour espérer un retour de l'activité et in fine, honorer la dette.La relance économique passera par la planche à billet. C'est évidemment un outil nécessaire. Cependant, l'allocation du capital monétaire engagé dans le relance aura très peu d'effets sur les classes très modestes. Autrement dit, les perspectives à venir, fondées sur ces politiques publiques, n'auront aucun effet sur le fossé inégalitaire qui ronge les petites classes sociales.D'ailleurs, l'éducation, qui est une des dimensions les plus fondamentales de notre société, n'est véritablement pas au coeur de la transformation voulue par ce déluge monétaire. En réalité, nous continuons à ignorer que l'éducation représente l'investissement le plus intelligent et le plus rentable à long terme. Effectivement, s'endetter pour améliorer les conditions d'enseignement est un coût en temps T d'un point de vue bilantaire, mais un investissement à haut rendement d'un point de vue économique. Nous pourrions même songer à creuser immensément le déficit, si cela profitait exclusivement à l'éducation. Partant de la réalité que celui-là serait largement compensé à terme.L'éducation constitue une artillerie dont l'efficacité face aux inégalités est supérieure à toutes les formes de régimes fiscaux. Ces derniers ne constituent qu'un dispositif secondaire, même s'ils ont leur importance dans l'organisation de la société. En réalité, nous aurions dû profiter de cette crise, pour orienter une partie importante du déluge monétaire dans la structure éducationnel. Mais, il n'est pas trop tard. Il existe une méthode trop peu exploitée qui ferait de l'éducation un relais majeur pour diminuer les inégalités sociales, qui grimperont d'une manière ou d'une autre de manière colossale après cette crise. Ce relais se nomme l'"adaptive learning" ou "apprentissage adaptatif" et constitue une application extraordinairement prometteuse de l'intelligence artificielle. Cette méthode d'apprentissage consiste à collecter les données, de manière anonymisée des élèves, pour aider le professeur à optimiser l'accompagnement. Ce qui revient à déployer une forme d'éducation personnalisée dont la qualité est de diminuer drastiquement les décrochages scolaires et d'augmenter les chances de toutes et tous. Quelle que soit la prédisposition scolaire. Une stratégie gagnante serait donc de généraliser une forme d'éducation "augmentée" qui permettrait de mitiger l'accroissement dans les écarts de richesse, en utilisant l'investissement monétaire comme marche-pied. Cette crise sanitaire exacerbera les inégalités, mais dans une perspective structurelle, l'IA constituera l'outil suprême pour mettre fin à ce niveau d'inégalité sociale exorbitant.Les inégalités sèment même une terre fertile, dans laquelle se cultivent les conflits entre libéraux et socialistes ou encore entre égalitaristes et libertariens. Toutefois, aucune de ces idéologies ne confèrent à l'éducation le rôle principale pour construire une nouvelle société plus juste. Toutes les mesures pensées et exécutées actuellement sont de l'ordre du court terme. L'explication est fondée sur un argument fallacieux et peu assumé, qui consiste à condamner l'éducation dans son impossibilité de produire des effets immédiats. Ce qui est une faille gargantuesque de notre système d'organiser la res publica. Dans l'ouvrage hautement réputé de John Rawls, "La théorie de la justice", ce dernier appelait à une imposition plus importante des individus aux revenus supérieurs, pour maximiser l'utilité des moins favorisés. Ainsi, la mobilité sociale serait plus croissante et in fine, les inégalités moins spectaculaires. C'est la position égalitariste. A cela, Robert Nozick y fustigeait la sous-considération de liberté individuelle, exprimée par l'imposition arbitraire des plus aisés. C'est la position libertarienne.Cependant, avec l'intelligence artificielle, par l'entremise de l' "adaptive learning", peut-être entrerions-nous dans un compromis idéologique ? En d'autres termes, nous pourrions réconcilier ces deux idéologies de gauche et de droite, qui structurent encore les positions politiques de nos élus aujourd'hui. En réalité, l'impôt représente un levier social a posteriori pour lutter contre les inégalités. Même si cet outil demeure fondamental est important, il reste largement moins efficace qu'un levier à priori. Et l'éducation est précisément ce levier à priori.Effectivement, avec l'émergence de l'intelligence artificielle généralisée dans l'éducation, nous irons sur un terrain d'apprentissage pleinement inclusif. Ce qui sera inévitablement la révolution suprême du millénaire, car elle éradiquera une grande partie des inégalités. Si les conditions éthiques sont bien respectées. Avec l'IA, l'enseignement devient pour tout le monde, car l'intelligence artificielle perfectionne son système des données collectées durant les leçons. Et à mesure que le volume de données augmente, le système devient plus efficace. C'est dans cette perspective prometteuse que nous devons sans attendre, mettre explicitement en valeur l'éducation comme relais central, définir l'apprentissage adaptatif comme levier à priori anti-inégalités et créer un nouveau projet de société autour de l'éducation augmentée. Ce plan concret, possible que par l'intelligence artificielle, produira des effets incroyablement contributeurs au bien-être individuel et collectif. Lorsqu'un apprenant dispose de la possibilité d'apprendre davantage sur les dimensions dans lesquelles il peut exceller, alors le décrochage scolaire n'est plus. A nous de générer cette confiance dans l'intelligence artificielle dans le débat public, pour éradiquer les fantasmes sur cette technologie.Badr BoussabatEconomiste, Politologue et Auteur de "L'intelligence artificielle : notre meilleur espoir" (2020)