Selon vous, le Vatican est devenu un " bastion gay " où règnent l'hypocrisie et le mensonge. Avez-vous eu des réactions de prélats depuis la sortie de votre livre, le 21 février ?
...

Selon vous, le Vatican est devenu un " bastion gay " où règnent l'hypocrisie et le mensonge. Avez-vous eu des réactions de prélats depuis la sortie de votre livre, le 21 février ? Jusqu'ici, je n'ai pas eu de critiques de hauts responsables catholiques sur le contenu du livre. Cela viendra sûrement, même si toutes les citations de Sodoma sont exactes. Si j'avais publié tout ce qu'on m'a raconté au cours de mes quatre années d'enquête, je pense que le Vatican aurait déjà explosé ! Les membres des hautes sphères vaticanes passent leur temps à cancaner, à dire qu'untel couche avec untel, que leurs collègues sont des menteurs invétérés... Certains ont tenu devant moi des propos d'une violence incroyable contre le pape François ! Les nonces et les évêques qui gravitent autour de cet univers sont plus venimeux encore que les cardinaux, hommes précautionneux et prudents. Alimenté par plusieurs scandales, le thème de l'homosexualité au Vatican a déjà été évoqué par des vaticanistes, des prêtres... Qu'est-ce que votre enquête apporte de neuf ? Au début, je ne mesurais pas l'ampleur du phénomène. J'ai commencé à travailler en tâtonnant, en me demandant si ce qu'on me soufflait à l'oreille était crédible. Puis, j'ai réalisé que j'étais face à l'un des plus grands secrets des cinquante dernières années : l'existence, au sein du Saint-Siège, d'un vaste réseau de relations homophiles et homosexualisées. Plus on monte dans la hiérarchie, plus on trouve des homosexuels. Ils ont tendance à se coopter, par méfiance des hétérosexuels. C'est un monde sans femmes. La misogynie y est abyssale. Ce n'est pas un " lobby gay " mais un " système gay " que je décris, un monde parallèle où ceux qui mènent la lutte morale de l'Eglise contre l'homosexualité ont une vie cachée d'homosexuels refoulés ou de gays actifs. Cela dit, les médias me prêtent à tort l'estimation selon laquelle 80 % des clercs du Vatican seraient des homosexuels. Cette phrase n'est pas de moi : elle a été prononcée par l'une des sources que je cite, un prêtre qui a vécu longtemps au Vatican. Votre livre est sorti alors que toute l'attention se porte sur les abus sexuels dans l'Eglise. Ce télescopage ne risque-t-il pas de créer un amalgame entre pédophilie et homosexualité ? Ce calendrier m'échappe : en fait, mon livre aurait dû paraître en septembre dernier. Sa sortie a été retardée de cinq mois parce que huit éditeurs ont voulu le traduire dans d'autres langues. Je ne pouvais deviner, quand j'ai achevé mon enquête de quatre ans, que le livre serait publié en pleine actualité sur la pédophilie dans l'Eglise. Il n'y a ni télescopage, ni amalgame : mon livre ne traite pas des abus sexuels eux-mêmes, mais de la culture du secret qui, dans certains cas, les produit. Les victimes des abus de prêtres pédophiles sont, à 80 % au moins, des garçons. Il y a donc un lien entre l'homosexualité réprimée ou sublimée de membres du clergé et les abus sexuels sur mineurs qui secouent l'Eglise. Vous pointez un autre lien : les évêques qui ont couvert des prêtres soupçonnés ou convaincus de pédophilie seraient, dans la majorité des cas, des homosexuels. C'est l'une des conclusions de ma démonstration. L'homosexualité de ces évêques les rend très vulnérables : soit ils craignent une forme ou l'autre de chantage, soit ils vivent dans la culpabilité, car l'Eglise ne cesse de leur répéter que les actes d'homosexualité sont " intrinsèquement désordonnés ". L'Eglise a toujours confondu les actes homosexuels entre adultes consentants et les actes non consentis entre un adulte et un mineur dans le cadre d'une relation d'autorité. Je connais des évêques sanctionnés par leur hiérarchie et démis de leurs fonctions pour avoir couché avec des garçons majeurs lors d'une relation consentie. Ces évêques n'ont pas osé se défendre, car ils sont piégés par le système. L'homosexualité s'est invitée au sommet mondial du Vatican consacré à la pédophilie. Deux cardinaux ultraconservateurs, l'Américain Raymond Burke et l'Allemand Walter Brandmüller, ont appelé à condamner, je cite, " le fléau de la cause homosexuelle qui s'est propagé à l'intérieur de l'Eglise, promu par des réseaux organisés... ". Que penser de cette offensive ? Cette lettre ouverte confirme ma thèse sur la double vie schizophrénique des cardinaux réactionnaires. A longueur d'interviews, Raymond Burke critique une " Eglise trop féminisée ". Il est pourtant la quintessence de cette féminité, avec ses robes à vertugadin et ses jarretières au-dessus du genou ! Il stigmatise les réseaux homosexuels du Vatican, alors qu'il a l'allure d'une drag queen et qu'on le voit entouré de jeunes et beaux séminaristes, de chaperons obséquieux, de garçons d'honneur chargés de porter la longue traîne rouge de sa cappa magna, tels les enfants d'honneur d'une mariée. Je ne sais rien de sa vie privée, je décris ce que j'ai vu. Son homophobie obsessionnelle trahit une personnalité complexe. Pointer ainsi l'hypocrisie de ces cardinaux conservateurs sert les intérêts du pape François, confronté aux attaques de ces prélats. C'était votre intention en publiant Sodoma ? Je suis un chercheur et je n'ai pas d'agenda politique. Au départ, j'étais même très réservé à l'égard de Jorge Bergoglio, jésuite argentin au passé péroniste. Le pape François a accumulé demi-vérités et demi-mensonges. Son âge explique en partie les limites de son progressisme, son hostilité à la théorie du genre et au mariage gay. Si j'ai éprouvé de plus en plus de sympathie pour le pape, c'est parce qu'il est la cible des attaques injustes d'une extrême droite catholique homophobe. On lui reproche d'avoir protégé des évêques et cardinaux suspectés d'abus, alors que ces prélats ont en fait été nommés par ses prédécesseurs. Les nuages s'accumulent au-dessus de l'Eglise, gangrenée par le fléau des abus sexuels. Elle joue sa survie ? L'institution existe depuis deux millénaires et devrait survivre au chaos actuel. Mais sur le plan doctrinaire, l'Eglise catholique est au fond du trou, elle a atteint l'obsolescence programmée. Il est grand temps qu'elle entreprenne un profond aggiornamento, qui passe forcément par une remise en question de la chasteté et du célibat des prêtres. Ces règles ont conduit à l' " homosexualisation " massive du clergé. Beaucoup d'hétérosexuels quittent les rangs de l'Eglise ou ne veulent plus la rejoindre, l'obligation du célibat étant difficilement supportable. L'Eglise doit comprendre que ce n'est pas l'homosexualité qui est contre nature, mais la chasteté !