Les triplés américains, Edward Galland, David Kellman et Robert Shafran, nés en 1961, ne se sont connus que 20 ans après leur naissance. Placé à l'âge de six mois dans trois familles séparées de milieu socio-économique différent, chacun ignorait jusque-là qu'il avait des frères. Et, surtout, que toute leur jeunesse, ils avaient été observés dans le cadre d'une étude scientifique non divulguée.
...

Les triplés américains, Edward Galland, David Kellman et Robert Shafran, nés en 1961, ne se sont connus que 20 ans après leur naissance. Placé à l'âge de six mois dans trois familles séparées de milieu socio-économique différent, chacun ignorait jusque-là qu'il avait des frères. Et, surtout, que toute leur jeunesse, ils avaient été observés dans le cadre d'une étude scientifique non divulguée. Le but de cette expérience scientifique malsaine était de suivre le développement de ces frères génétiquement identiques élevés dans des circonstances et des environnements différents afin de dissocier l'inné de l'acquis entre jumeaux. Toute leur jeunesse, Edward, David et Robert ont ainsi été observés à intervalle régulier par des scientifiques afin de comprendre dans quelle mesure l'influence de leur contexte social a joué dans leur éducation. Leur histoire est racontée dans le documentaire Three Identical Strangers. Présenté pour la première fois au festival du film de Sundance 2018, où il a remporté un prix spécial du jury, le documentaire revient sur l'histoire et le combat de ces triplés pour connaître la vérité sur leur séparation et sur les détails de l'expérience sociale et psychologique à laquelle ils ont participé à leur insu. Diffusé cette semaine au festival DocVille de Leuven (voir encadré ci-dessous), le film combine images d'archives, scènes reconstituées et interviews. Il retrace comment les trois frères se sont rencontrés au début des années 80, de manière tout à fait fortuite à l'âge de dix-neuf ans. Ils sont alors devenus très proches, se découvrant de troublantes similitudes. Très vite, ils ont été confrontés à la réalité: il n'existe aucun document officiel qui détaille l'expérimentation psychologique de mauvais goût à laquelle ils ont pris part. Le directeur de la recherche, Peter Neubauer, un psychologue réputé qui a collaboré avec Anna Freud et émigré aux USA après la Seconde Guerre mondiale est décédé en 2008. Il n'a jamais rien publié à ce sujet. Il a, par ailleurs, rendu les documents relatifs à son expérimentation inaccessible jusqu'en 2065. Ils sont à ce jour gardés dans les archives de l'université de Yale, comme s'il s'agissait de documents militaires. Ce qui fait en sorte qu'aucune des personnes impliquées dans cette expérience n'y aura accès avant sa mort. Les témoins de l'étude ne veulent pas en parler pour motifs privés, d'autres réfutent y avoir pris part. Seule Natasha Josefowitz, âgée de 92 ans, qui a été impliquée de près dans l'expérience a bien voulu témoigner pour la première fois. Mais, ce que regrettent le plus les protagonistes de cette histoire, c'est que tout cela n'a abouti à rien, rapporte le journal De Morgen. Citant le réalisateur du documentaire Tim Wardle: "Des vies ont été détruites, mais on en a rien tiré. Jusqu'à leurs 19 ans, ils ont vécu dans une sorte de Truman Show, ils ont évolué en plein mensonge. Si cela ne devait tenir qu'à eux, tout devrait été dévoilé pour la recherche." Au terme de ce documentaire, de nombreuses questions restent en suspens: pourquoi la structure d'adoption n'a-t-elle pas mis les parents adoptifs au courant que leur enfant avait des frères? Pour quelle raison ne leur a-t-on jamais demandé s'ils ne voulaient pas également les adopter? Le documentaire n'aborde que très vaguement le rôle de la mère biologique, une adolescente qui serait tombée enceinte lors de son bal de promotion, et dont l'ombre plane sur le film. Personne ne semble lui avoir demandé son accord pour mener cette expérience dont les résultats devaient rester secrets pendant des décennies. Les trois garçons, pour leur part, ont été confrontés à des problèmes psychologiques pendant des années. L'un d'entre eux, Edward Galland, s'est suicidé en 1995.