Ce bouleversement dans le commerce de l'or noir recèle des conséquences géopolitiques insoupçonnées. Rétroactes. Préoccupée par le recul de la demande chinoise en hydrocarbures en raison d'une production industrielle ralentie, coronavirus oblige, l'Arabie saoudite espérait soutenir un prix du baril à un certain niveau en s'accordant avec son allié russe sur une réduction des quotas de production. Depuis une alliance scellée en 2016, Moscou et Riyad s'entendaient bon gré, mal gré pour assurer la stabilité du marché. Mais cette fois-ci, la Russie, forte de ses réserv...

Ce bouleversement dans le commerce de l'or noir recèle des conséquences géopolitiques insoupçonnées. Rétroactes. Préoccupée par le recul de la demande chinoise en hydrocarbures en raison d'une production industrielle ralentie, coronavirus oblige, l'Arabie saoudite espérait soutenir un prix du baril à un certain niveau en s'accordant avec son allié russe sur une réduction des quotas de production. Depuis une alliance scellée en 2016, Moscou et Riyad s'entendaient bon gré, mal gré pour assurer la stabilité du marché. Mais cette fois-ci, la Russie, forte de ses réserves financières et de sa conviction de pouvoir résister durablement à des prix bas, a refusé de se rallier à la proposition saoudienne. Résultat : une fuite en avant de l'Arabie saoudite qui a décidé d'importantes réductions sur le prix de son brut et promis d'augmenter sa production. Avec, pour conséquence, l'exact inverse de l'objectif initial recherché : la poursuite de la baisse des cours. L'histoire dira si l'option privilégiée par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) est à ranger dans la catégorie des décisions irraisonnables qui lui ont été reprochées depuis qu'il exerce de facto le pouvoir au sein de la monarchie wahhabite. Le soutien massif aux forces gouvernementales dans la guerre civile au Yémen ou la rupture des relations avec le Qatar voisin pour cause de soutien présumé au terrorisme et à la cause iranienne n'ont pas été couronnés par le succès escompté. A vrai dire, le renversement de stratégie abrupt et contre-productif de Riyad inclinerait à penser qu'il n'est que transitoire. Sauf que l'issue de ce bras de fer se jouera à celui qui cédera le premier et qu'entre deux potentats arrogants, la confrontation risque de durer un certain temps. D'autant que Vladimir Poutine, surtout, trouve un intérêt à prolonger cette tendance baissière : pénaliser les Etats-Unis devenus ces dernières années le premier producteur mondial grâce à l'extraordinaire croissance de son pétrole de schiste. Une politique durable des bas prix du brut de Sibérie et du Moyen-Orient en réduirait l'attrait, menacerait la viabilité des entreprises américaines les plus fragiles et, qui sait ? , viendrait plomber la marche triomphale vers sa réélection d'un Donald Trump dopé par les résultats de l'économie. L'extrapolation politique de cette joute économique apparaît improbable en regard des relations qu'a entretenues Vladimir Poutine avec le président américain depuis et même avant son élection. Comme semble l'être sa version maximaliste, qui imagine une collusion russo-saoudienne contre les Etats-Unis derrière les tensions de façade. Il importe néanmoins de garder à l'esprit que la donne géopolitique a changé au Moyen-Orient, que la Russie s'y est taillé une place de choix et que Moscou et Riyad ont appris à coopérer, économiquement et diplomatiquement.