Maria Butina, 30 ans, a atterri samedi midi à Moscou en provenance de Miami.

Vendredi, elle a été libérée de la prison de Tallahassee, capitale administrative de la Floride, où elle a été emprisonnée près de 18 mois.

"Je suis très contente de rentrer à la maison. Je suis très reconnaissante à tous ceux qui m'ont soutenue, aux citoyens russes qui m'ont aidée et écrit des lettres", a-t-elle déclaré à l'arrivée, émue, aux journalistes rassemblés à l'aéroport.

"Merci beaucoup au ministère des Affaires étrangères et aux diplomates qui se sont battus pour moi tous les jours", a-t-elle ajouté, les bras chargés de fleurs et escortée par son père et par la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova, venus l'accueillir. "Les Russes ne se rendent pas!", a-t-elle conclu, vêtue d'un jogging bleu, ses longs cheveux roux encadrant son visage.

Arrêtée en juillet 2018, Maria Butina est la seule citoyenne russe à avoir été condamnée dans les affaires d'ingérence dans la politique intérieure américaine, bien que son rôle semble avoir été limité.

"Complot"

Elle avait tissé des liens avec la National Rifle Association (NRA), puissant lobby américain des armes à feu et très proche du parti républicain. Elle s'était servie pour cela de sa propre organisation russe de défense du port d'armes.

Ses contacts avec la NRA lui avaient permis d'approcher Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016.

Maria Butina avait été condamnée à 18 mois de prison en avril dernier, dont près de la moitié reconnue comme déjà purgée. Elle avait été accusée de "complot" en vue de "promouvoir les intérêts de la Russie" mais sa condamnation ne porte que sur un défaut d'enregistrement en qualité d'agent étranger, une exigence de la loi américaine.

Aucun lien n'a été établi non plus par la justice américaine avec les agences de renseignement russes. Mais les procureurs ont estimé qu'elle entretenait des contacts réguliers avec l'ambassade de Russie et avec des responsables en relation avec les services de renseignement.

Maria Butina a toujours clamé son innocence et affirmé qu'elle avait surtout cherché à créer des liens personnels entre son pays et les Etats-Unis, où elle étudiait à l'American University de Washington

Lors de sa condamnation, le ministère russe des Affaires étrangères avait condamné des accusations "fabriquées de toutes pièces", qualifiant Butina de "victime d'une rude confrontation entre diverses forces politiques aux Etats-Unis et d'une campagne antirusse effrénée dans l'esprit du maccarthysme".

"Tout le monde me détestait"

La chaîne de télévision RT, financée par l'Etat russe, a diffusé samedi des images d'elle dans un minibus, dénonçant "l'horreur dans laquelle je me suis retrouvée" en prison aux Etats-Unis.

"Absolument tout le monde me détestait", a-t-elle affirmé, indiquant avoir regardé en prison des émissions qui montraient "les photos les plus laides de moi". "C'était très dur", a-t-elle ajouté.

La procédure qui a conduit Maria Butina en prison est distincte de la grande enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller sur les accusations d'ingérence de la Russie dans la campagne 2016.

Dans cette enquête, Robert Mueller a prononcé près d'une trentaine d'inculpations visant des individus ou des entités russes. Mais toutes ces personnes vivent en Russie et sont hors d'atteinte de la justice américaine.

La libération de Butina a éveillé des spéculations sur l'accélération de celle de Paul Whelan, un Américain arrêté en décembre 2018 en Russie, où il est accusé d'espionnage.

Son frère, David Whelan, a néanmoins confié cette semaine à l'AFP que Moscou pourrait demander une contrepartie beaucoup plus grande afin de le libérer.