La Slow TV, c'est l'incarnation de langueur télévisuelle. C'est une émission où il ne se passe rien ou presque. On n'y voit ni intrigue, ni rebondissement. Un programme où les minutes semblent s'égrener sans fin. Ce qui, présenté comme cela, pourrait passer pour rébarbatif est en réalité un genre télévisuel en plein boom et qui peut aujourd'hui se targuer d'un succès planétaire. Si le phénomène a pris de l'ampleur en Norvège, la Slow TV bat aujourd'hui partout dans le monde des records d'audience.
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La Slow TV, c'est l'incarnation de langueur télévisuelle. C'est une émission où il ne se passe rien ou presque. On n'y voit ni intrigue, ni rebondissement. Un programme où les minutes semblent s'égrener sans fin. Ce qui, présenté comme cela, pourrait passer pour rébarbatif est en réalité un genre télévisuel en plein boom et qui peut aujourd'hui se targuer d'un succès planétaire. Si le phénomène a pris de l'ampleur en Norvège, la Slow TV bat aujourd'hui partout dans le monde des records d'audience. Depuis plusieurs années, la chaîne norvégienne NRK n'hésite pas à diffuser en prime time et parfois durant 134 heures un feu qui crépite ou une croisière dans les fjords. Sur le Huffingtonpost, Rune Moeklebust, directeur d'unité de programme chez NRK s'explique: "C'est de la télé-réalité au sens littéral du terme: quelque chose d'authentique, que l'on montre en temps réel et sans condensé". La première émission du genre remonte à 2009 à l'occasion du centenaire de la ligne ferroviaire qui relie Bergen et Oslo. Le voyage est diffusé en temps réel en utilisant des images d'archives pour occuper les longues traversées de tunnels. Près d'un quart des Norvégiens suivront l'émission qui s'étalait tout de même sur 7 heures et 16 minutes. Et dont voici un extrait de 3h56. Mais ce n'est là qu'un début, car 3,2 millions de téléspectateurs ont ensuite suivi, entre autres, les pérégrinations d'un paquebot qui longe les côtes norvégiennes. Le phénomène captive tous les âges et se base essentiellement autour de sujet thématique tel que la pêche, le tricot (une émission de 8h et 35 minutes a notamment été consacrée à la réalisation d'un pull) ou encore l'art d'une bonne flambée. Le feu qui crépite est même le genre le plus apprécié de sa catégorie à l'international. Sur YouTube, ces vidéos engrangent des millions de vues et Netflix en propose au sein de son large catalogue. Le feu qui crépite durant des heures sur l'écran de votre télévision n'est pourtant pas une invention norvégienne précise Le Monde. Un programme s'intitulant Yule Log et montrant un feu ouvert durant trois heures a été diffusé pour la première fois le 24 décembre 1966 par une chaîne de télévision new-yorkaise. C'est une initiative de Fred Thrower, directeur de la chaîne, qui souhaitait offrir un feu ouvert à tous pour les fêtes de Noël. L'idée eut beaucoup de succès et deviendra une tradition répétée d'année en année. Peu se rendront compte qu'il s'agissait en réalité d'un loop de 17 secondes répété indéfiniment. Une seconde version sera tournée quelques années plus tard et proposera une boucle de 6 minutes. Cette version est encore diffusée aujourd'hui. La Slow TV est un programme dit de non programmation qui est à l'opposé de ce qu'on voit d'habitude à la télévision. Il aurait été inspiré par Andy Warhol qui réalise dès les années 1960 des films où il ne se passe rien. Comme Sleep de 1963 qui montre le poète John Giorno qui dort pendant plus de 5 heures. Ou encore Empire où l'Empire State Building est filmé de loin durant huit heures. L'idée de Warhol était que les spectateurs puissent faire autre chose durant la projection. Le film se voulait une expérience qui visait surtout à capter et montrer le temps qui passe. Ces films nous permettraient en effet de recentrer notre attention. Il ouvrirait les portes vers l'introspection et à une meilleure écoute des autres. L'année dernière, une chaîne australienne SBS a diffusé The Ghan. Ce film relatant, durant 17 heures, le trajet d'un train reliant Adélaïde à Darwin en Australie va être suivi par 400.000 spectateurs en moyenne. Dan Goldberg, copropriétaire de Mint Pictures, une société de production qui a remporté de nombreux prix, se doutait que l'émission serait populaire, mais ne s'attendait tout de même pas à un tel triomphe. Susie Jones, directrice des documentaires à SBS, elle en était persuadée dès qu'elle a vu les premiers rush. "Prendre la décision coûteuse de diffuser The Ghan sans la moindre coupure publicitaire ne fut pas simple. Mais rapidement je n'ai plus eu de doute", dit-elle au New Daily. "On était transporté dans un autre espace-temps, c'était visuellement beau et d'une audace étrangement simpliste. Si on y avait mis de la pub, ça aurait brisé le charme. En le regardant je me suis sentie très calme, cela poussait à la méditation." Suite à un tel succès, la chaîne australienne va proposer deux nouvelles productions de 17 et 14 heures chacune. L'une est dédiée au The Indian Pacific. C'est le plus long trajet de train rectiligne au monde, soit une ligne droite de 477 kms qui va de Perth à Sydney. La seconde est dédiée à la croisière Kimberley. Longue de 10 jours, le bateau nous emmène de la baie de Broome à Darwin. Les deux films, comme celui de The Ghan, sont ponctués ici et là d'anecdotes historiques sur l'Australie. Une manière d'apprendre tout en se laissant flotter dans l'espace-temps. Sur YouTube et Viméo les exemples ne manquent pas :Pour les amateurs d'extrême Slow TV, il y a SlowTV Relax&Background On peut y voir, notamment ceci (10 heures tout de même): Ou encore ceci: Netflix s'est également lancé dans la brèche et il suffit de taper Slow TV pour voir ce qui est disponible dans le catalogue.Il n'est pas rare non plus que la chaîne de télévision Vice diffuse de tels programmes hypnotiques et enfin la BBC propose quelques programmes propres à voir en cliquant ici. Dernière suggestion pour ceux qui aiment les paysages nordiques : voici la vidéo du groupe islandais Sigur Ros qui traverse l'Islande en voiture durant neuf heures.