Après être restée relativement discrète en deux mois de manifestations pour la démocratie, la garnison de l'Armée populaire de libération (APL) basée dans l'ancienne colonie britannique a lancé mercredi un avertissement à deux coups.

Premier coup de semonce: une vidéo de trois minutes mise en ligne par la garnison montre des chars, des hélicoptères et des lance-missiles en action dans la cité du sud de la Chine et les collines environnantes, ou encore des forces spéciales en plein exercice antiterroriste.

Les images comportent surtout un exercice anti-émeute dans lequel des soldats lourdement équipés dispersent une foule de manifestants, avec l'appui de blindés de transport de troupes et de canons à eau.

"Toutes les conséquences sont à vos risques et périls", avertit un militaire par haut-parleur.

Les soldats, marchant en rangs serrés, sont équipés de casques, de boucliers et de matraques. On les voit dérouler des rouleaux de barbelés et tirer ce qui ressemble à des grenades lacrymogènes.

Les militaires arborent une banderole rouge qui met en garde: "Avertissement: cessez de charger ou nous utilisons la force".

La séquence se termine avec les soldats escortant des manifestants les mains liées derrière le dos en direction de zones décrites par des panneaux comme des "lieux de détention".

- "Extrême violence" -

Deuxième coup de semonce: une allocution très ferme du commandant en chef de la garnison, Chen Daoxiang, lors d'une réception à l'occasion du 92e anniversaire de la fondation de l'Armée rouge, ancêtre de l'APL.

"Une série d'incidents d'une extrême violence se sont produits, causant un tort considérable à la prospérité et à la stabilité de Hong Kong et menaçant gravement l'Etat de droit et l'ordre social", a-t-il dénoncé.

Le commandant Chen a jugé ces violences "absolument intolérables", lors de cette allocution prononcée en présence de la cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam, dont les manifestants exigent le départ.

"Nous soutenons fermement les mesures prises par ceux qui aiment le pays et la ville afin de maintenir l'Etat de droit à Hong Kong", a-t-il assuré. "Nous sommes déterminés à défendre la souveraineté nationale, la sécurité, la stabilité et la prospérité de Hong Kong".

Ces avertissements sont intervenus le jour même où des dizaines de personnes étaient présentées à la justice, accusées d'avoir participé à des "émeutes" lors des manifestations du week-end dernier.

L'ancienne colonie, retournée à la Chine en 1997, est sous tension depuis début juin à la suite de manifestations colossales contre un projet de loi qui aurait autorisé les extraditions en direction de la Chine continentale.

Ce projet a été retiré mais la contestation s'est muée en un mouvement, parfois violent, de rejet de l'influence de Pékin, perçue comme étouffant les libertés du territoire, en principe garanties aux termes de l'accord de rétrocession signé avec Londres.

Le gouvernement chinois avait rappelé le 24 juillet que son armée pouvait être déployée dans les rues de Hong Kong en cas de demande des autorités locales pour y maintenir "l'ordre public". Pékin, qui a jusqu'à présent laissé l'exécutif local gérer la contestation, a aussi averti lundi qu'il ne pouvait "tolérer des violences rampantes".

La garnison de l'APL à Hong Kong compte plusieurs milliers d'hommes.

Il y a 30 ans, en juin 1989, les forces armées du régime communiste sont intervenues brutalement à Pékin pour mettre fin aux manifestations de la place Tiananmen, faisant des centaines, voire plus d'un millier de morts.

Interrogée sur les propos du commandant en chef de la garnison hongkongaise, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, les a qualifiés jeudi "d'impressionnants et de source d'inspiration".