A peine une semaine de grâce... La victoire des Bleus a été vite remisée sur l'étagère des souvenirs patriotes. L'Elysée n'en aura que peu profité sur le plan politique. Rien à voir avec le scénario de 1998 où Jacques Chirac se comparait, en interview, à Aimé Jacquet, s'offrant du coup une remontée temporaire mais spectaculaire dans les sondages d'opinion. Loin du Mondial 2018, les bleus d'Emmanuel Macron sont désormais ceux du choc de l'affaire Benalla et des coups portés à des manifestants par ce proche ultrafidèle, chargé de la sécurité du couple présidentiel. Le tabassage du 1er mai dernier n'aurait pourtant pu être qu'une bavure regrettable. Mais il s'est vite transformé en un scandale d'Etat.
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A peine une semaine de grâce... La victoire des Bleus a été vite remisée sur l'étagère des souvenirs patriotes. L'Elysée n'en aura que peu profité sur le plan politique. Rien à voir avec le scénario de 1998 où Jacques Chirac se comparait, en interview, à Aimé Jacquet, s'offrant du coup une remontée temporaire mais spectaculaire dans les sondages d'opinion. Loin du Mondial 2018, les bleus d'Emmanuel Macron sont désormais ceux du choc de l'affaire Benalla et des coups portés à des manifestants par ce proche ultrafidèle, chargé de la sécurité du couple présidentiel. Le tabassage du 1er mai dernier n'aurait pourtant pu être qu'une bavure regrettable. Mais il s'est vite transformé en un scandale d'Etat. Reprenons vite pour les distraits : le 1er mai, des milliers de manifestants défilent à Paris pour protester contre la réforme du secteur public voulue par le gouvernement d'Edouard Philippe. Infiltré par des casseurs - les fameux Black Blocs -, le cortège dégénère en un embrasement violent dans certains quartiers : commerces saccagés, voitures incendiées, affrontement avec les CRS... Place de la Contrescarpe, à deux pas du Panthéon, dans le Ve arrondissement, a lieu la scène qui fait aujourd'hui vaciller l'Elysée. Un jeune balance des bouteilles en verre sur des CRS qui le maîtrisent rapidement et le plaquent au sol. Déboule alors un homme trapu, affublé d'un casque et d'un brassard orange de la police, qui le relève et lui assène plusieurs coups à la tête, avant de le repousser sur les pavés. La baston est filmée et la vidéo postée, le jour même, sur Twitter par des militants de la France insoumise (le parti de Jean-Luc Mélenchon). Mais il faudra attendre le 18 juillet pour que la brute sortie de nulle part, qui n'est pas en uniforme de CRS, soit identifiée par le journal Le Monde : Alexandre Benalla, 26 ans, " adjoint au chef de cabinet du président de la République ", omniprésent auprès du couple Macron dans tous ses déplacements, publics et familiaux. Un membre de la garde rapprochée très restreinte du président... Il apparaît vite que ce gorille privé avait demandé à suivre les CRS en tant qu'observateur ce jour-là, alors qu'il était en congé. Il apparaît surtout qu'informée de l'altercation de la place de la Contrescarpe, l'Elysée a réagi mollement en infligeant une simple et discrète mise à pied de quinze jours - du 4 au 19 mai - à Benalla. Lequel a continué, par ailleurs, à bénéficier d'incroyables faveurs présidentielles : papa depuis juin, il s'est vu offrir, début juillet, un magnifique duplex de fonction quai Branly, dans un des quartiers les plus chics de la capitale ( lire aussi page 64). Protection, favoritisme, mensonges au plus haut niveau de l'Etat. Tout ça pour un jeune bodyguard sanguin. Avec cette pantalonnade de palais, les médias français ont trouvé un magnifique os à ronger pour l'été. Ils ne pouvaient rêver mieux. D'autant que la Macronie, qui avait fait de la moralisation de la vie politique un de ses slogans décisifs, laisse apparaître ici des failles inédites et que c'est le Château (surnom de l'Elysée) et son monarque qui constituent la principale cible. C'est, en effet, rue du Faubourg Saint-Honoré que tout s'est joué. Depuis qu'il est arrivé sur la scène politique, l'ancien inspecteur des finances Macron a toujours travaillé avec un petit cercle de dévoués en qui il a toute confiance. Ils se surnomment eux-mêmes " les mormons " en référence à leur renoncement pour le " chef ". En mai 2017, ces apôtres du premier jour ont suivi le candidat de LRM à l'Elysée. Un estivage naturel, d'autant que le patron de ce parti nouveau ne pouvait s'appuyer sur une structure éprouvée avec des énarques endurcis par l'exercice du pouvoir. Beaucoup n'étaient que des apprentis. Benalla, qui avait géré la sécurité des meetings d'Emmanuel Macron, a trouvé, comme d'autres, un point de chute doré au Château. Pour certains observateurs, ce serait ce fonctionnement en cercle clos qui aurait causé le scandale de cet été. Le successeur du " président normal " François Hollande s'est toujours réclamé d'une " présidence jupitérienne ", privilégiant l'axe vertical du pouvoir et sa centralisation. Sa marche interminable, tout seul, sur l'esplanade du Louvre, le soir de son élection, en reste un symbole éclatant. Mais, avec l'affaire Benalla, symptomatique de l'isolement du monarque élyséen et de ses favoris, cette conception solennelle de la présidence lui revient en pleine figure, comme un boomerang incontrôlable. L'opposition et la presse ne pouvaient qu'en faire leurs choux gras, surtout lorsque le très sérieux préfet de Paris dénonce, lors de son audition à l'Assemblée nationale, un " copinage malsain " en évoquant le cas Benalla à qui Emmanuel Macron a continué de faire confiance malgré sa réputation de chien fou, aimant jouer les gros bras. Et le philosophe Michel Onfray d'en remettre une couche, dans sa semaine Web sur ce " favori du roi " dont on ne compte plus les photos où on le voit " au plus proche physiquement d'Emmanuel Macron " qualifié d'" homme cynique qui n'aime que lui et ceux qui l'aiment ". Embarrassé et visiblement furieux, le chef de l'Etat français, qui a annulé sa visite sur le Tour de France, organise désormais la riposte. Lors d'une réunion à l'Elysée, il a reconnu " des dysfonctionnements manifestes " révélés par l'affaire Benalla et chargé son secrétaire général de réorganiser la maison. Le fusible idéal de ce remaniement serait Patrick Strzoda : le directeur de cabinet de Macron doit prendre sa retraite en octobre prochain. C'est ce haut fonctionnaire expérimenté qui a autorisé Alexandre Benalla à observer la manif du 1er mai. C'est lui aussi qui l'a suspendu plutôt que de le licencier et de saisir la justice, comme pour n'importe quel fonctionnaire. Ce fusible sera-t-il suffisant ? Pas sûr. La canicule est telle cet été que les feux de forêt sont très difficiles à éteindre.