"Vous savez ce que vous devez faire si vous n'avez pas obtenu ce dont vous rêviez avant ce 8 mars?" Alors que le président balaye la pièce en regardant par-dessus sa monture de lunettes, les femmes retiennent leur souffle. "La prochaine fois, vous devriez rêver de façon plus bruyante."

En ce 8 mars, lors de la journée de la femme, beaucoup avaient déjà compris que le président kazakh ne tenait déjà plus la grande forme. Lui qui gratifiait chaque année l'assemblée d'une blague à l'humour aussi gras que sexiste semblait cette fois porter péniblement ses 78 ans. Au point de se contenter de cette sortie qui suintait la fatigue.

Pourtant, l'annonce de son départ, à travers un court message vidéo, sera une surprise totale pour beaucoup. Pendant près de trente ans, il sera le chef de l'Etat kazakh. Lorsque l'Union soviétique s'effondre en 1991, il reste au pouvoir comme les autres dirigeants communistes des anciennes républiques. Le Kazakhstan, comme d'autres États d'Asie centrale, s'est contenté de passer du communisme à l'autoritarisme pur et simple. Aujourd'hui encore, les libertés individuelles au Kazakhstan sont limitées. Les tribunaux travaillent sur les ordres du régime et les élections sont ostensiblement falsifiées. Lors des dernières élections présidentielles en 2015, Noursoultan Nazarbaïev a obtenu pas moins de 98% des voix. Ses deux " opposants " avaient donné comme consigne de voter pour lui pendant la campagne.

Au-delà de sa petite blague annuelle lors de la Journée de la femme, Noursoultan Nazarbaïev a également cultivé l'image d'un bon gestionnaire. Le Kazakhstan s'est ainsi considérablement développé ces dernières décennies grâce à ses réserves pétrolières. En 1997, Nazarbaïev a déménagé la capitale d'Alma-Ata à Astana. Astana, qui au Kazakhstan signifie simplement " capitale ", est le fantasme réalisé de chaque autocrate des steppes: une ville recouverte de feuilles d'or avec de larges boulevards et de gratte-ciel tape-à-l'oeil . Kassym-Jomart Tokaïev, le président par intérim, vient de proposer de rebaptiser Astana ' Noursoultan ' pour lui rendre hommage.

Durant toutes ces années, la Russie et le Kazakhstan ont entretenu des liens étroits. Les deux pays sont des alliés économiques et militaires. Ils font aussi partie d'une union douanière depuis 2010, le Kazakhstan, avec la Russie, est également membre de l'Union eurasienne et ils font partie de l'Organisation du Traité de sécurité collective, une sorte de version eurasienne de l'OTAN. En outre, en 2017, le Kazakhstan a servi de cadre aux négociations de paix syriennes menées par la Russie.

Méfiance mutuelle

Ces liens n'empêchent pas que les élites des deux pays se vouent une profonde méfiance mutuelle. Lorsque, en 2014, la Russie annexe la Crimée en invoquant le droit de défendre les intérêts des russophones partout dans le monde, c'est la consternation au Kazakhstan, où environ 23% de la population est russe. Nazarbaïev envisage alors ouvertement de quitter l'Union eurasienne. Poutine rétorque en remettant publiquement en question la viabilité du Kazakhstan en tant qu'État indépendant. En 2017, Nazarbaïev décide que le kazakh ne sera plus écrit en alphabet cyrillique, mais en alphabet latin.

Malgré les bisbilles, la Russie ne manque jamais une occasion d'aller chercher l'inspiration chez son voisin du sud. Lorsque, au printemps 2012, le régime russe doit faire face à des manifestations de masse, le Kremlin va piquer quelques idées au Kazakhstan pour contenir les foules. Bon nombre des textes juridiques de la Douma qui visent à renforcer la répression ont été littéralement copiés de la constitution kazakhe.

Comme tout dirigeant autoritaire, Nazarbaïev est confronté au problème de sa succession. Dans ce contexte, il est intéressant de remarquer que si Nazarbaïev renonce à la présidence, il reste président du parti. Il reste aussi à la tête du Conseil de sécurité. Ce qui devrait lui permettre de conserver le contrôle sur l'appareil de sécurité et son immunité. Il garde également son titre d'"Elbasy", qui signifie "leader de la nation". Si Nazarbaïev ne s'occupe plus du gouvernement, il ne quitte pas pour autant la scène politique.

Laboratoire

Nazarbaïev est le premier dictateur postsoviétique à faire un pas de côté de son plein gré. Dans quelle mesure Nazarbaïev parviendra-t-il à garder son argent, sa liberté et sa vie ? Sa succession sera donc observée avec une attention toute particulière à Novo-Ogaryovo, là où le président russe a sa villa. Vladimir Poutine cherche lui aussi une sortie. En Russie, la question de la succession n'est plus tabou depuis que Poutine ne peut plus se présenter à la réélection à la présidence après 2024.

Dans les années à venir, le Kazakhstan va donc servir de véritable laboratoire pour les autocrates ayant des ambitions de retraite. La présidence du parti et la présidence du Conseil de sécurité sont-elles des garanties suffisantes pour une vieillesse sans soucis ? Si Nazarbaïev parvient à passer l'automne de sa vie de façon paisible et à l'abri des persécutions, cela fera sans doute réfléchir le président russe.

"Vous savez ce que vous devez faire si vous n'avez pas obtenu ce dont vous rêviez avant ce 8 mars?" Alors que le président balaye la pièce en regardant par-dessus sa monture de lunettes, les femmes retiennent leur souffle. "La prochaine fois, vous devriez rêver de façon plus bruyante." En ce 8 mars, lors de la journée de la femme, beaucoup avaient déjà compris que le président kazakh ne tenait déjà plus la grande forme. Lui qui gratifiait chaque année l'assemblée d'une blague à l'humour aussi gras que sexiste semblait cette fois porter péniblement ses 78 ans. Au point de se contenter de cette sortie qui suintait la fatigue. Pourtant, l'annonce de son départ, à travers un court message vidéo, sera une surprise totale pour beaucoup. Pendant près de trente ans, il sera le chef de l'Etat kazakh. Lorsque l'Union soviétique s'effondre en 1991, il reste au pouvoir comme les autres dirigeants communistes des anciennes républiques. Le Kazakhstan, comme d'autres États d'Asie centrale, s'est contenté de passer du communisme à l'autoritarisme pur et simple. Aujourd'hui encore, les libertés individuelles au Kazakhstan sont limitées. Les tribunaux travaillent sur les ordres du régime et les élections sont ostensiblement falsifiées. Lors des dernières élections présidentielles en 2015, Noursoultan Nazarbaïev a obtenu pas moins de 98% des voix. Ses deux " opposants " avaient donné comme consigne de voter pour lui pendant la campagne.Au-delà de sa petite blague annuelle lors de la Journée de la femme, Noursoultan Nazarbaïev a également cultivé l'image d'un bon gestionnaire. Le Kazakhstan s'est ainsi considérablement développé ces dernières décennies grâce à ses réserves pétrolières. En 1997, Nazarbaïev a déménagé la capitale d'Alma-Ata à Astana. Astana, qui au Kazakhstan signifie simplement " capitale ", est le fantasme réalisé de chaque autocrate des steppes: une ville recouverte de feuilles d'or avec de larges boulevards et de gratte-ciel tape-à-l'oeil . Kassym-Jomart Tokaïev, le président par intérim, vient de proposer de rebaptiser Astana ' Noursoultan ' pour lui rendre hommage.Durant toutes ces années, la Russie et le Kazakhstan ont entretenu des liens étroits. Les deux pays sont des alliés économiques et militaires. Ils font aussi partie d'une union douanière depuis 2010, le Kazakhstan, avec la Russie, est également membre de l'Union eurasienne et ils font partie de l'Organisation du Traité de sécurité collective, une sorte de version eurasienne de l'OTAN. En outre, en 2017, le Kazakhstan a servi de cadre aux négociations de paix syriennes menées par la Russie.Ces liens n'empêchent pas que les élites des deux pays se vouent une profonde méfiance mutuelle. Lorsque, en 2014, la Russie annexe la Crimée en invoquant le droit de défendre les intérêts des russophones partout dans le monde, c'est la consternation au Kazakhstan, où environ 23% de la population est russe. Nazarbaïev envisage alors ouvertement de quitter l'Union eurasienne. Poutine rétorque en remettant publiquement en question la viabilité du Kazakhstan en tant qu'État indépendant. En 2017, Nazarbaïev décide que le kazakh ne sera plus écrit en alphabet cyrillique, mais en alphabet latin. Malgré les bisbilles, la Russie ne manque jamais une occasion d'aller chercher l'inspiration chez son voisin du sud. Lorsque, au printemps 2012, le régime russe doit faire face à des manifestations de masse, le Kremlin va piquer quelques idées au Kazakhstan pour contenir les foules. Bon nombre des textes juridiques de la Douma qui visent à renforcer la répression ont été littéralement copiés de la constitution kazakhe.Comme tout dirigeant autoritaire, Nazarbaïev est confronté au problème de sa succession. Dans ce contexte, il est intéressant de remarquer que si Nazarbaïev renonce à la présidence, il reste président du parti. Il reste aussi à la tête du Conseil de sécurité. Ce qui devrait lui permettre de conserver le contrôle sur l'appareil de sécurité et son immunité. Il garde également son titre d'"Elbasy", qui signifie "leader de la nation". Si Nazarbaïev ne s'occupe plus du gouvernement, il ne quitte pas pour autant la scène politique. Nazarbaïev est le premier dictateur postsoviétique à faire un pas de côté de son plein gré. Dans quelle mesure Nazarbaïev parviendra-t-il à garder son argent, sa liberté et sa vie ? Sa succession sera donc observée avec une attention toute particulière à Novo-Ogaryovo, là où le président russe a sa villa. Vladimir Poutine cherche lui aussi une sortie. En Russie, la question de la succession n'est plus tabou depuis que Poutine ne peut plus se présenter à la réélection à la présidence après 2024.Dans les années à venir, le Kazakhstan va donc servir de véritable laboratoire pour les autocrates ayant des ambitions de retraite. La présidence du parti et la présidence du Conseil de sécurité sont-elles des garanties suffisantes pour une vieillesse sans soucis ? Si Nazarbaïev parvient à passer l'automne de sa vie de façon paisible et à l'abri des persécutions, cela fera sans doute réfléchir le président russe.