Au Soudan, les femmes ont encore plus à gagner dans la révolution en cours que les hommes. Elles sont d'ailleurs les plus nombreuses dans les manifestations et n'ont pas peur de mourir pour la cause. Fières, elles haranguent au plus près les hommes armés. Partout on voit des femmes de tous âges qui n'ont pas peur des coups ou des insultes. Elles sont impériales. Au point qu'on les surnomme aujourd'hui Kandaka .
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Au Soudan, les femmes ont encore plus à gagner dans la révolution en cours que les hommes. Elles sont d'ailleurs les plus nombreuses dans les manifestations et n'ont pas peur de mourir pour la cause. Fières, elles haranguent au plus près les hommes armés. Partout on voit des femmes de tous âges qui n'ont pas peur des coups ou des insultes. Elles sont impériales. Au point qu'on les surnomme aujourd'hui Kandaka . Un titre qu'on donnait aux reines mères du royaume de Koush qui s'étalait du Soudan actuel jusqu'à la Nubie égyptienne, berceau des premières sociétés matriarcales. Une dynastie qui a érigé des dizaines de pyramides et compté, dans sa très longue lignée, une impératrice célèbre. La Kandaka Amanirénas régna plus d'une trentaine d'années et entra dans l'histoire en résistant à l'envahisseur romain Auguste et en faisant preuve de bravoure à la tête de ses 30 000 combattants nubiens et axoumites. Parmi ces Kandaka modernes, l'une d'elles est devenue icône par la magie des réseaux sociaux en chantant des chants de protestation : Ihsan Fagiri, médecin de 65 ans et cofondatrice du mouvement "Non à l'oppression des femmes", confirme que parmi les manifestants qui réclament depuis le 19 décembre le départ du président Omar el-Béchir, beaucoup sont des femmes. "Car depuis le premier jour, ce gouvernement a fait des lois contre les femmes. Ne portez pas de pantalon, couvrez vos cheveux, ne parlez pas fort...", explique à l'AFP cette professeure de l'université de Bahri, à Khartoum.La charia (loi islamique), instaurée en 1983 dans le pays, a été pérennisée par le coup d'Etat mené en 1989 par Omar el-Béchir, soutenu par les islamistes. Aujourd'hui, les femmes sont "partout, dans la rue, dans les prisons", souligne Sara Abdelgalil, 44 ans, présidente de la branche britannique du Syndicat des médecins soudanais (SDU), membre de l'Association des professionnels soudanais, fer de lance de la contestation. Sous le régime de M. Béchir, qui a condamné à la flagellation 15.000 femmes en 2016 selon des ONG soudanaises, les femmes sont "traitées comme des citoyennes de seconde zone", abonde Nemat Malik, infirmière de 80 ans. Professeure à l'université pour femmes d'Ahfad dans la capitale soudanaise, elle se réjouit de voir des jeunes --dont de nombreuses étudiantes-- dans les cortèges, malgré l'agressivité des forces de sécurité soudanaises à leur encontre. Ihsan Fagiri, professeure associée de l'université de Bahri à Khartoum, affirme que les jeunes femmes qui osent manifester reçoivent des menaces de viol ou de violences physiques. "Nous, les plus âgées, on nous menace de ne plus revoir nos familles".Elle-même a été détenue pendant deux mois et demi, affirme-t-elle. Arrêtée dans la rue alors qu'elle s'apprêtait à rejoindre les manifestations, elle raconte avoir été emprisonnée avec neuf autres femmes dans une pièce de six mètres sur quatre, équipée de seulement cinq lits et éclairée par deux petites fenêtres de vingt centimètres sur douze. Diabétique, elle n'a pas pu prendre son traitement pendant quinze jours et n'a pas eu de contact avec sa famille pendant un mois. "Mon fils pensait que j'étais morte", confie-t-elle. Elle a finalement été relâchée le 8 mars "pour la Journée internationale des droits des femmes", rit-elle avec amertume. Le président Béchir avait en effet ordonné ce jour-là la libération de toutes les femmes détenues depuis le début des manifestations, mais le nombre de libérations n'a pas été communiqué. "Peut-être qu'ils m'arrêteront encore... Ils ne m'effraient plus", affirme Mme Fagiri. Avec "tous ces gens qui se rassemblent, c'est une question de jours ou de semaines" pour que le régime tombe, selon elle.