L'Otan est-elle obsolète ?

L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord est l'alliance la plus performante de l'histoire, parce qu'elle s'est révélée capable d'évoluer. Pendant quarante ans, elle a assuré la défense collective de l'Europe occidentale en tentant de dissuader l'Union soviétique d'attaquer. Quand la guerre froide a pris fin, l'Otan est intervenue d'abord dans les Balkans, afin de résoudre un conflit ethnique, puis en Afghanistan. Après 2001, elle s'est engagée résolument dans la lutte contre le terrorisme. L'Alliance s'est toujours adaptée aux changements du monde et cela va continuer. Je me suis entretenu avec le président Donald Trump après son élection. Il a exprimé un fort soutien à...

L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord est l'alliance la plus performante de l'histoire, parce qu'elle s'est révélée capable d'évoluer. Pendant quarante ans, elle a assuré la défense collective de l'Europe occidentale en tentant de dissuader l'Union soviétique d'attaquer. Quand la guerre froide a pris fin, l'Otan est intervenue d'abord dans les Balkans, afin de résoudre un conflit ethnique, puis en Afghanistan. Après 2001, elle s'est engagée résolument dans la lutte contre le terrorisme. L'Alliance s'est toujours adaptée aux changements du monde et cela va continuer. Je me suis entretenu avec le président Donald Trump après son élection. Il a exprimé un fort soutien à l'Otan. Mais aussi son souhait que les alliés dépensent davantage pour leur défense. Je suis d'accord avec lui. Les Etats-Unis supportent près de 70 % des dépenses de défense de l'Otan. Ce n'est pas équitable, le fardeau doit être partagé. Au sommet de Newport (pays de Galles), en 2014, les pays membres se sont engagés à atteindre graduellement les 2 % du PIB. Dès l'année suivante, les dépenses de certains alliés ont commencé à progresser. Dans les temps incertains que nous traversons, il est utile de pouvoir s'appuyer sur des organisations comme l'Otan. L'ONU, l'Union européenne, le FMI, la Banque mondiale... toutes ces institutions internationales ont été créées après la fin de la Seconde Guerre mondiale afin de prévenir de nouvelles guerres. Le monde actuel est devenu plus dangereux. C'est pourquoi l'Otan doit se renforcer. Deux guerres mondiales et la guerre froide nous ont appris que la stabilité et la paix en Europe sont aussi importantes pour les Etats-Unis. Je rappelle que la seule fois où l'Otan a invoqué la clause de défense collective contenue dans l'article 5 du traité, c'était après une attaque contre l'Amérique, en 2001. Des centaines de milliers de soldats européens ont servi au côté des Américains en Afghanistan. Des milliers y ont perdu la vie. Pour les Etats-Unis, c'est un grand avantage d'avoir des amis comme ceux de l'Alliance. La Russie n'en a pas. La Chine non plus. Nous sommes plus puissants ensemble que seuls : six membres du G7 sont membres de l'Otan ; trois siègent au Conseil de sécurité des Nations unies. Les pays membres représentent 50 % du PIB global et un tiers du commerce mondial. Je suis persuadé que les Américains vont rester engagés dans l'Alliance car c'est leur intérêt. J'approuve tout dialogue entre la Russie et les Etats-Unis. L'Otan aussi discute avec Moscou, qui est son plus grand voisin. Trois réunions du conseil Otan-Russie ont eu lieu en 2016. Ces discussions doivent être basées sur une approche ferme, sur le respect des droits fondamentaux assurant la paix et la sécurité et sur le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de toutes les nations européennes, y compris l'Ukraine. Ces dernières années, la Russie a considérablement renforcé ses capacités. Depuis l'an 2000, elle a triplé ses dépenses de défense et modernisé son appareil militaire. L'Otan a répondu aux agressions russes en Ukraine de façon proportionnée, défensive et mesurée, afin d'éviter toute escalade. Nous ne souhaitons pas une nouvelle guerre froide. L'Otan ne cherche ni la confrontation, ni à isoler Moscou, ni à créer une course aux armements. Cependant, toute attaque contre un allié sera perçue comme une attaque contre l'Alliance. Entretien : Romain Rosso.