Qu'est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à ces "princes du dérèglement", comme vous les appelez ?
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Qu'est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à ces "princes du dérèglement", comme vous les appelez ? Je suis né six ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le traumatisme se faisait encore sentir après-guerre. On parlait beaucoup, dans mon enfance, des horreurs commises pendant le conflit. J'ai toujours été effaré par ce qu'un être humain était capable d'infliger aux autres. Un " cinglé " au pouvoir me rend méfiant. En France, où les gens se plaignent tout le temps, mais aussi en Belgique, on ne se rend pas compte à quel point on a la chance de vivre dans un vrai paradis, où on n'a pas à craindre chaque jour d'être arrêté, battu, torturé, de voir ses enfants tués, sa femme violée, sa maison brûlée. Nos dirigeants n'ont pas droit de vie et de mort sur nous. Peut-on mettre dans le même sac, comme vous le faites, des bourreaux de leur peuple et des chefs d'Etat égocentriques, menteurs et manipulateurs ? Les dirigeants dont je dresse le portrait ne sont pas tous semblables dans leur comportement et leurs névroses. Il y a des degrés, des nuances, mais tous sont néfastes, ridicules et inquiétants. Selon les psychiatres américains entendus par des parlementaires du Congrès, Donald Trump est un sociopathe, indifférent aux autres et aux règles établies. Bouffon vaniteux, xénophobe, sexiste et vulgaire, il fait peu de cas des faits et ignore le fond des dossiers à traiter et les mécanismes des institutions. C'est ce que relève Bob Woodward, l'ancien journaliste à l'origine du Watergate, dans Fear : Trump in the White House, son excellent livre paru tout récemment. Irascible et méprisant, le président prend plaisir à humilier ses collaborateurs. C'est ce qu'on appelait autrefois un " méchant homme ". J'ai été pendant dix ans correspondant aux Etats-Unis et ma fille est Américaine. J'aime cette nation, façonnée par des immigrés de toutes origines. D'où le malaise que je ressens à chaque tweet de Trump, président en total décalage avec la nature de son pays, alors que son propre grand-père était allemand. Même sous la présidence de Ronald Reagan, il y avait plus de décence à la Maison-Blanche. Quels autres dirigeants actuels vous inquiètent ? Un criminel de guerre comme Bachar al-Assad, psychopathe rationnel, très maître de lui-même, a surpassé dans l'horreur Hafez, son père : il terrorise pour annihiler toute forme de résistance. Avec l'aide de ses alliés russes, iraniens et du Hezbollah, le président syrien achève de reconquérir le territoire national. Le président Daniel Ortega ne peut être comparé à lui, mais je suis consterné par la dérive du régime au Nicaragua. Ortega, que j'ai rencontré à plusieurs reprises autrefois, a combattu pour libérer son peuple de l'oppression et incarné la lutte contre l'impérialisme américain. Mais l'exercice du pouvoir l'a corrompu et il a enfilé le costume du dictateur. Son népotisme consterne : Ortega et sa femme sont devenus caudillos à vie et quatre des neuf enfants du couple détiennent des postes clés dans l'appareil d'Etat. La première dame, Rosario Murillo, occupe les écrans de la télévision pour lire des poèmes et réprimander les fonctionnaires !