L'échec de la communauté internationale à résoudre le conflit syrien provoque des désastres. L'un d'eux touche plus particulièrement le corps médical: l'érosion du principe depuis longtemps établi selon lequel ni les militaires, ni les groupes armés ne peuvent viser des systèmes de soins de santé ou des professionnels du secteur médical.
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L'échec de la communauté internationale à résoudre le conflit syrien provoque des désastres. L'un d'eux touche plus particulièrement le corps médical: l'érosion du principe depuis longtemps établi selon lequel ni les militaires, ni les groupes armés ne peuvent viser des systèmes de soins de santé ou des professionnels du secteur médical.L'ONG Physicians for Human Rights (PHR) a remis un rapport à l'ONU en mars dernier. Passé inaperçu, dans la presse francophone à tout le moins, il rend compte de quatre années d'attaques répétées contre les soins de santé et le corps médical syriens.Au début du conflit, le gouvernement interférait dans les services de soins de santé pour arrêter des opposants blessés dans les salles d'urgences. Mais très vite, il y eut une escalade dans la violence. Le 22 mars 2011, les forces du gouvernement sont entrées dans l'hôpital national de Deraa, l'ont vidé du personnel superflu et on positionné des snipers sur le toit. Les snipers y sont restés deux ans, tirant sur les patients issus de l'opposition pour s'assurer que seules les personnes donnant leur soutien au gouvernement pourraient entrer dans l'hôpital. Le 8 avril, un infirmier a voulu porter secours à un patient. Il a été abattu par les forces du gouvernement. C'était le début des attaques délibérées du gouvernement sur le personnel médical et les bâtiments médicaux.Cette première année de la guerre civile, des hôpitaux ont été bombardés dans des zones détenues par l'opposition. Des médecins ont été torturés et exécutés pour le seul "crime" d'avoir soigné des blessés sans tenir compte de leur allégeance politique, suivant en cela l'éthique médicale. Les médecins qui ont risqué leur vie pour rester en Syrie et pour soigner les blessés ont été décimés par le régime de Bashar al-Assad, qui considère comme un crime le fait de soigner une personne du camp opposé.Les histoires similaires sont nombreuses. Deuxième année de conflit, à Alep, un hôpital fut bombardé tant de fois que le personnel médical se trouva contraint de quitter les bâtiments. Mais l'équipe désirait continuer à prodiguer des soins. Un hôpital de campagne s'est ainsi formé dans la rue.La troisième année du conflit a vu le soulèvement de groupes armés non reliés à un État, parmi lesquels figure l'État islamique (EI). Si neuf attaques peuvent être attribuées à l'EI et à d'autres groupes d'opposition armés, les 171 morts référencés en 2013 sont tous, à l'exception de deux, à mettre au compte du gouvernement syrien. Les assauts ont gagné en brutalité avec de plus en plus de frappes aériennes et de tortures. On notait en 2013 la mort d'Osama Baroudi, gastroentérologue de grande renommée, dont la détention inquiétait d'ailleurs Amnesty International un an auparavant. "Mohamad Osama Abdulsalam Al Baroudi, médecin syrien, est détenu au secret depuis son arrestation dans un centre de santé de Damas, le 18 février. Il aurait été torturé et Amnesty International est très inquiète pour sa santé", expliquait une action menée par l'ONG le 9 mai 2012. Il a été torturé et est mort en détention en juillet 2013.La quatrième année du conflit a apporté dans son sillage les armes chimiques. Plus de 64% du personnel médical tué cette année-là ont été visés car ils sauvaient des vies. "Le plus haut pourcentage jamais vu durant une guerre", relève PHR.Le conflit ne baisse pas en intensité. En mai 2015, les attaques sur les bâtiments de soins de santé ont atteint leur plus grand nombre depuis le début des hostilités, en mars 2011. À l'heure actuelle, 654 travailleurs de la santé au moins ont été tués, rapporte PHR qui dénombre 295 attaques délibérées sur 183 bâtiments médicaux. 89,8% des attaques sont attribuées du gouvernement syrien, au même titre que 95,4% des meurtres perpétrés sur des membres du corps médical et paramédical, dont 139 morts directement attribués à la torture ou une exécution."Les docteurs syriens font preuve de bravoure et de courage pour faire face au pire désastre humanitaire de notre génération", explique l'ONG. "Durant les quatre dernières années, ils ont non seulement dispensé des soins médicaux dans des conditions incroyables, mais ils ont également été témoin de la mort de proches, de collègues, d'amis, et de milliers de civils victimes d'attaques déloyales et du manque d'un système de soins de santé national, décimé. Les attaques sur la santé en Syrie se sont intensifiées au fur et à mesure que le conflit avançait, et pourtant, les médecins ont continué à risquer leur vie pour sauver celles des autres."Il ne faut pas que le symbole de la Croix Rouge devienne un réticule de visée dans le dos de ceux qui risquent leur vie pour en sauver d'autres.