Après avoir promis de venger la mort de Qassem Soleimani, l'architecte de sa stratégie au Moyen-Orient, l'Iran a tiré mercredi 22 missiles sur des bases de la coalition internationale abritant des soldats américains en Irak.

Mais ces frappes n'ont tué "aucun Américain" et les dégâts matériels sont "limités", s'est félicité le président américain Donald Trump, dont la réaction était très attendue, dans une allocation solennelle à la Maison Blanche.

"L'Iran semble reculer", a-t-il observé, entouré de hauts responsables de l'exécutif et de hauts gradés du Pentagone, ajoutant que les Etats-Unis étaient "prêts à la paix" avec ceux qui la voulaient.

Donald Trump est revenu à un registre plus politique, loin de toute escalade militaire, en annonçant de nouvelles sanctions économiques contre l'Iran et en appelant les Européens à quitter l'accord sur le nucléaire iranien qu'il a lui-même dénoncé en 2018.

© Belga

"Nous ne cherchons pas l'escalade ou la guerre", s'est aussi empressé de souligner le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, précisant que les représailles "proportionnées" de la nuit étaient "terminées". Le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a toutefois estimé que cette "gifle à la face" des Etats-Unis n'était "pas suffisante pour cette affaire".

- Représailles "proportionnées" -

Un peu plus tôt, le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, avait salué une "gifle à la face" des Etats-Unis, prévenant toutefois que ce n'était "pas suffisant".

Il faut, avait-il dit, que "la présence corrompue des Etats-Unis dans la région prenne fin", alors que l'axe pro-Iran profite depuis vendredi d'un regain de sentiment anti-américain en Iran, mais aussi en Irak et au Liban.

"Nous ne cherchons pas l'escalade ou la guerre, mais nous nous défendrons", avait abondé Mohammad Javad Zarif, le chef de la diplomatie iranienne, affirmant que les représailles "proportionnées" de la nuit étaient "terminées".

Mais si la riposte iranienne est close, reste la "riposte irakienne", qui ne sera "pas moins importante", ont déjà promis les factions armées pro-Iran dans le pays.

Elles se poursuivront "jusqu'au départ du dernier soldat" américain, ont ajouté ces factions que Washington accuse d'être derrière les dizaines de roquettes qui ont déjà visé leurs soldats et leurs diplomates ces derniers mois.

La réponse est coordonnée avec le Hezbollah libanais et Téhéran, assurent ces factions, après les frappes iraniennes --qui selon l'armée irakienne n'ont pas fait de victime dans ses rangs.

Pour Phillip Smyth, spécialiste des groupes chiites armés, les tirs iraniens marquent une "nouvelle phase". L'Iran "a envoyé une réponse publique et d'ampleur", "un signal". La suite, affirme-t-il à l'AFP, pourrait être confiée "aux agents de l'Iran".

Les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine ont appelé "toutes les parties à agir avec retenue" alors que Londres estimait que "l'Iran devrait plutôt oeuvrer en faveur d'une désescalade urgente".

- Prévenus à l'avance -

Le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel Mahdi a dénoncé "une violation de la souveraineté de l'Irak", sans toutefois utiliser les termes sévères qu'il avait réservés aux Etats-Unis, dont le Parlement irakien réclame désormais la fin de la présence militaire sur son sol.

M. Abdel Mahdi passe pour être plus proche des pro-Iran que le président Barham Saleh et le chef du Parlement Mohammed al-Halboussi qui, eux, ont "condamné" et "dénoncé" la riposte iranienne sur leur sol.

Selon des informations de presse citant un responsable américain, les forces de la coalition ont été prévenues à l'avance des frappes mais la provenance de cet avertissement n'était pas claire.

"Via nos canaux de renseignement, nous avons été avertis qu'une possible attaque était imminente", a déclaré à l'AFP un porte-parole de l'armée norvégienne, qui compte environ 70 soldats sur la base d'Aïn al-Assad.

Une source de sécurité irakienne indique toutefois à l'AFP que les forces irakiennes avaient évacué Aïn al-Assad avant même les frappes.

Les compagnies aériennes américaines, ainsi qu'Air France ou Lufthansa ont interdit le survol de l'Irak, de l'Iran et du Golfe après que les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique iranienne, ont menacé "des gouvernements alliés" des Etats-Unis, en premier lieu les Etats du Golfe, pris entre Iran et Irak, et Israël.

Les funérailles en Iran du général Soleimani, assassiné avec l'Irakien Abou Mehdi al-Mouhandis, leader des paramilitaires pro-Iran intégrées aux forces régulières irakiennes, ont été jusqu'à mardi soir ponctuées d'appels à la "vengeance".

Avant même les frappes de la nuit, plusieurs Etats membres de la coalition avaient annoncé sortir leurs soldats d'Irak.

Si la France et l'Italie disent rester, Canadiens et Allemands ont redéployé une partie de leurs troupes vers la Jordanie et le Koweït. L'Otan a décidé de retirer temporairement une partie de son personnel et "exhorté l'Iran à s'abstenir de toute nouvelle violence".

- "Quadrature du cercle" -

De l'avis de plusieurs analystes, le gouvernement iranien a répondu prestement pour contenter son opinion publique, tout en choisissant de graduer sa riposte pour éviter de provoquer une confrontation à grande échelle avec son ennemi historique.

"Avec ces attaques, Téhéran a montré sa capacité et sa détermination à répondre aux attaques américaines, sauvant ainsi la face, tout en choisissant soigneusement ses cibles pour éviter de faire des victimes et ainsi provoquer une réaction de Trump", analyse Annalisa Perteghella, spécialiste de l'Iran à l'Institut d'analyse géopolitique italien Ispi.

"Les Iraniens ont tenté la quadrature du cercle, une attaque très proportionnée qui ne soit pas de nature à nécessairement provoquer la riposte promise par Trump", abonde François Heisbourg, expert à la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS) à Paris.

Au final, Donald Trump a même réitéré sa proposition de négociations avec l'Iran sur son programme nucléaire et son influence dans la région, même s'il continue de poser des conditions difficilement acceptables pour Téhéran.

"Cette possibilité-là revient au moins virtuellement", relève prudemment François Heisbourg. "Compte tenu des événements des derniers jours, ce n'est pas absolument évident mais Trump a aussi montré qu'il savait agir avec brutalité. Personne ne pourra l'accuser d'agir en position de faiblesse", ajoute-t-il.

- "Coup de poignard"-

De l'avis de nombre d'analystes, il faut malgré tout s'attendre à ce que Téhéran continue ses activités de déstabilisation dans la région via ses supplétifs.

"La riposte iranienne, c'est du feu d'artifice, ça donne l'illusion d'une riposte car ils n'ont pas intérêt à faire monter la mayonnaise. Ce qu'il faut attendre maintenant, c'est le coup de poignard derrière le rideau qui viendra plus tard", abonde Thomas Flichy de La Neuville, chercheur associé à l'université d'Oxford et professeur de géopolitique à la Rennes School of Business.

© Belga

"Personne ne souhaite une confrontation à grande échelle, ni Trump pour des raisons électorales, ni du côté iranien car Téhéran n'en n'a pas les moyens, ni économiques ni militaires. Mais ce type de situation peut déraper. Les risques sont très élevés", prévient Marc Finaud, ancien diplomate français et expert du centre de réflexion Geneva Center for Security Policy.

Avec les frappes, "les Iraniens lavent leur honneur, ce qui est un facteur très important en raison de la valeur de Soleimani. La question est de savoir si cela leur suffit", prévient John Raine, expert en géopolitique au centre de réflexion britannique International Institute for Strategic Studies (IISS), en craignant que Téhéran envisage "des attaques contre les intérêts américains ailleurs dans la région, particulièrement dans les pays où l'Iran a des leviers opérationnels".

Après avoir promis de venger la mort de Qassem Soleimani, l'architecte de sa stratégie au Moyen-Orient, l'Iran a tiré mercredi 22 missiles sur des bases de la coalition internationale abritant des soldats américains en Irak.Mais ces frappes n'ont tué "aucun Américain" et les dégâts matériels sont "limités", s'est félicité le président américain Donald Trump, dont la réaction était très attendue, dans une allocation solennelle à la Maison Blanche."L'Iran semble reculer", a-t-il observé, entouré de hauts responsables de l'exécutif et de hauts gradés du Pentagone, ajoutant que les Etats-Unis étaient "prêts à la paix" avec ceux qui la voulaient.Donald Trump est revenu à un registre plus politique, loin de toute escalade militaire, en annonçant de nouvelles sanctions économiques contre l'Iran et en appelant les Européens à quitter l'accord sur le nucléaire iranien qu'il a lui-même dénoncé en 2018."Nous ne cherchons pas l'escalade ou la guerre", s'est aussi empressé de souligner le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, précisant que les représailles "proportionnées" de la nuit étaient "terminées". Le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a toutefois estimé que cette "gifle à la face" des Etats-Unis n'était "pas suffisante pour cette affaire".Un peu plus tôt, le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, avait salué une "gifle à la face" des Etats-Unis, prévenant toutefois que ce n'était "pas suffisant". Il faut, avait-il dit, que "la présence corrompue des Etats-Unis dans la région prenne fin", alors que l'axe pro-Iran profite depuis vendredi d'un regain de sentiment anti-américain en Iran, mais aussi en Irak et au Liban."Nous ne cherchons pas l'escalade ou la guerre, mais nous nous défendrons", avait abondé Mohammad Javad Zarif, le chef de la diplomatie iranienne, affirmant que les représailles "proportionnées" de la nuit étaient "terminées".Mais si la riposte iranienne est close, reste la "riposte irakienne", qui ne sera "pas moins importante", ont déjà promis les factions armées pro-Iran dans le pays. Elles se poursuivront "jusqu'au départ du dernier soldat" américain, ont ajouté ces factions que Washington accuse d'être derrière les dizaines de roquettes qui ont déjà visé leurs soldats et leurs diplomates ces derniers mois.La réponse est coordonnée avec le Hezbollah libanais et Téhéran, assurent ces factions, après les frappes iraniennes --qui selon l'armée irakienne n'ont pas fait de victime dans ses rangs. Pour Phillip Smyth, spécialiste des groupes chiites armés, les tirs iraniens marquent une "nouvelle phase". L'Iran "a envoyé une réponse publique et d'ampleur", "un signal". La suite, affirme-t-il à l'AFP, pourrait être confiée "aux agents de l'Iran".Les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine ont appelé "toutes les parties à agir avec retenue" alors que Londres estimait que "l'Iran devrait plutôt oeuvrer en faveur d'une désescalade urgente".Le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel Mahdi a dénoncé "une violation de la souveraineté de l'Irak", sans toutefois utiliser les termes sévères qu'il avait réservés aux Etats-Unis, dont le Parlement irakien réclame désormais la fin de la présence militaire sur son sol.M. Abdel Mahdi passe pour être plus proche des pro-Iran que le président Barham Saleh et le chef du Parlement Mohammed al-Halboussi qui, eux, ont "condamné" et "dénoncé" la riposte iranienne sur leur sol. Selon des informations de presse citant un responsable américain, les forces de la coalition ont été prévenues à l'avance des frappes mais la provenance de cet avertissement n'était pas claire."Via nos canaux de renseignement, nous avons été avertis qu'une possible attaque était imminente", a déclaré à l'AFP un porte-parole de l'armée norvégienne, qui compte environ 70 soldats sur la base d'Aïn al-Assad.Une source de sécurité irakienne indique toutefois à l'AFP que les forces irakiennes avaient évacué Aïn al-Assad avant même les frappes.Les compagnies aériennes américaines, ainsi qu'Air France ou Lufthansa ont interdit le survol de l'Irak, de l'Iran et du Golfe après que les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique iranienne, ont menacé "des gouvernements alliés" des Etats-Unis, en premier lieu les Etats du Golfe, pris entre Iran et Irak, et Israël.Les funérailles en Iran du général Soleimani, assassiné avec l'Irakien Abou Mehdi al-Mouhandis, leader des paramilitaires pro-Iran intégrées aux forces régulières irakiennes, ont été jusqu'à mardi soir ponctuées d'appels à la "vengeance".Avant même les frappes de la nuit, plusieurs Etats membres de la coalition avaient annoncé sortir leurs soldats d'Irak.Si la France et l'Italie disent rester, Canadiens et Allemands ont redéployé une partie de leurs troupes vers la Jordanie et le Koweït. L'Otan a décidé de retirer temporairement une partie de son personnel et "exhorté l'Iran à s'abstenir de toute nouvelle violence".De l'avis de plusieurs analystes, le gouvernement iranien a répondu prestement pour contenter son opinion publique, tout en choisissant de graduer sa riposte pour éviter de provoquer une confrontation à grande échelle avec son ennemi historique."Avec ces attaques, Téhéran a montré sa capacité et sa détermination à répondre aux attaques américaines, sauvant ainsi la face, tout en choisissant soigneusement ses cibles pour éviter de faire des victimes et ainsi provoquer une réaction de Trump", analyse Annalisa Perteghella, spécialiste de l'Iran à l'Institut d'analyse géopolitique italien Ispi."Les Iraniens ont tenté la quadrature du cercle, une attaque très proportionnée qui ne soit pas de nature à nécessairement provoquer la riposte promise par Trump", abonde François Heisbourg, expert à la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS) à Paris.Au final, Donald Trump a même réitéré sa proposition de négociations avec l'Iran sur son programme nucléaire et son influence dans la région, même s'il continue de poser des conditions difficilement acceptables pour Téhéran."Cette possibilité-là revient au moins virtuellement", relève prudemment François Heisbourg. "Compte tenu des événements des derniers jours, ce n'est pas absolument évident mais Trump a aussi montré qu'il savait agir avec brutalité. Personne ne pourra l'accuser d'agir en position de faiblesse", ajoute-t-il.De l'avis de nombre d'analystes, il faut malgré tout s'attendre à ce que Téhéran continue ses activités de déstabilisation dans la région via ses supplétifs."La riposte iranienne, c'est du feu d'artifice, ça donne l'illusion d'une riposte car ils n'ont pas intérêt à faire monter la mayonnaise. Ce qu'il faut attendre maintenant, c'est le coup de poignard derrière le rideau qui viendra plus tard", abonde Thomas Flichy de La Neuville, chercheur associé à l'université d'Oxford et professeur de géopolitique à la Rennes School of Business."Personne ne souhaite une confrontation à grande échelle, ni Trump pour des raisons électorales, ni du côté iranien car Téhéran n'en n'a pas les moyens, ni économiques ni militaires. Mais ce type de situation peut déraper. Les risques sont très élevés", prévient Marc Finaud, ancien diplomate français et expert du centre de réflexion Geneva Center for Security Policy.Avec les frappes, "les Iraniens lavent leur honneur, ce qui est un facteur très important en raison de la valeur de Soleimani. La question est de savoir si cela leur suffit", prévient John Raine, expert en géopolitique au centre de réflexion britannique International Institute for Strategic Studies (IISS), en craignant que Téhéran envisage "des attaques contre les intérêts américains ailleurs dans la région, particulièrement dans les pays où l'Iran a des leviers opérationnels".