Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), il est préférable d'avoir un nombre équilibré de femmes et d'hommes dans une société. Pour vérifier ces données, les pays calculent le sex-ratio, défini comme le rapport entre le nombre d'hommes et de femmes dans une population. On le situe aux alentours de 1. Le ratio idéal à la naissance serait d'environ 105 garçons pour 100 filles (soit, un sex-ratio légèrement supérieur à 1). Ces 5 garçons supplémentaires sont en effet nécessaires pour maintenir l'équilibre des genres compte tenu du taux de mortalité plus élevé chez les hommes âgés.
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Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), il est préférable d'avoir un nombre équilibré de femmes et d'hommes dans une société. Pour vérifier ces données, les pays calculent le sex-ratio, défini comme le rapport entre le nombre d'hommes et de femmes dans une population. On le situe aux alentours de 1. Le ratio idéal à la naissance serait d'environ 105 garçons pour 100 filles (soit, un sex-ratio légèrement supérieur à 1). Ces 5 garçons supplémentaires sont en effet nécessaires pour maintenir l'équilibre des genres compte tenu du taux de mortalité plus élevé chez les hommes âgés.Prenons le cas de l'Europe, par exemple. En 2016, le sex-ratio à la naissance se situait entre 1,05 et 1,07 dans pratiquement tous les pays européens. Soit environ 6% de plus de garçons que de filles en moyenne. Cette année-là, il y avait 20,424.817 garçons âgés entre 0 et 4 ans pour 19,332.243 filles de la même tranche d'âge, rapporte l'ONU dans son recensement de la population européenne de 2016. En 2018, la situation n'a pas vraiment évolué : on comptait alors 20,218.641 garçons pour 19,150.585 filles, âgés de 0 à 4 ans. On peut donc en conclure que le ratio européen reste stable, à 105 garçons pour 100 filles.Pourtant, le nouveau rapport d'Human Rights Watch fait état d'une situation inquiétante : le ratio mondial pourrait peu à peu être bousculé à cause de la démographie changeante des pays les plus peuplés du monde. La Chine et l'Inde n'ont tout simplement plus assez de femmes... Et pour cause, dans ces deux nations qui comptabilisent 2,73 milliards d'habitants (soit 35% de la population mondiale), il y a environ 80 millions d'hommes de plus que le nombre jugé souhaitable.En Chine, le rapport de masculinité est nettement plus élevé que 105, pouvant atteindre un ratio de 120 garçons sur 100 filles. En Inde, la situation est semblable dans de nombreuses régions depuis des décennies."Une première dans l'histoire de l'humanité ", estimait le Washington Post en avril 2018, qui s'inquiète de ce trop grand nombre d'hommes. "Au-delà d'une épidémie de solitude, le déséquilibre fausse les marchés du travail, augmente les taux d'épargne en Chine et fait baisser la consommation". Sans compter que cela fait gonfler le taux de crimes violents, de trafic ou de prostitution dans un nombre croissant de lieux. Si le continent asiatique a de quoi s'inquiéter, l'Europe n'est pas en reste : ces conséquences pourraient fausser l'économie internationale.Début 2018, on comptabilisait en Inde plus de 37 millions d'hommes. La préférence pour les héritiers masculins a forcé de nombreuses familles à avoir recours à l'avortement sélectif. Une sorte de loterie du genre qui a amené ces pères et mères à "se débarrasser" du numéro perdant. Suite à cela, et face au constat d'une diminution du nombre de nouveau-nés de sexe féminin, une loi interdisant le dépistage du foetus et ce type d'avortement a été adoptée.En Chine, des décisions similaires ont été prises pendant des années à cause de la politique nataliste de "l'enfant unique", en vigueur entre 1979 et 2015. Résultats : sur les 1,4 milliard d'habitants que compte la Chine, il y a près de 34 millions de plus d'hommes que de femmes, soit l'équivalent de presque toute la population de la Californie.Cette préférence masculine viendrait, dans les deux cas, de la discrimination entre les sexes - du sexisme ordinaire aux préoccupations selon lesquelles les fils sont plus à même de reprendre les rênes de l'industrie familiale, de soutenir financièrement leurs parents une fois âgés et de donner naissance à des petits-enfants. En Inde, les filles sont, quant à elles, obligées d'aller vivre avec leurs beaux-parents.En Chine, ce manque de femmes a des conséquences néfastes. Le déséquilibre dans le ratio garçons/filles crée un excédent de célibataires qui entraîne une exacerbation du trafic d'êtres humains. Human Rights Watch a examiné l'un de ces cas dans un rapport qu'il publiera en février 2019 : la traite des femmes mariées de Birmanie vers la Chine.En effet, dans les États du Kachin et du Shan, situés en Birmanie, à la frontière avec la Chine, un conflit de longue date perdure et force des centaines de milliers de personnes à se déplacer. Un véritable terrain de chasse pour les trafiquants, qui prennent pour cible ces femmes vulnérables en leur promettant un emploi et une meilleure vie dans l'Empire céleste. Loin de trouver le bonheur promis, ces femmes de tout âge sont revendues entre 3 000 et 13 000 dollars à des familles chinoises en quête d'épouse pour leur fils. Une fois achetées, elles sont généralement enfermées dans une pièce et violées à répétition jusqu'à ce qu'elles tombent enceintes.Outre la Birmanie, ce type de trafic existe aussi au Cambodge, au Vietnam et en Corée du Nord. Le Washington Post raconte notamment l'histoire de Lili, jeune Cambodgienne qui n'a eu d'autre choix que d'épouser un Chinois. "Au Cambodge, les filles doivent aider à soutenir financièrement la famille. Le père de Lili étant décédé, elle avait trois jeunes frères à élever et à qui payer des études. Son village, dans la province de Kampong Cham, au Cambodge central, n'offrait aucune possibilité d'emploi réelle. Lili a alors reçu l'équivalent de 450 dollars américains, ainsi que les frais de voyage, en plus de la promesse d'un travail relativement bien payé dans une usine chinoise à son arrivée, à condition qu'elle accepte de se marier."Avec l'augmentation du nombre d'hommes, la criminalité sexuelle s'est, elle aussi, intensifiée en Inde. Des rapports indiquent que "dans l'État d'Haryana, dans le nord de l'Inde, les crimes contre les femmes ont augmenté de 127% au cours de la dernière décennie." Les écolières sont souvent les victimes de prédateurs sexuels.En mai 2018, un groupe de jeunes élèves a déclenché une révolte publique dans le village indien de Gothra Tappa Dahina. Fatiguées de subir le harcèlement des hommes sur le chemin de l'école, les filles ont décidé de protester. "Il y a trop d'hommes", a déclaré Nikita Chauhan, 14 ans, la leader du mouvement. "Ils nous gardent enfermés dans leur poing".Petite communauté de 3000 personnes, le village n'a pas une école adaptée à tous les âges et les enfants sont donc obligés de marcher jusqu'au village suivant pour assister aux cours. Sur la route, les écolières sont régulièrement encerclées par de jeunes hommes à moto, qui tentent d'agripper leur foulard et de les attirer à eux.Si le harcèlement de rue - souvent qualifiée de simple "taquinerie", est un problème récurrent depuis de nombreuses années, la situation ne cesse d'empirer aujourd'hui. Et la popularité des films Bollywood, critiqués pour glorifier le harcèlement criminel et le viol - semble en être une des causes. "Même si la fille dit non, il continue de la pourchasser. Mais à la fin, il attrape la fille", a déclaré au Washington Post Shakti Singh, un étudiant de 20 ans, qui s'inspire de la trame de nombreux films de son pays - un héros qui brise la réticence d'une femme. Or, la criminalité sexuelle, par effet boule de neige, contribue, à son tour, à la diminution des naissances féminines dans le pays. De nombreuses familles pensent qu'il est préférable d'avorter si l'enfant à naître est une fille, car il serait difficile de la protéger des violences sexuelles futures.Si la Chine et l'Inde ont désormais mis fin à des décennies de politiques et traditions "anti-filles", "ces interdictions sont encore souvent inefficaces", juge l'organisme Human Rights Watch. " Ces pays devraient faire davantage pour s'attaquer à la cause fondamentale du déséquilibre démographique, à savoir la discrimination fondée sur le sexe, qui se traduit souvent par l'espoir que le bébé à naître sera un garçon et non une fille. "