Éviter un nouvel échec "à la Mueller"

Sept semaines après le lancement de l'enquête par Nancy Pelosi, les députés démocrates font venir dès aujourd'hui des témoins importants à la barre. Grâce à ces auditions publiques, ils espèrent démontrer que le président a abusé de sa fonction pour faire pression sur son homologue ukrainien afin d'enquêter sur un de ses rivaux politiques. Côté républicain, après avoir protesté contre la procédure, on soutient désormais l'argument selon lequel les accusations des démocrates ne tiennent pas la route. Du président au camp démocrate, en passant par les témoins eux-mêmes, cette enquête risque de laisser des traces et de marquer les "perdants".

Les démocrates peuvent-ils faire valoir leurs arguments avec succès lors de ces auditions ? Rien n'est moins sûr. La dernière fois que les démocrates se sont lancés dans des auditions jugées déterminantes, cela s'est soldé par un échec. C'était lors de l'enquête russe, avec le procureur spécial Mueller, dont le témoignage a été intentionnellement restreint dans ce qu'il était disposé et capable de dire, en l'occurrence sur les liens entre l'équipe de campagne de Trump et une éventuelle ingérence russe, rappelle CNN. Même si le sujet et son implication sont différents, et que les sondages publics ont tendance à pencher au fur et à mesure vers les démocrates, le camp démocrate est confronté aux mêmes obstacles avec ces audiences.

À quoi s'attendre ?

Les témoins ont déjà été interrogés durant des heures à huis clos, et les retranscriptions ont été rendues publiques. Il est donc peu probable qu'il y ait de nouveaux développements importants lors des auditions publiques. Les témoins vont en quelque sorte expliquer au grand public ce qu'il n'a pas encore lu en détail. Les démocrates espèrent donc que, contrairement à l'audition de Mueller, cette version "live" des témoignages permettra aux futurs électeurs de s'informer sur l'affaire.

Pour se donner davantage de crédit, les démocrates ont adopté une résolution visant à changer le format des auditions. Il y aura désormais des blocs de 45 minutes pour poster des questions. Les cinq minutes établies lors des précédentes auditions avaient donné lieu à des échanges confus et peu productifs entre les deux camps, et de la frustration.

Témoignage à double tranchant

L'opinion publique qui résultera de ces auditions dépend en grande partie des témoins. Les premiers témoins sont deux diplomates: William Taylor, qui était chargé d'affaires à Kiev, et George Kent, haut fonctionnaire du département d'État américain avec des décennies d'expérience dans la politique ukrainienne. L'ancienne ambassadrice des États-Unis en Ukraine, Marie Yovanovitch, que Trump a rappelée à Washington en mai, doit comparaître devant le comité vendredi.

Ces trois premiers témoignages donneront le ton pour la suite des évènements. S'ils échouent à convaincre, l'opinion publique, ainsi que les républicains, pourraient bien décréter que la procédure a été lancée à la légère. La question de leur crédibilité sera donc essentielle pour les démocrates.

Le mot final aux républicains

De leur côté, les républicains tentent depuis le début de court-circuiter l'enquête. Ils ont d'abord dénoncé le fait que la procédure et les auditions se déroulent à huis clos. Maintenant qu'ils ont obtenu des audiences publiques, ils adaptent leur stratégie, en se concentrant davantage sur le contenu, pour saper le dossier des démocrates. Ils ont d'ailleurs établi début de semaine une note de 18 pages à l'intention de leurs membres détaillant leurs arguments contre la destitution.

Si les auditions tournent en faveur des démocrates, les chances de destituer Trump sont néanmoins très minces. Compte tenu de la majorité républicaine au Sénat, il est peu probable que Donald Trump soit destitué, car la chambre haute, qui sera chargée de le juger, aura le dernier mot. L'impact politique de la procédure, en pleine année électorale, est en revanche plus incertain. La procédure contre Bill Clinton s'était retournée contre les républicains. Quant à Donald Trump, qui dénonce une "chasse aux sorcières", il assure que l'action des démocrates aura un effet "positif" sur sa campagne de réélection.