Vous parlez de Brexit franco-allemand, le terme est très fort. Nous en sommes vraiment là ?
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Vous parlez de Brexit franco-allemand, le terme est très fort. Nous en sommes vraiment là ?Par ce titre, je voulais montrer que la situation est arrivée à un point critique. Depuis l'ère Kohl-Mitterrand, il n'y a plus de grand projet franco-allemand ni de vision commune de la construction européenne. Après la chute du mur de Berlin, l'Allemagne a considéré qu'elle avait moins besoin de la France. Lorsqu'elle a décidé d'abandonner le nucléaire et, plus récemment, d'ouvrir grand ses portes aux migrants, elle n'a pas consulté Paris - ni personne, d'ailleurs. Angela Merkel " gère " bien, mais nous avons besoin de femmes et d'hommes d'Etat, pas de gestionnaires discutant des dossiers à la façon de copropriétaires. Les divergences entre la France et l'Allemagne ne sont pas nouvelles... Certes, mais le contexte actuel rend la situation inédite. Sur le plan économique, nous n'avons jamais connu une aussi longue période de prêts à taux négatifs avec zéro inflation, ni de rachats de dettes aussi volumineux par la Banque centrale européenne (BCE). Nous vivons en terre inconnue, avec un système bancaire et d'assurances affaibli qui peut déboucher demain sur une crise majeure. La BCE a fait tout ce qu'elle a pu pour compenser le manque de coordination au sein de l'UE en matière de politique budgétaire et monétaire, mais elle ne peut guère aller plus loin. Or, les Allemands restent encore sourds à la finalisation de l'euro, refusant toujours la création d'un budget commun ou tout autre outil approprié à un environnement économique différent. Ils s'arriment à la règle européenne des 3 % de déficit public, pour argumenter que les Français, moins rigoureux côté finances, ne sont pas dignes de leur confiance. Sur le plan militaire aussi, l'Allemagne semble faire cavalier seul... Dans le domaine de l'armement, où la succession du Rafale et celle du char Leclerc - respectivement sous direction française et allemande - doivent être assurées dans les prochaines années, l'Allemagne a rompu nombre de contrats avec la France et, de surcroît, elle semble jouer un double jeu : elle n'entend pas vraiment affaiblir le lien transatlantique pour la bonne raison qu'elle ambitionne de devenir le fournisseur des armées européennes via des standards de technologies de défense ancrés dans l'accord de coopération de l'Otan dit " nation-cadre ". Une inflexion est-elle possible ?Je le crois. La CDU se droitise face à la montée de l'AfD (extrême droite), particulièrement dans l'ex-RDA. Or, le tendon d'Achille de l'Allemagne, c'est l'image qu'elle donne d'elle-même. Aucun véritable changement n'est à attendre d'ici à un an, car Angela Merkel doit finir son mandat en paix et, si elle s'avisait de relâcher l'étau budgétaire au niveau européen, ses électeurs le lui reprocheraient. En revanche, je pense que les Verts peuvent rebattre les cartes. Ils ne sont pas liés comme la CDU à l'industrie et sont plus enclins à adopter une vision transnationale. Ajoutons à cela que l'économie allemande s'essouffle et qu'une relance à la façon keynésienne semble inévitable. L'Allemagne, souvent " donneuse de leçons ", n'aura pas d'autre choix que d'assouplir bien des dogmes en avançant sur la coordination politique, budgétaire et monétaire de la zone euro. A plus forte raison avec le départ programmé des Britanniques, qui nous préparent un " Singapour-sur-Thames ", autrement dit, un paradis fiscal aux portes de Dunkerque.Claire Chartier