D'après une étude de l'Union des nations africaines, en 2017, seuls 22 % des 54 pays du continent étaient accessibles aux Africains eux-mêmes, sans visa. Dans le même temps, les voyageurs du reste du monde semblaient pouvoir entrer plus facilement sur le territoire, selon un article de la BBC.

Le classement 2018 des passeports selon leur puissance, établi par The Passport Index. Plus un pays est clair, plus la liberté de mouvements de ses ressortissants est grande., Capture d'écran passportindex.org
Le classement 2018 des passeports selon leur puissance, établi par The Passport Index. Plus un pays est clair, plus la liberté de mouvements de ses ressortissants est grande. © Capture d'écran passportindex.org

The Passport Index a émis en 2018 un classement mondial des passeports selon leur puissance. Il montre effectivement que les papiers africains permettent globalement moins de voyages que leurs équivalents européens ou américains.

Cela ne signifie cependant pas qu'un ressortissant africain n'a aucun accès aux autres états du continent. Ce sont surtout les trajets interrégionaux qui sont compliqués. Il est généralement possible de voyager sans visa à l'intérieur de la Communauté de l'Afrique de l'Est, de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale ou du Maghreb, mais les échanges de plus longue distance nécessiteront une autorisation.

Un passeport belge permet de voyager sans visa dans 163 pays, contre 52 pour un burundais. , Capture d'écran passportindex.org
Un passeport belge permet de voyager sans visa dans 163 pays, contre 52 pour un burundais. © Capture d'écran passportindex.org

Ouvrir le continent aux Africains

Consciente de l'importance de la libre circulation des biens et personnes dans le développement des états membres, l'Union africaine avait prévu dès 2013 la création d'un passeport global. Celui-ci devait permettre aux Africains de voyager librement dans n'importe lequel des 54 pays signataires. C'est chose faite depuis juillet 2016... mais il n'est encore disponible qu'aux chefs d'Etat et hauts fonctionnaires.

Un Kenyan peut voyager plus facilement dans les pays de l'Est de l'Afrique qu'un Tunisien, alors que leurs passeports actuels ont une puissance à peu près équivalente., Capture d'écran passportindex.org
Un Kenyan peut voyager plus facilement dans les pays de l'Est de l'Afrique qu'un Tunisien, alors que leurs passeports actuels ont une puissance à peu près équivalente. © Capture d'écran passportindex.org

L'abolition des visas pour les voyages intracontinentaux était elle aussi promise par l'Union africaine pour 2018, reprenant le modèle de l'espace Schengen. Certains états s'y sont engagés, comme le Rwanda en début d'année ou les Seychelles, qui assurent ne plus demander aucun visa.

A l'inverse, l'Afrique du Sud a durci les conditions d'entrée sur son territoire. Le pays est accessible aux ressortissants des 28 états de l'Union européenne, mais à seulement 15 pays africains, selon la BBC. Le gouvernement ne pratiquerait pas non plus la réciprocité des passeports voulue par l'Union africaine. Par exemple, les Sud-africains reçoivent gratuitement un visa à leur entrée au Kenya, alors que les Kenyans doivent s'acquitter de frais de service et attendre cinq jours avant d'avoir l'autorisation d'atterrir en Afrique du Sud.

Des frais supplémentaires

En plus d'être difficiles, les voyages "intrafrique" coûtent aussi plus cher. Selon le site mon-visa.net, il faut débourser 70 euros pour visiter le Gabon, 75 euros pour le Malawi et jusqu'à 90 euros pour l'Ouganda, alors qu'un visa Schengen ne coûte que 60 euros et permet de circuler entre les 28 états de l'Union européenne. Sachant qu'en plus, les vols entre pays africains sont plus rares (et donc plus chers) que les autres liaisons.

"Un vol Kenya-Namibie est au même prix qu'un autre pour la Thaïlande, et le coût pour Dubaï depuis Nairobi est bien moins élevé que d'aller au Maroc", expliquait Winnie Rioba, blogueuse de voyages kenyane interrogée par la BBC. De quoi dissuader encore un peu plus les Africains de découvrir leur continent.

Juliette Chable

D'après une étude de l'Union des nations africaines, en 2017, seuls 22 % des 54 pays du continent étaient accessibles aux Africains eux-mêmes, sans visa. Dans le même temps, les voyageurs du reste du monde semblaient pouvoir entrer plus facilement sur le territoire, selon un article de la BBC.The Passport Index a émis en 2018 un classement mondial des passeports selon leur puissance. Il montre effectivement que les papiers africains permettent globalement moins de voyages que leurs équivalents européens ou américains.Cela ne signifie cependant pas qu'un ressortissant africain n'a aucun accès aux autres états du continent. Ce sont surtout les trajets interrégionaux qui sont compliqués. Il est généralement possible de voyager sans visa à l'intérieur de la Communauté de l'Afrique de l'Est, de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale ou du Maghreb, mais les échanges de plus longue distance nécessiteront une autorisation.Ouvrir le continent aux AfricainsConsciente de l'importance de la libre circulation des biens et personnes dans le développement des états membres, l'Union africaine avait prévu dès 2013 la création d'un passeport global. Celui-ci devait permettre aux Africains de voyager librement dans n'importe lequel des 54 pays signataires. C'est chose faite depuis juillet 2016... mais il n'est encore disponible qu'aux chefs d'Etat et hauts fonctionnaires.L'abolition des visas pour les voyages intracontinentaux était elle aussi promise par l'Union africaine pour 2018, reprenant le modèle de l'espace Schengen. Certains états s'y sont engagés, comme le Rwanda en début d'année ou les Seychelles, qui assurent ne plus demander aucun visa.A l'inverse, l'Afrique du Sud a durci les conditions d'entrée sur son territoire. Le pays est accessible aux ressortissants des 28 états de l'Union européenne, mais à seulement 15 pays africains, selon la BBC. Le gouvernement ne pratiquerait pas non plus la réciprocité des passeports voulue par l'Union africaine. Par exemple, les Sud-africains reçoivent gratuitement un visa à leur entrée au Kenya, alors que les Kenyans doivent s'acquitter de frais de service et attendre cinq jours avant d'avoir l'autorisation d'atterrir en Afrique du Sud.Des frais supplémentairesEn plus d'être difficiles, les voyages "intrafrique" coûtent aussi plus cher. Selon le site mon-visa.net, il faut débourser 70 euros pour visiter le Gabon, 75 euros pour le Malawi et jusqu'à 90 euros pour l'Ouganda, alors qu'un visa Schengen ne coûte que 60 euros et permet de circuler entre les 28 états de l'Union européenne. Sachant qu'en plus, les vols entre pays africains sont plus rares (et donc plus chers) que les autres liaisons."Un vol Kenya-Namibie est au même prix qu'un autre pour la Thaïlande, et le coût pour Dubaï depuis Nairobi est bien moins élevé que d'aller au Maroc", expliquait Winnie Rioba, blogueuse de voyages kenyane interrogée par la BBC. De quoi dissuader encore un peu plus les Africains de découvrir leur continent.Juliette Chable