FaceApp connait un regain de popularité ces derniers jours. L'application de retouche de photos avec des filtres et effets variés est disponible depuis 2017, mais c'est une fonctionnalité bien spécifique qui séduit aujourd'hui de nouveaux utilisateurs, celle qui permet de vieillir un visage - prenez 60 ans en quelques secondes à coup de rides, cernes et de cheveux gris bien tapés - ou de le rajeunir. L'application était en tête des classements des applications les plus téléchargées sur iPhone et Android, ce 17 juillet, note Le Huff Post. Sur Google Play, elle a déjà séduit plus de 100 millions d'utilisateurs.
...

FaceApp connait un regain de popularité ces derniers jours. L'application de retouche de photos avec des filtres et effets variés est disponible depuis 2017, mais c'est une fonctionnalité bien spécifique qui séduit aujourd'hui de nouveaux utilisateurs, celle qui permet de vieillir un visage - prenez 60 ans en quelques secondes à coup de rides, cernes et de cheveux gris bien tapés - ou de le rajeunir. L'application était en tête des classements des applications les plus téléchargées sur iPhone et Android, ce 17 juillet, note Le Huff Post. Sur Google Play, elle a déjà séduit plus de 100 millions d'utilisateurs.Passé l'amusement, ce genre d'applications inquiète certains utilisateurs sur plusieurs aspects. Où sont stockées les photos téléchargées ? Combien de temps ? Sont-elles par après réutilisées d'une quelconque manière ? L'app' respecte-t-elle le règlement européen des données personnelles (RGPD) ? Pourquoi inquiète-t-elle à ce point les démocrates aux États-Unis ? FaceApp a été développée en Russie par une petite équipe, Wireless Lab, basée à Saint-Pétersbourg. En janvier 2017, lorsqu'elle débarque sur les plateformes de téléchargement, elle proposait déjà ce filtre gratuit de vieillissement/rajeunissement, outre ses diverses options permettant de rendre un visage plus attrayant ou de le faire ressembler au sexe opposé. L'app' a été au coeur d'un scandale dès son lancement, accusée de racisme à cause d'un filtre, d'abord baptisé "Hot" ("chaud ou sexy") puis "Sparkle" ("étincelle"), permettant notamment de blanchir les peaux noires. C'est le récent "FaceApp Challenge" lancé sur les réseaux sociaux et alimenté par des célébrités qui ont posté des photos d'elles vieillies qui est à l'origine de ce regain d'intérêt.Son fonctionnement est simple. FaceApp applique des modifications automatiques à la photo d'un visage, soit via un selfie, soit via une photo téléchargée de la galerie du smartphone de l'utilisateur dès que ce dernier lui en a autorisé l'accès. Une recherche sur internet donne également la possibilité de modifier le visage d'une personne célèbre. La plupart des filtres sont disponibles gratuitement, en payant une vingtaine d'euros par an (ou 4 euros par mois), l'offre de filtres s'étoffe. FaceApp ne télécharge pas automatiquement toutes les photos d'un utilisateur sur ses serveurs sans qu'il ne le sache. Selon les sites spécialisés TechCrunch et The Next Web qui en ont analysé le fonctionnement, l'app' ne dispose pas d'accès à l'intégralité des photos d'un smartphone sans le consentement explicite de son propriétaire. Cette affirmation a aussi été confirmée par un spécialiste en cybersécurité sur Twitter, note la RTBF. Une fois la photo sélectionnée, FaceApp la charge bel et bien sur ses serveurs à distance afin de la transformer avec le filtre sélectionné. Ensuite, l'app' apporte les modifications voulues au visage grâce à l'intelligence artificielle dans son environnement cloud. C'est la raison pour laquelle l'application ne fonctionne que sur 3G ou Wi-Fi, explique Le Monde. L'entreprise confirme de son côté que le stockage de photos a bien lieu grâce à des serveurs à distance situés en dehors de la Russie, utilisant les infrastructures cloud d'Amazon (AWS) et de Google.FaceApp a répondu au site spécialisé TechCrunch qui l'interrogeait sur ce point que la plupart des images stockées sur ses serveurs sont supprimées "pour la plupart d'entre elles" dans les quarante-huit heures suivant leur envoi, "pour une période indéterminée pour certaines autres". Et après ? Dans les conditions d'utilisations qui comme le note Le Monde ne sont pas accessibles depuis l'app', mais consultables sur deux pages séparées, on peut lire qu'en chargeant une photo et en lui appliquant un filtre pour ensuite la partager à des amis ou sur les réseaux sociaux, l'utilisateur cède à l'entreprise gérant l'application la possibilité de modifier, réutiliser ou exploiter par la suite sa photo retouchée. "Vous accordez à FaceApp une licence perpétuelle, irrévocable, non exclusive, libre de droits, mondiale (...) et transférable pour utiliser, reproduire, modifier, adapter, publier (...), distribuer et afficher publiquement vos contenus et tout nom, nom d'utilisateur (...)" que vous fournissez à l'application avec votre contenu, "dans tous les formats médiatiques et canaux non encore connus et développés dans le futur, sans compensation en votre faveur", peut-on lire dans les conditions de FaceApp. Les images stockées sont utilisées par Wireless Lab pour entraîner ses logiciels de retouches automatiques, ou constituer des bases de données avec des visages de ses utilisateurs. Ou encore, afin de promouvoir FaceApp à partir des photos retouchées, sélectionnées par la société. Dans ses conditions d'utilisation, FaceApp signale qu'il dispose de la possibilité d'utiliser à sa convenance d'autres informations liées à l'utilisation de l'application, comme des informations de géolocalisation et certaines parties de l'historique de navigation (adresse IP, URLs des pages visitées, clics, type de navigateur, etc.) de ses utilisateurs pour leur offrir des pubs ciblées. L'entreprise indique que les données personnelles peuvent être utilisées ou transférées avec des entreprises qui font légalement partie du même groupe de sociétés qu'elle, mais aussi vers un pays dont la juridiction en matière de protection des données n'est pas la même que celle du pays de l'utilisateur. Dans le cas de figure où FaceApp se fait racheter, plus tard, par une autre entreprise, cette dernière aura donc les droits d'utiliser de la même manière toutes les photos et informations des utilisateurs, prévient Le Monde. Le patron de la société russe, Iaroslav Gontcharov, a assuré de son côté dans une interview au Washington Post que Wireless App n'utilisait pas les photos pour d'autres utilisations que l'application. Il a aussi déclaré que si la société était basée en Russie, les données des utilisateurs n'y étaient pas transférées. Rien de neuf sous le soleil. FaceApp n'est de loin pas l'unique application à imposer à ses utilisateurs ce genre de conditions à ses utilisateurs. L'une des plus célèbres, Instagram, propriété de Facebook signale aussi qu'en utilisant ses services, l'utilisateur lui "accorde une licence non exclusive, gratuite, transférable, sous-licenciable, et mondiale pour héberger, utiliser, distribuer, modifier, exécuter, copier, jouer ou présenter publiquement, traduire et créer des oeuvres dérivées de votre contenu (conformément à vos paramètres de confidentialité et d'application)". Certaines de ces conditions se retrouvent également dans nombre d'autres applications comme Snapchat ou What's app, pour ne citer que les plus populaires. Le seul moyen de mettre fin à cette licence étant de supprimer son contenu ou son compte. Autre obstacle pour une demande d'accès à ses données personnelles ou à une réclamation, le siège de FaceApp est situé actuellement à Saint-Pétersbourg, en Russie. FaceApp a détaillé à TechCrunch une procédure pour demander à ses équipes de supprimer toutes les données personnelles d'un utilisateur, mais elle est assez alambiquée. Ajouté à cela, des équipes qui se disent "surchargées" chez FaceApp et les délais peuvent devenir très long pour voir sa requête aboutir un jour. Autre point qui coince soulevé par de nombreux observateurs, l'app' de retouche de photos n'est actuellement pas en conformité avec le règlement européen des données personnelles (RGPD). Les conditions d'utilisation de l'application n'ont en effet pas été mises à jour après son entrée en vigueur en 2018. Les données des utilisateurs européens ne sont donc pas protégées selon les lois européennes. Face à ces manquements et suspicions, le parti démocrate américain a officiellement conseillé à ses candidats à la primaire, en vue de l'élection présidentielle de 2020, de ne pas utiliser FaceApp, en raison de l'origine russe de l'application. Chuck Schumer, un sénateur démocrate appelle même à une enquête sur la société qui l'a créée. Dans la lettre qu'il a adressée au FBI et à la FTC (Federal Trade Commission), le responsable politique estime que "la localisation de FaceApp en Russie soulève des questions sur comment et quand la société fournit les données de citoyens américains à des parties tierces, y compris éventuellement à des gouvernements étrangers". L'application, qui fait appel à une intelligence artificielle pour modifier votre visage, "est la propriété d'une société basée en Russie et les utilisateurs doivent fournir un accès complet et irrévocable à leurs photos et à leurs données personnelles", ajoute-t-il.Les responsables démocrates, dont certains ont été la cible de hackers russes pendant la campagne pour l'élection présidentielle de 2016, sont particulièrement sensibles à toute surveillance possible de la part de Moscou.