Le projet de loi contesté qui devait permettre d'envoyer des suspects en Chine a été le déclencheur d'une mobilisation sans précédent dans l'ex-colonie britannique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Mais le refus pendant de longues semaines du gouvernement semi-autonome de transiger a eu pour conséquence de durcir le mouvement et d'élargir ses revendications. Retour sur les évènements :

Projet de loi et contestation

Le 28 avril, des milliers de personnes descendent dans les rues pour protester contre un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine. Les protestataires craignent un renforcement du contrôle chinois alors que l'ex-colonie britannique bénéficie jusqu'en 2047 d'un système juridique distinct.

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Manifestations et violences

Malgré des assouplissements du projet de loi, le 9 juin, plus d'un million de personnes descendent dans la rue. Le 12, des violences inédites font 79 blessés, un militant meurt en tombant d'un toit.

L'Union européenne appelle au respect des droits des manifestants. Le 13, la Chine "condamne fermement" ce qu'elle qualifie "d'émeutes" et dénonce une "ingérence" de la part de l'UE.

Suspension et durcissement

Le 15 juin, la cheffe de l'exécutif local Carrie Lam annonce la suspension du projet de loi. Mais dès le lendemain, près de deux millions de manifestants exigent sa démission. Les blocages se multiplient. Le 1er juillet, 22e anniversaire de la rétrocession, des manifestants pénètrent dans l'hémicycle du Parlement local et saccagent les locaux. Carrie Lam déclare le 9 que le projet de loi sur les extraditions est "mort".

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Le 21 juillet, des manifestants sont agressés par des hommes suspectés d'appartenir aux triades, des gangs violents. Le 27 et le 28, des violences éclatent entre police et manifestants à l'issue de rassemblements interdits.

Le 5 août, une grève générale sème le chaos, perturbant transports en commun et liaisons aériennes. Pour la troisième nuit consécutive, des heurts opposent policiers et manifestants. "Ceux qui jouent avec le feu périront par le feu", avertit Pékin.

Le 12, l'aéroport de Hong Kong, envahi par des milliers de manifestants, est contraint d'annuler ses vols. Pékin qualifie d'actes "quasi-terroristes" l'agression de deux Chinois du continent à l'aéroport, laissant planer le spectre d'une intervention. Des forces chinoises se rassemblent le 15 à Shenzhen, aux portes de Hong Kong. Le 18 août, un grand rassemblement pacifique dans les rues de Hong Kong réunit 1,7 million de personnes.

Arrestations de militants

Nouvelle escalade des violences le 25 août avec la dispersion de manifestants au canon à eau et le tir d'un coup de semonce. Le 27, après la déclaration du G7 appelant à éviter les violences, la Chine se dit "extrêmement mécontente".

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Trois députés et cinq militants de premier plan, dont Joshua Wong et Agnes Chow, sont arrêtés le 30, à la veille d'une nouvelle manifestation interdite (ils seront inculpés avant d'être libérés sous caution).

Au total, plus de 1.000 personnes ont été interpellées depuis juin, selon les contestataires.

Retrait du projet de loi

Le 4 septembre, Carrie Lam annonce que le projet de loi controversé sur les extraditions sera définitivement retiré en octobre, quand le Conseil législatif se réunira.

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Annonce attendue, réaction mitigée

L'annonce surprise est cependant loin d'avoir convaincu la mouvance pro-démocratie. C'était l'une des cinq demandes clés des manifestants. Ferme depuis des mois, la dirigeante a adopté un ton conciliant en expliquant une tentative "d'aider à empêcher les violences et de mettre un terme au chaos au plus vite, de rétablir l'ordre social et d'aider notre économie à avancer."

"Il est évident pour beaucoup d'entre nous que le mécontentement au sein de la société va bien au-delà du projet de loi", a-t-elle ajouté. Mais rien ne permet de penser que cette concession tardive n'apaise une contestation qui a rallié des pans très divers de la société hongkongaise.

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Force est de constater que la reculade de Mme Lam a été accueillie avec scepticisme. "Si Carrie Lam avait retiré le projet de loi il y a deux mois, cela aurait peut-être été une solution rapide", a déclaré une manifestante sous couvert de l'anonymat. "Mais mettre un pansement des mois plus tard sur de la chair en putréfaction ne la soignera pas." Des députés pro-démocratie ont également rejeté la concession de la dirigeante. Même dans son propre camp, certaines figures estiment que le retrait du projet de loi ne suffira pas à apaiser la colère populaire.

Outre l'abandon officiel du projet de loi, et non sa seule suspension qui avait été décidée en juin, les manifestants ont quatre demandes fondamentales: une enquête sur le comportement de la police, une amnistie pour les protestataires arrêtés, la fin de l'emploi du mot "émeutiers" pour qualifier les manifestants et l'instauration du suffrage universel direct. Ce dernier point constitue une ligne rouge pour Pékin. Mme Lam a jusqu'à présent refusé d'accéder à ces quatre demandes.

(avec AFP)