"C'est David contre Goliath", affirme à l'AFP le candidat du Parti Socialisme et Liberté (Psol), formation au coeur de l'actualité ces derniers mois avec l'assassinat d'une de ses figures de proue, la conseillère municipale noire de Rio de Janeiro, Marielle Franco.
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"C'est David contre Goliath", affirme à l'AFP le candidat du Parti Socialisme et Liberté (Psol), formation au coeur de l'actualité ces derniers mois avec l'assassinat d'une de ses figures de proue, la conseillère municipale noire de Rio de Janeiro, Marielle Franco."C'est compliqué mais c'est tout de même possible, parce que les gens en ont assez de la politique telle qu'elle se fait en ce moment et cherchent des alternatives", ajoute-t-il.Guilherme Boulos représente en effet tout l'inverse des figures de l'establishment au pouvoir actuellement au sein du très impopulaire gouvernement de centre droit du président Michel Temer.Militant de gauche depuis son adolescence, ce professeur d'université diplômé en philosophie et psychanalyse s'est fait un nom dans le paysage politique brésilien à la tête du Mouvement des Travailleurs sans Toit (MTST), qui lutte pour le droit au logement.Les sondages ne le créditent que de 1% des intentions de vote, mais il a été adoubé de façon spectaculaire et inattendue en avril par l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010).Lors d'un vibrant discours avant de se rendre aux autorités pour purger une peine de 12 ans de prison pour corruption, l'icône de la gauche lui a conseillé de ne "jamais abandonner".Même derrière les barreaux, Lula lui-même affiche toujours clairement ses ambitions pour la présidentielle. Mais il a beau être toujours le numéro un des intentions de vote, il sera probablement mis hors jeu par la justice électorale en raison de sa condamnation. Le défi que se lance Guilherme Boulos est donc à la fois de fédérer une gauche déboussolée et toujours profondément divisée et de ratisser au centre. Un défi qui apparaît herculéen. Plus jeune candidat au scrutin d'octobre, il a choisi comme vice-présidente Sonia Guajajara, leader d'une tribu indienne d'Amazonie."Ce qui me dérange, c'est que beaucoup de gens de gauche disent vouloir défendre le peuple, mais sans être à son écoute", déplore M. Boulos.Ce fils de médecin aurait pu mener une existence tranquille, mais il a préféré s'engager corps et âme pour la défense des plus démunis, participant notamment à de nombreuses et spectaculaires occupations de terrains vacants avec le MTST."Les inégalités sociales au Brésil sont scandaleuses et elles sautent aux yeux à chaque coin de rue. C'est pour ça que j'ai décidé de m'engager", explique-il.Son petit bureau dans une maison à deux étages de Sao Paulo regorge d'autocollants réclamant la justice pour Marielle Franco, l'élue noire de son parti engagée contre la violence policière et pour les droits LGBT qui a été criblée de balles en mars dernier à Rio.Pour lui, cet assassinat est "l'expression dramatique de la violence politique, de l'intolérance et de la haine" du Brésil aujourd'hui.Une spirale qui a débuté selon lui par le "coup d'Etat parlementaire" qui a donné lieu à la destitution de la dauphine de Lula, Dilma Rousseff, remplacée en 2016 par Michel Temer, qui était son vice-président.Guilherme Boulos considère que le fort taux d'abstention ou de vote blanc observés dans les sondages montre "une insatisfaction envers le système politique, mais ne signifie pas forcément que les Brésiliens ne veulent pas croire en quelqu'un"."Une campagne sert à élever le niveau de conscience politique, mais je me présente pour gagner, pas juste pour prendre mes marques", assure-t-il.Les causes qu'il défend vont bien au-delà du droit au logement."Je n'ai pas peur d'aborder des sujets tabous comme le racisme, la diversité sexuelle ou l'insécurité, avec une approche différente", affirme le jeune candidat.Mais il sait qu'avec son discours, il est loin de faire l'unanimité dans une société brésilienne fortement polarisée. "On ne peut pas plaire à tout le monde au Brésil. Il faut choisir son camp et affronter les privilèges".Il n'hésite pas non plus à critiquer le Parti des Travailleurs de Lula, qui, selon lui, a laissé passer lors de ses 13 ans au pouvoir l'occasion de mettre en place une réforme politique "qui change la façon de gouverner".