"Le Labour est majoritairement en faveur d'un maintien parce que nous estimons que le projet européen a apporté emplois, investissement et protection aux travailleurs, aux consommateurs et à l'environnement", a souligné le chef de l'opposition à Londres lors de son premier grand discours sur l'Europe à l'approche du référendum du 23 juin.

Très attendu sur le sujet, le patron du Labour ne s'est pas lancé dans une grande déclaration d'amour envers Bruxelles mais s'est fendu d'une mise au point, alors que son retrait sur la question était critiqué jusqu'au sein même du parti.

Contrairement au parti conservateur, déchiré sur la question de rester ou non dans l'UE, les travaillistes sont très majoritairement en faveur d'un statu quo.

En 1975, lors du précédent référendum sur l'UE, c'était plutôt l'inverse, avec des Tories plutôt europhiles et un Labour réticent face à un projet ressenti comme trop libéral.

Jeremy Corbyn, éternel rebelle de l'aile gauche du parti, avait d'ailleurs voté contre à l'époque.

Quarante ans plus tard, il appelle à voter le contraire, au grand soulagement de son rival politique David Cameron qui, en tant qu'avocat d'un maintien, joue sa carrière politique.

Contesté dans son propre parti, le Premier ministre conservateur sait qu'il aura besoin des voix de la gauche pour gagner son pari alors que les sondages annoncent un résultat serré. Jeremy Corbyn est, dans ces conditions, un allié de circonstance incontournable.

Mais le leader du Labour, élu à la surprise générale à la tête de son parti en septembre dernier, s'est longtemps fait désirer, préférant observer un mutisme total pendant que les Tories se déchiraient.

"Besoin de changer"

Une attitude qui a même commencé à inquiéter certains partisans d'un maintien dans l'UE.

Ces dernières semaines, plusieurs députés travaillistes l'ont appelé à sortir de son silence. Histoire de mobiliser l'électorat de gauche dont une large partie pourrait s'abstenir voire céder à la tentation de punir le gouvernement lors du référendum.

Jeremy Corbyn a finalement choisi la veille du début officiel de la campagne pour défendre la ligne pro-UE de son parti. Il a assuré ne pas l'avoir fait "à demi-coeur". Mais son discours prononcé dans une université au centre de Londres ne fut pas non plus une tirade enflammée pour les institutions européennes.

"Nous avons eu un grand débat au sein du parti et à l'intérieur des syndicats, ils sont arrivés à la conclusion qu'ils veulent militer pour une Europe sociale et juste pour protéger et étendre les droits des travailleurs", a-t-il souligné, comme s'il voulait partager davantage la position de son parti que sa propre conviction.

"Il ne s'agit pas de convaincre les gens mais de les inciter à aller voter, et que ce ne sera pas un vote pour Cameron", a commenté Simon Hix, professeur à la London School of Economics, estimant que le Labour ne devrait pas se lancer à corps perdu dans la bataille.

La Grande-Bretagne sera "plus forte si nous coopérons avec nos voisins", a ajouté M. Corbyn, évoquant notamment le changement climatique, la menace terroriste, le vieillissement de la population, la crise des réfugiés ou encore la protection des emplois et des salaires.

Mais il a aussi rappelé qu'il restait "très critique" par rapport au projet européen qui "manque de représentation démocratique" à son goût.

Une nouvelle fois, il a fustigé le projet de traité de libre-échange avec les Etats-Unis, la privatisation des services publics et martelé que l'Europe avait "besoin de changer".

"Mais le changement ne peut arriver que si nous travaillons avec nos alliés au sein de l'UE", a-t-il ajouté. Des propos salués aussitôt par le porte-parole de David Cameron.