En promettant de faire son choix "la première semaine d'août" après des mois de suspense, l'ancien vice-président américain a plaisanté sur le fait qu'il lui serait bien difficile de recevoir en personne les finalistes alors que des journalistes font le guet devant chez lui.

Mais en coulisses, son équipe passe en revue les bilans et s'entretient --surtout par téléphone ou en ligne, coronavirus oblige-- avec les dernières candidates encore en lice.

Une pandémie qui a fait plus de 150.000 morts aux Etats-Unis, la profonde récession qui l'accompagne, et la vague de colère historique contre les violences policières et le racisme: la liste s'est resserrée ces dernières semaines, influencée par les événements inédits qui secouent cette campagne.

Après une primaire démocrate marquée par une grande diversité, le candidat âgé de 77 ans a promis de choisir une femme qui deviendrait, en cas de victoire le 3 novembre face au président républicain, la première vice-présidente des Etats-Unis. Et depuis la mort de George Floyd, asphyxié fin mai par un policier blanc, la pression s'est accrue pour qu'il désigne une colistière noire.

Kamala Harris, 55 ans, apparaît largement en tête des pronostics.

"Talentueuse", "Grand respect pour elle": ces mots inscrits sous le nom de Kamala Harris ont été capturés mardi sur le carnet que Joe Biden tenait en main, devant les photographes, faisant encore grimper la cote de l'élue noire de Californie.

Le CV et la trajectoire de cette fille d'immigrés jamaïcain et indienne renforcent ses chances.

- Passé encombrant -

Mais son passé de procureure dont les mesures ont, disent ses détracteurs, affecté particulièrement les minorités, pourrait peser contre elle. Candidate à la primaire, elle n'avait pas décollé dans les sondages auprès des Afro-Américains, un électorat-clé pour les démocrates, avant de jeter l'éponge en décembre.

Et chez certains alliés du candidat, on n'a pas pardonné son attaque surprise, lors d'un débat, contre celui qu'elle décrit pourtant comme un ami.

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Deux autres noms circulaient avec insistance ces derniers jours.

Susan Rice, ex-conseillère à la sécurité nationale de Barack Obama, a travaillé avec Joe Biden pendant leurs années à la Maison Blanche. Un élément important pour celui qui aimerait rééditer la bonne entente de son propre binôme avec l'ancien président démocrate entre 2009 et 2017.

Cette Afro-Américaine de 55 ans, bête noire du camp Trump, n'a toutefois jamais eu à affronter les rigueurs d'une campagne.

Quant à Karen Bass, 66 ans, élue de la Chambre des représentants, elle dirige l'influent groupe des élus noirs du Congrès et a rédigé un projet de réforme de la police portant le nom de George Floyd.

Son positionnement pourrait toutefois offrir des munitions aux républicains, qui tentent de dépeindre Joe Biden en "marionnette" de la "gauche radicale". Un argument qui pourrait nuire aussi aux chances de la sénatrice progressiste Elizabeth Warren, 71 ans, arrivant plus loin dans les pronostics.

- "Plus important"-

Grand moment traditionnel des campagnes américaines, le choix du candidat "VP" est particulièrement crucial pour Joe Biden.

S'il gagne, le vétéran de la politique sera le plus vieux président de l'histoire américaine à prendre ses fonctions en janvier, et il a laissé entendre qu'il ne briguerait qu'un mandat.

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Sa décision est donc "plus importante que d'habitude car la personne qu'il choisira a des chances d'être la candidate démocrate dans quatre ans", souligne David Barker, professeur de sciences politiques à l'American University.

D'autant que des doutes pèsent sur la forme physique du septuagénaire, qui a dit vouloir quelqu'un qui soit "prêt à être président au premier jour".

A cause du Covid-19, Joe Biden passe l'essentiel de son temps chez lui à Wilmington, dans le Delaware.

Privé de meetings, il mène une campagne en sourdine qui lui vaut les moqueries des pro-Trump. Mais qui, face aux sorties du tempétueux président et à sa gestion contestée de la pandémie, lui réussit: il devance le milliardaire républicain dans les sondages nationaux comme dans les Etats-clés.

S'il est bien reçu, le choix de sa colistière -- qu'il pourrait attendre quelques jours avant de révéler-- devrait renforcer l'élan de Joe Biden, juste avant la convention démocrate (17 au 20 août) où il acceptera formellement sa nomination comme candidat.

Même si elles seront réduites à leur portion congrue, pour cause de virus, les conventions démocrate puis républicaine marqueront une nette accélération de la campagne.

Et dès fin septembre, une demi-douzaine d'Etats commenceront à voter par courrier.

Pour David Barker, "le résultat de l'élection pourrait dans les faits être déterminé bien avant" le 3 novembre.

Maison Blanche: un(e) vice-président(e) pour quoi faire?

1 - A quoi sert un(e) vice-président(e)?

Une femme avait deux fils. L'un prit la mer, l'autre devint vice-président des Etats-Unis. Elle n'entendit plus jamais parler ni de l'un, ni de l'autre.

La blague, célèbre, a longtemps résumé la perception qu'avaient les Américains de leur "VP". Au cours des dernières décennies, pourtant, les lignes ont bougé: le poste a gagné en visibilité, son titulaire en accès au Bureau ovale.

La Constitution confie au vice-président un rôle limité: elle stipule qu'il présidera le Sénat mais n'aura pas de vote, sauf si les 100 sénateurs élus ne peuvent se départager.

Elle stipule aussi qu'il remplace le président s'il décède ou démissionne. Au total, neuf vice-présidents sont devenus présidents dans ces conditions. Les derniers en date: Lyndon Johnson après l'assassinat de Kennedy, Gerald Ford après le départ de Nixon lié au Watergate.

"Si ces rôles demeurent, ils ne reflètent pas vraiment ce que fait un vice-président à notre époque", explique à l'AFP Joel Goldstein, professeur de droit à Saint Louis University.

Longtemps, le vice-président fut physiquement éloigné du pouvoir exécutif: son bureau était au Sénat. Le tournant, sur le fond comme la forme, a eu lieu avec la présidence de Jimmy Carter (1977-1981) qui fera une véritable place permanente au sein de la prestigieuse "West Wing" à Walter Mondale.

Depuis, personne n'y a touché: le VP a son bureau entre le secrétaire général et le conseiller à la sécurité nationale. Au-delà d'un accès beaucoup plus direct au président, la symbolique est forte.

2 - Quel est le pouvoir du "VP?"

Le vice-président moderne est "un super conseiller sur tous les sujets", souligne Joel Goldstein.

Ronald Reagan s'est largement appuyé sur les connaissances en politique étrangère de George H. W. Bush, ancien ambassadeur à l'ONU et ancien directeur de la CIA. Bill Clinton a pu compter sur Al Gore pour nombre de combats politiques.

Avec la vice-présidence Dick Cheney, un cap - excessif, selon nombre d'observateurs - a été franchi: l'influence du vice-président, particulièrement après le 11 septembre, est telle qu'elle suscite des interrogations sur le rôle exact du président George W. Bush.

"Dick Cheney a dit que j'étais le pire président qu'il ait connu. C'est drôle parce que moi je pense qu'il est le pire président que j'ai connu", ironisera plus tard Barack Obama lors d'un dîner des correspondants de la Maison Blanche.

3 - Comment Joe Biden voit-il le rôle?

Au cours du XIXe siècle et dans la première partie du XXe, le candidat à la présidentielle ne choisit pas son vice-président, c'est son parti qui s'en charge. Il n'est alors pas question de complicité intellectuelle ou d'alchimie personnelle.

L'équation évolue après la Seconde Guerre mondiale pour se rapprocher d'un duo plus soudé.

Barack Obama et Joe Biden, qui ont travaillé pendant huit ans ensemble, ont franchi encore un cap en affichant une véritable complicité. Et Joe Biden a clairement indiqué qu'il cherchait à retrouver une alchimie similaire avec la femme qu'il désignera pour le poste.

"Je suis littéralement le dernier à rester dans la pièce avec le président, c'est comme cela que nous fonctionnons", soulignait-il en 2012.

Le contraste est saisissant avec les propos tenus, plus de deux siècles plus tôt, par John Adams, premier vice-président de l'histoire américaine, qui s'était plaint avec amertume de son sort dans une lettre à sa femme Abigail.

"Mon pays a, dans sa grande sagesse, conçu pour moi le poste le plus insignifiant jamais imaginé par l'homme".

En promettant de faire son choix "la première semaine d'août" après des mois de suspense, l'ancien vice-président américain a plaisanté sur le fait qu'il lui serait bien difficile de recevoir en personne les finalistes alors que des journalistes font le guet devant chez lui.Mais en coulisses, son équipe passe en revue les bilans et s'entretient --surtout par téléphone ou en ligne, coronavirus oblige-- avec les dernières candidates encore en lice.Une pandémie qui a fait plus de 150.000 morts aux Etats-Unis, la profonde récession qui l'accompagne, et la vague de colère historique contre les violences policières et le racisme: la liste s'est resserrée ces dernières semaines, influencée par les événements inédits qui secouent cette campagne.Après une primaire démocrate marquée par une grande diversité, le candidat âgé de 77 ans a promis de choisir une femme qui deviendrait, en cas de victoire le 3 novembre face au président républicain, la première vice-présidente des Etats-Unis. Et depuis la mort de George Floyd, asphyxié fin mai par un policier blanc, la pression s'est accrue pour qu'il désigne une colistière noire.Kamala Harris, 55 ans, apparaît largement en tête des pronostics."Talentueuse", "Grand respect pour elle": ces mots inscrits sous le nom de Kamala Harris ont été capturés mardi sur le carnet que Joe Biden tenait en main, devant les photographes, faisant encore grimper la cote de l'élue noire de Californie. Le CV et la trajectoire de cette fille d'immigrés jamaïcain et indienne renforcent ses chances. Mais son passé de procureure dont les mesures ont, disent ses détracteurs, affecté particulièrement les minorités, pourrait peser contre elle. Candidate à la primaire, elle n'avait pas décollé dans les sondages auprès des Afro-Américains, un électorat-clé pour les démocrates, avant de jeter l'éponge en décembre. Et chez certains alliés du candidat, on n'a pas pardonné son attaque surprise, lors d'un débat, contre celui qu'elle décrit pourtant comme un ami.Deux autres noms circulaient avec insistance ces derniers jours. Susan Rice, ex-conseillère à la sécurité nationale de Barack Obama, a travaillé avec Joe Biden pendant leurs années à la Maison Blanche. Un élément important pour celui qui aimerait rééditer la bonne entente de son propre binôme avec l'ancien président démocrate entre 2009 et 2017.Cette Afro-Américaine de 55 ans, bête noire du camp Trump, n'a toutefois jamais eu à affronter les rigueurs d'une campagne.Quant à Karen Bass, 66 ans, élue de la Chambre des représentants, elle dirige l'influent groupe des élus noirs du Congrès et a rédigé un projet de réforme de la police portant le nom de George Floyd.Son positionnement pourrait toutefois offrir des munitions aux républicains, qui tentent de dépeindre Joe Biden en "marionnette" de la "gauche radicale". Un argument qui pourrait nuire aussi aux chances de la sénatrice progressiste Elizabeth Warren, 71 ans, arrivant plus loin dans les pronostics.Grand moment traditionnel des campagnes américaines, le choix du candidat "VP" est particulièrement crucial pour Joe Biden.S'il gagne, le vétéran de la politique sera le plus vieux président de l'histoire américaine à prendre ses fonctions en janvier, et il a laissé entendre qu'il ne briguerait qu'un mandat.Sa décision est donc "plus importante que d'habitude car la personne qu'il choisira a des chances d'être la candidate démocrate dans quatre ans", souligne David Barker, professeur de sciences politiques à l'American University.D'autant que des doutes pèsent sur la forme physique du septuagénaire, qui a dit vouloir quelqu'un qui soit "prêt à être président au premier jour". A cause du Covid-19, Joe Biden passe l'essentiel de son temps chez lui à Wilmington, dans le Delaware. Privé de meetings, il mène une campagne en sourdine qui lui vaut les moqueries des pro-Trump. Mais qui, face aux sorties du tempétueux président et à sa gestion contestée de la pandémie, lui réussit: il devance le milliardaire républicain dans les sondages nationaux comme dans les Etats-clés. S'il est bien reçu, le choix de sa colistière -- qu'il pourrait attendre quelques jours avant de révéler-- devrait renforcer l'élan de Joe Biden, juste avant la convention démocrate (17 au 20 août) où il acceptera formellement sa nomination comme candidat.Même si elles seront réduites à leur portion congrue, pour cause de virus, les conventions démocrate puis républicaine marqueront une nette accélération de la campagne.Et dès fin septembre, une demi-douzaine d'Etats commenceront à voter par courrier. Pour David Barker, "le résultat de l'élection pourrait dans les faits être déterminé bien avant" le 3 novembre.