L'ouverture de cette enquête fait suite à la plainte déposée le 26 avril par le journal Le Monde et un de ses journalistes, qui figurait dans les fichiers incriminés, a précisé le parquet de Paris. L'enquête préliminaire vise les délits de "collecte de données personnelles par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite", "enregistrement de données à caractère personnel sensible sans l'accord de l'intéressé et transfert illicite de données à caractère personnel" et de "traitement automatisé de données personnelles sans déclaration préalable à la CNIL". Le parquet a annoncé avoir ouvert cette enquête vendredi après-midi au lendemain de la révélation de ces pratiques dans le quotidien Le Monde et une enquête de France 2.

Les investigations ont été confiées à la brigade de répression de délinquance contre la personne (BRDP) de la police judiciaire parisienne. La multinationale Monsanto, filiale depuis l'an dernier du groupe pharmaceutique allemand Bayer, est accusée d'avoir secrètement fait réaliser des listes par l'agence de communication Fleishman Hillard. Y figurent des centaines de responsables politiques, scientifiques et journalistes, dont quatre de l'AFP, pour lesquels sont indiqués entre autres leur position sur les pesticides, leur niveau de soutien à Monsanto, leurs loisirs, mais aussi leurs adresses et numéros de téléphone, y compris sur liste rouge, selon l'enquête de France 2.

Un tableau met en lumière 74 "cibles prioritaires" divisées en quatre groupes: les "alliés", les "potentiels alliés à recruter", les personnalités "à éduquer" et celles "à surveiller". A la suite de ces révélations, plusieurs personnalités, des médias français, dont Radio France et des ONG, ont porté plainte ou annoncé leur intention de le faire. La CNIL, l'agence publique de protection des données saisie en particulier par Le Parisien/Aujourd'hui en France, a indiqué à l'AFP qu'elle allait également diligenter une enquête sur cette affaire.

Le député européen Philippe Lamberts portera plainte

Le député européen Philippe Lamberts (Ecolo) portera plainte avec constitution de partie civile la semaine prochaine à la suite de son fichage par un cabinet de lobbying travaillant pour le groupe Monsanto, a-t-il indiqué à la RTBF.

Le nom du chef de groupe des Verts/ALE au Parlement européen apparaît dans un listing de quelque 200 personnalités que le groupe américain Monsanto aurait secrètement fichées en France en fonction de leur positionnement sur les pesticides, notamment le glyphosate. "Quel honneur d'être fiché par Monsanto comme opposant au glyphosate", avait ironisé dans un premier temps M. Lamberts sur twitter. Le député a depuis lors consulté un avocat. Selon lui, cette pratique de fichage est illégale.

Le fichier en question provient d'une fuite d'un cabinet de lobbying et de relations publiques, Fleishman-Hillard, mandaté par Monsanto pour l'assister dans sa défense du glyphosate, le principe actif de son herbicide vedette "Roundup", controversé parce que potentiellement cancérigène. "Le cabinet Fleishman-Hillard qui a constitué ce fichier est un cabinet de lobbying à Bruxelles. Je peux imaginer que si eux le font, d'autres cabinets le font pour d'autres clients. Et comme toutes ces choses se passent à Bruxelles, l'une des deux capitales mondiales du lobbying, il est important qu'une juge belge s'intéresse à la chose", a expliqué M. Lamberts. Les révélations faites par Le Monde et France 2 ne concernent que la France. La désignation d'un juge d'instruction belge permettrait de savoir si des personnalités d'autres pays sont également fichées, a fait remarquer le député européen.