De noirs vautours planent au-dessus de la Maison-Blanche, dans l'espoir que Donald Trump les fasse entrer. Les vautours ont en commun de diviser le monde en bien et en mal, et se voient comme les gardiens du leadership américain mondial. Ils ne fuient pas la confrontation, mais, contrairement aux néo-conservateurs, ils ne sont guère favorables aux valeurs que sont la démocratie et le libre-échange. Leur vision du monde est binaire, offensive, émotionnelle. Et cela n'est pas sans conséquence.
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De noirs vautours planent au-dessus de la Maison-Blanche, dans l'espoir que Donald Trump les fasse entrer. Les vautours ont en commun de diviser le monde en bien et en mal, et se voient comme les gardiens du leadership américain mondial. Ils ne fuient pas la confrontation, mais, contrairement aux néo-conservateurs, ils ne sont guère favorables aux valeurs que sont la démocratie et le libre-échange. Leur vision du monde est binaire, offensive, émotionnelle. Et cela n'est pas sans conséquence. Ces nationalistes de l'ombre mettent fin à l'ère du réalisme politique sous le président Barack Obama. Si l'on retire l'emballage rhétorique attrayant de la politique étrangère d'Obama, on retient son attitude très défensive. Le but principal était de maintenir le pouvoir américain, de canaliser l'énergie vers les défis étrangers, et de se mêler le moins possible du reste du monde. D'où les réticences face à la crise en Syrie et l'annexion russe de la Crimée, par exemple. Pour les réalistes politiques d'Obama, la politique mondiale n'était pas tant déterminée par le bien et le mal, mais surtout pensée en fonction d'intérêts. Ils visaient le maintien du pouvoir national, mais ne cherchaient pas la confrontation. Cette ligne a été initialement poursuivie par l'équipe de Donald Trump. Le ministre de la Défense James Mattis, l'(ex-) conseiller à la sécurité Herbert McMaster, le chef de cabinet à la Maison-Blanche John Kelly et l'(ex)-ministre des Affaires étrangères Rex Tillerson sont des responsables politiques circonspects qui souhaite rétablir le pouvoir de l'Amérique sans trop faire de dégâts ailleurs.La situation a évidemment changé quand Trump a fait de Twitter un canal diplomatique plus important que le département d'État et que, beaucoup plus qu'Obama, il a souligné le protectionnisme économique. Aujourd'hui, l'idéal du libre-échange est mort et enterré. Le réalisme prudent a fait place à tout autre chose. McMaster et Tillerson ont été mis à la porte. On ignore ce qu'il adviendra de Kelly et Mattis. Deux des nouveaux venus- le nouveau ministre des Affaires étrangères et ancien directeur du CIA Mike Pompeo, ainsi que le nouveau conseiller en sécurité John Bolton - sont des personnages hauts en couleur. Ils considèrent l'Iran, la Russie, la Corée du Nord, et dans une certaine mesure la Chine aussi, non seulement comme des rivaux stratégiques, mais comme des régimes malfaisants avec qui il est inutile de dialoguer. Ils ne font même pas semblant de prétendre que des organisations internationales telles que les Nations unies sont importantes ou que les droits de l'homme et la démocratie sont des valeurs qu'il faut défendre. Tout est bon pour lutter contre l'ennemi, y compris renier les valeurs fondamentales américaines. Cela rend le monde encore plus imprévisible et dangereux. Il est à craindre que le nationalisme rapproche surtout la Chine, la Russie et l'Iran. Et Qu'ils réveillent les tensions dans le Golfe persique, sur la péninsule coréenne ou encore autour de Taiwan et en Mer baltique. Pompeo et co. sont bien plus susceptible de lancer des interventions militaires, et cela vaut aussi pour les cyberattaques par exemple. L'Europe non plus ne doit pas compter sur trop de soutien et de sympathie. Aux yeux de gens comme Bolton, nous sommes une bande d'enfants gâtés qui n'ont qu'à se débrouiller.Les conséquences sont énormes. Pour beaucoup de technologie militaire moderne - pensez aux F-35 - il y a à peine une alternative européenne et donc nous demeurons dépendants des Américains. Sans soutien américain, l'Europe n'arrive pas non plus à sécuriser ses frontières extérieures : la Méditerranée par exemple, ou l'Europe de l'Est. En outre, ce serait une erreur catastrophique de lier notre sort à la Chine par frustration à l'égard des États-Unis et de considérer ce pays comme une alternative stratégique.L'apparition des nationalistes de l'ombre oblige les Européens à réfléchir à leur sécurité et à tenter de stabiliser le partnership transatlantique. Si on peut émettre des réserves à l'intervention du président Trump et du violent "capitalisme AR-15" américain, du nom de l'arme à feu populaire, nous partageons toujours beaucoup de valeurs avec une grande partie de la population américaine.