Londres est-elle vraiment plus dangereuse que New York ? Hell, no. Risque-t-on plus de se faire poignarder à Londres qu'en Belgique ? Pas pour le Londonien lambda et encore moins pour les touristes. Par contre si vous êtes jeune, noir de peau et que vous habitez loin des quartiers londoniens cossus et fleuris, il n'en ira pas de même. Dans ces quartiers il vaut même mieux ne pas mettre le nez dehors sans couteau.
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Londres est-elle vraiment plus dangereuse que New York ? Hell, no. Risque-t-on plus de se faire poignarder à Londres qu'en Belgique ? Pas pour le Londonien lambda et encore moins pour les touristes. Par contre si vous êtes jeune, noir de peau et que vous habitez loin des quartiers londoniens cossus et fleuris, il n'en ira pas de même. Dans ces quartiers il vaut même mieux ne pas mettre le nez dehors sans couteau. Lorsqu'on est confronté à la violence physique, la peur augmente et nourrit le sentiment d'insécurité. Les jeunes vivant dans des quartiers où le taux de criminalité est élevé se sentent en danger et sans protection. Le couteau glissé dans la chaussette donne alors l'illusion d'au moins pouvoir se défendre. "Un garçon avec un couteau dans sa poche ne court pas dans les rues à la recherche d'une victime", explique le chef de la police londonienne, Cressida Dick. "Il a un couteau parce qu'il a peur qu'un autre le poignarde".On peut aussi se demander pourquoi les jeunes rejoignent des gangs ? "Ma mère ne gagnait pas beaucoup d'argent" , dit un de ces jeunes, "le frigo était souvent vide, alors que faites-vous quand on vous propose de gagner des sous après l'école en livrant de la cocaïne sur votre vélo?"Il est néanmoins facile de dire que tout est la faute des gangs de la drogue. C'est d'autant plus tentant de le faire dans une ville qu'on appelait autrefois la "capitale européenne de la cocaïne". La réalité est pourtant plus compliquée. Selon la police de Londres, les trois quarts des blessures par arme blanche chez les jeunes de moins de 25 ans n'ont rien à voir avec les gangs. Et c'est cette conclusion qui est vraiment effrayante, car elle suggère une certaine normalisation d'une culture criminelle. Une normalisation qui touche des personnes de plus en plus jeunes.Selon Martin Griffiths, chirurgien traumatologue au Royal London Hospital, il arrive que des ambulances amènent des enfants poignardés qui portaient encore leur uniforme scolaire. Certains avaient à peine neuf ans. "Le département pédiatrique a eu plus de cas d'attaque au couteau que les services pour adultes" at-il tweeté après une garde de nuit la semaine dernière: "Arrête de vous rejeter la faute et venez m'aider à résoudre ce problème"Les meurtres à l'arme blanche sont comme un virus. Ils sont symptomatiques d'une société fragmentée, avec une sous-classe où les jeunes hommes noirs ont 30% de plus de risque d'être chômeurs et dix fois plus susceptibles d'être poignardé que les jeunes hommes blancs.ÉpidémieVivre dans des environnements défavorisés est stressant. Les enfants issus de familles chaotiques sont plus susceptibles d'être expulsés de l'école, de se retrouver dans des foyers et d'être mêlés à la violence urbaine. Où, comme le stipule un rapport de l'Organisation mondiale de la santé en Europe: "L'exposition à la violence et les traumatismes mentaux qui en découlent peuvent entraîner un développement neurologique atypique chez les jeunes avec pour conséquence un détachement, de l'agressivité et un comportement violent. Les enfants qui ont été négligés par les parents sont plus susceptibles de montrer un comportement agressif, antisocial et violent à l'âge adulte.Si l'on souhaite réduire la violence dans la rue, il est souvent plus judicieux d'engager un psychiatre qu'un policier. À Glasgow, une ville qui était, il n'y a pas si longtemps, l'une des villes les plus violentes d'Europe, les attaques à l'arme blanche ont été réduites de 40% en une décennie. Pour y parvenir, la ville écossaise a suivi les directives de l'Organisation mondiale de la santé. Ils ont abordé ces crimes violents comme s'il s'agissait d'une épidémie. Et comme pour une maladie, la priorité est d'empêcher la propagation du virus. "D'abord, on a identifié ceux qui avaient le plus grand risque d'être infectés", a déclaré Karyn McCluskey de la police de Strathclyde. "C'étaient souvent des jeunes qui étaient très en colère et qui se téléphonaient pour mettre en place une vengeance". Plus d'une fois, ils étaient toxicomanes et avaient besoin d'une aide thérapeutique ou d'un toit au-dessus de leurs têtes. La ville de Glasgow a mis un programme d'accompagnement et les a mis en contact avec des organisations, des sociétés de logement, des écoles, des médecins et des psychologues et les a accompagnés tout le long". Plus facile à dire qu'à faire et les urgentistes impliqués ne manquent pas de souligner que le processus est coûteux, lent et frustrant. Mais cela fonctionne. Cette violence n'est donc pas une fatalité. Il est possible de la réduire et c'est déjà un bon début.