Il n'y a pourtant pas dans les frappes menées par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni le 14 avril contre l'arsenal chimique du régime de Bachar al-Assad de quoi poursuivre leurs dirigeants devant la Cour pénale internationale ou une juridiction nationale à compétence universelle. On n'est pas dans le scénario d'une vaste tromperie instiguée par des néoconservateurs américains pour justifier, hors assentiment de l'ONU, une guerre (Irak 2003) ou dans celui d'un dévoiement d'une mission de protection des populations, avec l'aval de l'ONU qui ne préserve donc pas de la violation du droit, en renversement de régime (Li...

Il n'y a pourtant pas dans les frappes menées par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni le 14 avril contre l'arsenal chimique du régime de Bachar al-Assad de quoi poursuivre leurs dirigeants devant la Cour pénale internationale ou une juridiction nationale à compétence universelle. On n'est pas dans le scénario d'une vaste tromperie instiguée par des néoconservateurs américains pour justifier, hors assentiment de l'ONU, une guerre (Irak 2003) ou dans celui d'un dévoiement d'une mission de protection des populations, avec l'aval de l'ONU qui ne préserve donc pas de la violation du droit, en renversement de régime (Libye 2011). Des dégâts matériels, pas de dommages collatéraux, le souci d'éviter toute escalade militaire... : la récente opération occidentale en Syrie a tout de la réponse proportionnée, à défaut d'être efficace, à l'horreur des souffrances infligées par agents chimiques aux victimes civiles de Douma. Elle peut donc susciter de la compréhension, voire de la sympathie. Elle en susciterait d'autant plus si, au-delà de la restauration d'une certaine crédibilité, elle servait la relance de négociations pour une résolution d'un conflit qui, depuis sept ans, a fait plus de 500 000 morts. C'est le voeu formulé par Emmanuel Macron qui peut se targuer d'entretenir une relation spéciale avec Donald Trump et de maintenir des canaux de communication avec Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan ou Hassan Rohani, malgré un parler franc et d'évidentes divergences de vue. Rencontrant ses homologues américain et russe en avril et en mai, il a indéniablement une carte à jouer. Le président français apparaît cependant bien esseulé dans son ambition aux côtés d'une Theresa May, distraite de la politique internationale par les affres du Brexit, et d'un Donald Trump, dépourvu de véritable stratégie sur ce dossier. Le locataire de la Maison-Blanche a en revanche une obsession, celle de faire capoter l'accord sur le nucléaire iranien approuvé par son prédécesseur et d'entraîner ses alliés dans la région, Israël et Arabie saoudite, dans une confrontation aux conséquences particulièrement périlleuses. Le professeur de droit international Olivier Corten (ULB) et son collège en relations internationales Bertrand Badie (Sciences Po Paris) ont, dans des contributions séparées, dénoncé les frappes américano-franco-britanniques comme des pratiques du xixe siècle, " ADN des vieilles puissances ", " où quelques Etats s'autoproclament représentants de la communauté internationale et affirment qu'ils peuvent punir ou dissuader d'autres Etats ". Ce temps est révolu parce qu'à ces méthodes, font obstacle la Russie aujourd'hui, la Chine demain... Même inexpérimenté, Emmanuel Macron doit en être bien conscient. S'il ménage aujourd'hui Vladimir Poutine, c'est parce qu'il sait qu'il aura besoin de lui pour sauver l'accord nucléaire sur l'Iran face à la volonté de table rase de Donald Trump. Si un nouvel ordre mondial est en train de poindre, il se profile comme versatile et instable.