Les dirigeants des Républicains (LR) se sont montrés généralement prudents à l'annonce de la condamnation à trois ans de prison, dont un ferme, de Nicolas Sarkozy pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire dite des écoutes par le tribunal correctionnel de Paris le lundi 1er mars. L'appel interjeté rapidement par les avocats de l'ancien président y a contribué et, en toute hypothèse, mieux vaut ne pas insulter l'avenir et les citoyens-électeurs soucieux que la justice soit égale pour tous. Mais il est évident qu'à un an de l'élection présidentielle, la sanction requise contre le dernier président français ouvertement de droite perturbe les plans d'une famille politique orpheline d'un mentor.
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Les dirigeants des Républicains (LR) se sont montrés généralement prudents à l'annonce de la condamnation à trois ans de prison, dont un ferme, de Nicolas Sarkozy pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire dite des écoutes par le tribunal correctionnel de Paris le lundi 1er mars. L'appel interjeté rapidement par les avocats de l'ancien président y a contribué et, en toute hypothèse, mieux vaut ne pas insulter l'avenir et les citoyens-électeurs soucieux que la justice soit égale pour tous. Mais il est évident qu'à un an de l'élection présidentielle, la sanction requise contre le dernier président français ouvertement de droite perturbe les plans d'une famille politique orpheline d'un mentor. Que la droite républicaine ait encore imaginé avant la décision de justice du 1er mars - ou imaginé encore après - que Nicolas Sarkozy, malgré ses casseroles judiciaires, puisse être la "valeur refuge" de leur formation politique pour l'échéance de 2022 en dit long sur l'absence de leadership à laquelle elle est confrontée. Evidemment, entre un François Fillon évincé de la scène politique après le Penelopegate subi lors de la campagne présidentielle de 2017 et un Nicolas Sarkozy davantage perçu comme un acteur de la chronique judiciaire que comme un candidat putatif à une élection, si tant est qu'il en ait émis le souhait, les Républicains sont particulièrement désarmés. François Baroin, le maire de Troyes, président de l'Association des maires de France et héritier de Jacques Chirac, a renoncé devant l'obstacle de l'investissement de tous les instants et de l'exposition à toutes les chausse-trappes qu'implique une candidature à la présidentielle alors qu'un boulevard s'ouvrait pourtant devant lui. Le président de la région Hauts-deFrance, Xavier Bertrand, et la présidente de l'Ile de France, Valérie Pécresse, ont certainement l'ambition de concourir. Mais comme ils sont tous les deux dissidents du parti, il n'est pas acquis qu'ils bénéficieraient de toute sa force de frappe et même de sa base électorale, étant donné leur positionnement au centre-droit. Chef du groupe des Républicains au Sénat, Bruno Retailleau n'a pas encore réussi, en matière de notoriété, à dépasser le rôle de principal soutien à François Fillon qu'il a endossé pendant la campagne de 2017. Dès lors, il ne resterait plus guère que l'ancien commissaire européen et brillant négociateur du Brexit Michel Barnier pour personnifier une véritable candidature de l'ancienne UMP. Mais il est considéré par beaucoup comme pas assez populaire, sachant qu'en France, une carrière réussie au sein des institutions européennes n'est pas le meilleur passeport pour une consécration nationale. Cette quête désespérée de la femme ou de l'homme providentiel s'inscrit de surcroît dans un contexte général qui n'est pas nécessairement favorable au LR. En menant une politique de droite, Emmanuel Macron séduit les électeurs républicains centristes. Et convaincu de rééditer son succès du deuxième tour de l'élection en 2017, il favorise une nouvelle confrontation avec la dirigeante du Rassemblement national, Marine Le Pen. Or, celle-ci discipline son programme, notamment dans le domaine économique, pour gommer l'image d'incompétence et d'impréparation qu'elle a laissée en 2017, notamment chez les électeurs plus âgés, pas nécessairement plus proeuropéens que la moyenne mais attachés à certains acquis, au premier rang desquels figure l'euro. Tout converge donc pour confirmer que la présidentielle de 2022 se jouera encore à droite. Mais pour le deuxième exercice consécutif, le parti le plus représentatif de ce spectre politique, Les Républicains, risque de ne pas être en mesure de présenter un candidat suffisamment performant ou, en tout cas, susceptible de franchir le cap du premier tour. La faute à qui ? Aux structures du parti dirigé par Christian Jacob, un président de transition, incapables depuis 2017 de faire émerger de nouveaux talents. Et à Nicolas Sarkozy qui, en ne signifiant pas clairement son renoncement à une candidature, a nourri l'espoir des militants de le voir refranchir le pas. Ceux-là n'ont pas encore fait le deuil de son retour, même après la condamnation prononcée dans le dossier des écoutes. Parce que l'appel laisse la porte ouverte à l'absence de peine. Et parce qu'en regard des dossiers d'enrichissement personnel ou d'agression sexuelle dont se sont rendus coupables d'autres politiques, cette affaire de corruption qui ne s'est pas matérialisée et de trafic d'influence qui n'a influencé personne leur apparaît bien maigre pour un président sorti de charge, et refléter un acharnement judiciaire dont le parquet national financier, créé en 2013 sous François Hollande pour traquer la grande criminalité économique et financière, serait le bras armé. Mais il ne faut pas qu'il y ait corruption effective pour acter l'existence d'un "pacte de corruption" tel que le tribunal correctionnel de Paris l'a signifié aux inculpés, Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog, et le magistrat de la Cour de Cassation Gilbert Azibert, que le premier avait promis de soutenir dans une candidature à un poste prestigieux dans la principauté de Monaco en échange d'informations sur le sort réservé à des agendas présidentiels saisis dans le cadre de l'affaire Bettencourt, pour laquelle l'ancien président a bénéficié d'un non-lieu. Le tribunal a estimé que les délits dont les prévenus se sont rendus coupables, la corruption et le trafic d'influence dans le chef de Nicolas Sarkozy, ont porté atteinte à la confiance publique et qu' "un tel comportement ne peut que nuire à la légitime confiance que chaque citoyen est en droit d'accorder à la justice". Un président ne devrait assurément pas agir de la sorte. Pas sûr pourtant que cela empêche ses fidèles de penser qu'il puisse encore l'être. Envers et contre tout.