La décision fin novembre de la nouvelle majorité de confier cette charge à ce quinquagénaire est un "événement historique", se félicite Predrag Prastalo, président de l'antenne bosnienne de l'ONG Mouvement européen.

Mais la première séance présidée par Redzo Seferovic fut une épreuve. Ne connaissant pas le protocole, il s'est fait souffler les formules consacrées pour ouvrir ou clore les débats, sous les sarcasmes.

"Je vous prie de m'aider. Je fais ça pour la première fois, il y aura des erreurs", a-t-il dit à l'assemblée.

Des élus anonymes ont mis en ligne ces images afin de le ridiculiser. "Ca m'a blessé", reconnaît l'élu. "Mais j'ai appris à affronter ce genre de choses dans la vie."

Dans son rapport 2016, Human Rights Watch relevait que les Roms restaient "la communauté la plus vulnérable du pays, confrontée à une discrimination généralisée, dans l'emploi, l'éducation, la représentation politique".

'Pas de boissons pour les Roms'

Elu en octobre sur la liste d'une petite formation, Redzo Seferovic a en poche beaucoup de ces anecdotes, comme tous les Roms des Balkans, dont 50 à 75.000 vivent en Bosnie, sur un total de 3,5 millions d'habitants dans ce pays.

En 2011, alors qu'il se trouvait avec trois cousins, un serveur refuse de les servir. Il "m'a expliqué que le patron avait dit +Pas de boissons pour les Roms+". Rejetée par deux tribunaux, sa plainte est en troisième instance, dit-il.

Pompier professionnel, Redzo Seferovic a un travail, quand 95% des Roms sont au chômage dans le pays, selon une étude de l'institut "Atlantska inicijativa" en 2015. Parmi ces chômeurs figurent les trois fils de Redzo Seferovic, qui assure être le seul Rom de Zavidovici à avoir un emploi.

La Bosnie a été condamnée en 2009 par la Cour européenne des droits de l'Homme pour sa Constitution discriminatoire qui réserve la présidence tripartite aux seuls Croates, Serbes et Bosniaques. Celle-ci n'a toujours pas été modifiée.

A Zavidovici, cette discrimination saute aux yeux. Certes la pauvreté est le lot commun des 36.000 habitants de cette cité, autrefois fleuron de l'industrie du meuble yougoslave et où le taux de chômage est désormais de 67%, selon le maire Hasim Mujanovic.

Mais les 750 Roms de la ville font figure de misérables parmi les pauvres, à l'écart dans trois quartiers. Dans celui de Redzo Seferovic, des enfants en guenilles jouent au milieu de ferraille destinée à la revente, entre de petites maisons vétustes, parfois en bois.

"Environ 75% des Roms de Zavidovici n'ont pas la sécurité sociale et seulement 28 enfants vont à l'école, contre 127 en 2011", affirme Redzo Seferovic. Le taux de scolarisation est de 69% en primaire, selon Atlantska inicijativa. Il s'effondre à 22% pour le secondaire.

Etre quelqu'un

La scolarisation sera la priorité de Redzo Seferovic, dit Samir Sibonjic, 38 ans, patron de leur parti. "Il n'a pas été mis sur la liste parce qu'il est Rom, mais uniquement pour ses qualités humaines", explique-t-il.

"Je dis toujours à mes Roms que l'éducation doit être la base", dit Redzo Seferovic, en soulignant avoir toujours voulu "être quelqu'un".

Il s'est engagé dans les pompiers après son service militaire dans l'armée yougoslave en 1988.

Il a appris à faire un noeud de cravate quand il était à l'armée: "Je savais qu'un jour j'en aurai besoin", lance-t-il aujourd'hui tout en se changeant à la caserne des pompiers pour enfiler des vêtements civils, cravate incluse.

"Redzo est quelqu'un de bien. On lui a donné une chance en votant pour lui. On voudrait qu'il nous donne du travail", dit son voisin Saban Bajric, parti en 2013 en Allemagne avec son épouse et leurs trois enfants. Il est rentré après s'être vu refuser sa demande d'asile, "comme la plupart de la trentaine de familles du quartier".

Un autre voisin, Meho Jusic, se dit content de l'élection de Redzo: "Mais lui seul ne pourra pas nous aider. J'ai 60 ans, je ne travaille pas et je ne peux pas partir à la retraite. Je ne peux pas me soigner parce que je n'ai pas la sécurité sociale".

"Ma petite-fille non plus", poursuit-il. "Ses parents ne travaillent pas. Comment l'envoyer à l'école sans revenus? Il faudrait qu'on l'habille, qu'on lui achète des livres, des cahiers... Ses parents ne peuvent pas".

Human Rights Watch souligne que "l'absence de système libre et universel d'enregistrement de l'état civil fait que de nombreux Roms ne figurent pas sur les registres des naissances, des décès et de mariages". "C'est aussi un obstacle à leur accès aux services publics, y compris le secteur de la santé".

La décision fin novembre de la nouvelle majorité de confier cette charge à ce quinquagénaire est un "événement historique", se félicite Predrag Prastalo, président de l'antenne bosnienne de l'ONG Mouvement européen. Mais la première séance présidée par Redzo Seferovic fut une épreuve. Ne connaissant pas le protocole, il s'est fait souffler les formules consacrées pour ouvrir ou clore les débats, sous les sarcasmes. "Je vous prie de m'aider. Je fais ça pour la première fois, il y aura des erreurs", a-t-il dit à l'assemblée.Des élus anonymes ont mis en ligne ces images afin de le ridiculiser. "Ca m'a blessé", reconnaît l'élu. "Mais j'ai appris à affronter ce genre de choses dans la vie."Dans son rapport 2016, Human Rights Watch relevait que les Roms restaient "la communauté la plus vulnérable du pays, confrontée à une discrimination généralisée, dans l'emploi, l'éducation, la représentation politique". Elu en octobre sur la liste d'une petite formation, Redzo Seferovic a en poche beaucoup de ces anecdotes, comme tous les Roms des Balkans, dont 50 à 75.000 vivent en Bosnie, sur un total de 3,5 millions d'habitants dans ce pays.En 2011, alors qu'il se trouvait avec trois cousins, un serveur refuse de les servir. Il "m'a expliqué que le patron avait dit +Pas de boissons pour les Roms+". Rejetée par deux tribunaux, sa plainte est en troisième instance, dit-il.Pompier professionnel, Redzo Seferovic a un travail, quand 95% des Roms sont au chômage dans le pays, selon une étude de l'institut "Atlantska inicijativa" en 2015. Parmi ces chômeurs figurent les trois fils de Redzo Seferovic, qui assure être le seul Rom de Zavidovici à avoir un emploi.La Bosnie a été condamnée en 2009 par la Cour européenne des droits de l'Homme pour sa Constitution discriminatoire qui réserve la présidence tripartite aux seuls Croates, Serbes et Bosniaques. Celle-ci n'a toujours pas été modifiée.A Zavidovici, cette discrimination saute aux yeux. Certes la pauvreté est le lot commun des 36.000 habitants de cette cité, autrefois fleuron de l'industrie du meuble yougoslave et où le taux de chômage est désormais de 67%, selon le maire Hasim Mujanovic.Mais les 750 Roms de la ville font figure de misérables parmi les pauvres, à l'écart dans trois quartiers. Dans celui de Redzo Seferovic, des enfants en guenilles jouent au milieu de ferraille destinée à la revente, entre de petites maisons vétustes, parfois en bois."Environ 75% des Roms de Zavidovici n'ont pas la sécurité sociale et seulement 28 enfants vont à l'école, contre 127 en 2011", affirme Redzo Seferovic. Le taux de scolarisation est de 69% en primaire, selon Atlantska inicijativa. Il s'effondre à 22% pour le secondaire.La scolarisation sera la priorité de Redzo Seferovic, dit Samir Sibonjic, 38 ans, patron de leur parti. "Il n'a pas été mis sur la liste parce qu'il est Rom, mais uniquement pour ses qualités humaines", explique-t-il."Je dis toujours à mes Roms que l'éducation doit être la base", dit Redzo Seferovic, en soulignant avoir toujours voulu "être quelqu'un".Il s'est engagé dans les pompiers après son service militaire dans l'armée yougoslave en 1988.Il a appris à faire un noeud de cravate quand il était à l'armée: "Je savais qu'un jour j'en aurai besoin", lance-t-il aujourd'hui tout en se changeant à la caserne des pompiers pour enfiler des vêtements civils, cravate incluse."Redzo est quelqu'un de bien. On lui a donné une chance en votant pour lui. On voudrait qu'il nous donne du travail", dit son voisin Saban Bajric, parti en 2013 en Allemagne avec son épouse et leurs trois enfants. Il est rentré après s'être vu refuser sa demande d'asile, "comme la plupart de la trentaine de familles du quartier".Un autre voisin, Meho Jusic, se dit content de l'élection de Redzo: "Mais lui seul ne pourra pas nous aider. J'ai 60 ans, je ne travaille pas et je ne peux pas partir à la retraite. Je ne peux pas me soigner parce que je n'ai pas la sécurité sociale"."Ma petite-fille non plus", poursuit-il. "Ses parents ne travaillent pas. Comment l'envoyer à l'école sans revenus? Il faudrait qu'on l'habille, qu'on lui achète des livres, des cahiers... Ses parents ne peuvent pas".Human Rights Watch souligne que "l'absence de système libre et universel d'enregistrement de l'état civil fait que de nombreux Roms ne figurent pas sur les registres des naissances, des décès et de mariages". "C'est aussi un obstacle à leur accès aux services publics, y compris le secteur de la santé".