Cette visite intervient trois jours après la publication d'un rapport d'experts indépendants de l'Onu sur la mort de l'ancien président islamiste égyptien Mohamed Morsi, décédé en juin après s'être effondré au tribunal, estimant qu'il avait subi des conditions "brutales" durant sa détention pendant cinq ans à Tora.

Au cours d'une rare visite sous haute protection dans ce centre pénitentiaire, des journalistes de l'AFP et d'autres médias ont été conduits dans un espace d'exposition où se trouvaient des meubles fabriqués par les prisonniers, des vaches, des autruches ou encore un terrain de football pour les détenus. Cette visite intervient en amont de l'"examen périodique universel" pour l'Egypte par le Conseil des droits de l'Homme, mercredi à Genève.

Vendredi dernier, un rapport d'experts de l'ONU a estimé que M. Morsi était détenu dans des conditions "brutales" dans la prison de Tora, et que sa mort "après avoir subi ces conditions pourrait s'apparenter à un assassinat arbitraire sanctionné par l'Etat". Les défenseurs des droits humains accusent régulièrement les autorités égyptiennes de violations en la matière, en évoquant notamment des actes de torture ou de négligence médicale en prison. Au cours de la visite de lundi, plusieurs personnalités favorables au gouvernement du président Abdel Fattah al-Sissi, qui dirige le pays d'une main de fer depuis la destitution de M. Morsi en 2013, ont réfuté les accusations.

"Cette prison est davantage une villégiature de bord de mer maintenant comparée à ce qu'elle était", a déclaré Mostafa Bakry, un député pro-Sissi. "Les prisonniers ne restent pas dans leurs cellules. Ils peuvent jouer au football et s'exercer et il y a beaucoup d'activités pour eux", a ajouté Alaa Abed, ancien policier et actuel responsable de la Commission des droit humains au Parlement.

A deux reprises, une équipe de l'AFP a tenté d'interviewer des détenus avant d'être interrompue par des responsables de la prison. La famille de Mohamed al-Baqer, l'avocat du militant Alaa Abdel Fattah arrêté en même temps que lui en septembre, a affirmé sur les réseaux sociaux avoir été empêchée de le voir lundi en raison de la visite médiatique. Quelque 4.000 personnes ont été arrêtées à la suite de rares manifestations de faible ampleur en septembre contre le pouvoir du président Sissi, selon les organisations de défense des droits humains, dont certains à la prison de Tora.