"Nous avons fait le premier pas (...) Nous devons faire tous les autres pas pour mettre fin à cette horrible guerre", a-t-il déclaré après avoir personnellement accueilli les 35 Ukrainiens à l'aéroport de Kiev. "Je félicite tout le monde pour la libération de nos héros."

L'avion transportant les Ukrainiens a atterri samedi en milieu de journée à l'aéroport principal de Kiev où des dizaines de proches et le président Volodymyr Zelensky les ont accueillis sur le tarmac.

Le plus célèbre parmi les prisonniers échangés, Oleg Sentsov, 43 ans, avait été arrêté en 2014 en Crimée après avoir protesté contre l'annexion par la Russie de cette péninsule ukrainienne. Il a ensuite été condamné à 20 ans dans un camp de la région arctique russe pour préparation "d'attaques terroristes".

Il avait effectué en 2018 une grève de la faim très médiatisée de 145 jours, qui avait suscité de nombreux témoignages de soutien, notamment au festival de Cannes.

En échange, l'Ukraine a notamment relâché Volodymyr Tsemakh, 58 ans, un ex-chef militaire des séparatistes pro-russes de l'est de l'Ukraine et témoin clé dans le crash du vol MH17, et Kyrylo Vyshynsky, 52 ans, un journaliste russo-ukrainien de l'agence russe Ria Novosti, arrêté en 2018 à Kiev et inculpé pour "haute trahison" au profit de Moscou.

La remise en liberté cette semaine de M. Tsemakh, ancien responsable de la "défense antiaérienne" séparatiste" détenu par Kiev depuis juin, a provoqué l'inquiétude des enquêteurs néerlandais sur le crash au-dessus de l'Ukraine du vol MH17, abattu par un missile russe il y a cinq ans. 298 personnes ont alors péri.

"Nous aurions voulu qu'il soit disponible pour l'enquête", a déclaré jeudi auprès de l'AFP Brechtje van de Moosdijk, porte-parole pour le groupe d'enquête sur le MH17.

Avant d'être échangé, M. Tsemakh a finalement été interrogé par les enquêteurs néerlandais, a cependant déclaré à l'AFP une source informée.

L'arrivée au pouvoir à Kiev de M. Zelensky, en poste depuis mai, a facilité quelque peu les relations entre Kiev et Moscou. Un échange de prisonniers a paru de plus en plus probable ces dernières semaines, et un sommet de paix dit de "format de Normandie" et réunissant les chefs d'Etat ukrainien, russe, allemand et français devrait être organisé ce mois, pour la première fois depuis octobre 2015.

"Un signe d'espoir" pour Merkel

La chancelière allemande Angela Merkel a qualifié de "signe d'espoir" l'échange historique de 70 prisonniers entre l'Ukraine et la Russie, appelant à poursuivre le travail pour "mettre en oeuvre les accords de Minsk".

"Cet échange de prisonniers entre la Russie et l'Ukraine est un signe d'espoir (...) Cela vaut la peine de continuer à travailler dur pour mettre en oeuvre les accords de Minsk. Le gouvernement fédéral allemand est prêt à le faire", a-t-elle affirmé dans un communiqué diffusé sur Twitter par son porte-parole, Steffen Seibert.

"Je suis heureuse pour les marins ukrainiens et Oleg Sentsov, qui peuvent enfin rentrer chez eux", a-t-elle ajouté.

Se félicitant également de cet échange, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a indiqué de son côté dans un communiqué que l'Allemagne était prête à apporter son aide afin que "d'autres mesures soient prises pour que la population de l'Est de l'Ukraine puisse enfin vivre à nouveau en paix".

Les accords de paix de Minsk, signés en 2015 sous le parrainage de l'Allemagne et de la France, ont permis de réduire considérablement les affrontements dans cette zone, mais le volet politique de ces accords est resté lettre morte. L'arrivée au pouvoir à Kiev de Volodymyr Zelensky, en mai, a cependant facilité quelque peu les relations entre Kiev et Moscou.

Washington espère le début d'une nouvelle "dynamique"

Les Etats-Unis ont salué l'échange historique de prisonniers entre la Russie et l'Ukraine, affirmant espérer qu'il s'agisse du début d'une "nouvelle dynamique" vers une résolution du conflit.

"Très satisfait de voir les marins ukrainiens rentrer à la maison et l'échange de prisonniers Ukraine-Russie", a déclaré sur Twitter l'émissaire américain pour les négociations ukrainiennes Kurt Volker.

"J'espère que cela contribue à une nouvelle dynamique pour d'autres échanges de prisonniers, un cessez-le-feu renouvelé et des progrès dans la mise en oeuvre complète des accords de Minsk", signés en 2015 mais dont le volet politique est resté lettre morte, a-t-il ajouté.

Pour Donald Trump, il s'agit "peut-être un premier pas de géant vers la paix", a-t-il déclaré, en félicitant les deux pays en conflit depuis cinq ans. "Très bonne nouvelle", a encore tweeté le président des Etats-Unis.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a aussi "salué" l'échange de 70 prisonniers entre l'Ukraine et la Russie, "geste" qui témoigne selon lui "de la volonté" de ces deux pays de "renouer le dialogue".

Ce geste "contribuera à rétablir une atmosphère de confiance entre les parties" et "permet aux populations d'espérer voir mettre un terme à un conflit de cinq ans qui continue de faire, chaque mois, des dizaines de victimes", a ajouté le ministre, qui doit se rendre à Moscou lundi.

"Nous appelons la Russie à libérer immédiatement tous les autres Ukrainiens, y compris les membres de la communauté tatare de Crimée, qui demeurent emprisonnés à tort", a déclaré à l'AFP un responsable du département d'Etat américain. "Nous continuons d'exhorter la Russie à honorer ses engagements dans le cadre des accords de Minsk et à rendre à l'Ukraine le contrôle de la Crimée", annexée en 2014, a encore dit ce responsable américain.