Qu'il interpelle la Corée du Nord ou qu'il attaque un journaliste qui lui a déplu, pourquoi Donald Trump envoie-t-il ses tweets les plus étranges à 6 heures du matin ? Parce qu'il s'ennuie. Le président des Etats-Unis dort très peu, quatre ou cinq heures par nuit. Dès l'aube, en vacances ou non, il attend le début des premiers shows télévisés de la journée. A sa place, nombre de ses prédécesseurs ouvriraient un livre ou se pencheraient sur une note de synthèse consacrée au programme nucléaire de Pyongyang. Pas lui. Donald Trump ne lit pas. Ses collaborateurs le savent et lui préparent des dossiers remplis de cartes, de photos et de graphiques. Pour lui, tout passe par l'image - animée, de préférence. A partir de 6 heures, il se regarde à la télévision, réagit en temps réel sur Twitter, félicite parfois les présentateurs de Fox News, la chaîne qui lui est favorable, et insulte à l'occasion (" petit quotient intellectuel... " " folle... " " psychopathe... ") tous ceux qui osent le critiquer sur MSNBC, une chaîne réputée prodémocrates. Donald Trump est obsédé par les médias. C'est lui qui a créé le terme de fake news (" médias bidons ") pour dénigrer toute information qui ne lui convient pas. Il continue de faire huer les journalistes dans ses meetings et critique le New York Times sept semaines sur huit. La huitième, curieusement, il reçoit, tout miel, ses journalistes dans le bureau Ovale.
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Qu'il interpelle la Corée du Nord ou qu'il attaque un journaliste qui lui a déplu, pourquoi Donald Trump envoie-t-il ses tweets les plus étranges à 6 heures du matin ? Parce qu'il s'ennuie. Le président des Etats-Unis dort très peu, quatre ou cinq heures par nuit. Dès l'aube, en vacances ou non, il attend le début des premiers shows télévisés de la journée. A sa place, nombre de ses prédécesseurs ouvriraient un livre ou se pencheraient sur une note de synthèse consacrée au programme nucléaire de Pyongyang. Pas lui. Donald Trump ne lit pas. Ses collaborateurs le savent et lui préparent des dossiers remplis de cartes, de photos et de graphiques. Pour lui, tout passe par l'image - animée, de préférence. A partir de 6 heures, il se regarde à la télévision, réagit en temps réel sur Twitter, félicite parfois les présentateurs de Fox News, la chaîne qui lui est favorable, et insulte à l'occasion (" petit quotient intellectuel... " " folle... " " psychopathe... ") tous ceux qui osent le critiquer sur MSNBC, une chaîne réputée prodémocrates. Donald Trump est obsédé par les médias. C'est lui qui a créé le terme de fake news (" médias bidons ") pour dénigrer toute information qui ne lui convient pas. Il continue de faire huer les journalistes dans ses meetings et critique le New York Times sept semaines sur huit. La huitième, curieusement, il reçoit, tout miel, ses journalistes dans le bureau Ovale. Ce n'est pas là la moindre contradiction de cet homme censé être le dirigeant le plus puissant du monde et dont le comportement personnel trahit ce que le sénateur républicain Lindsey Graham appelle ses " faiblesses " et le comique Stephen Colbert " ses obsessions et ses insécurités ". Son narcissisme sans borne aurait-il fini par obscurcir sa perception de la réalité ? Il se dit le plus grand président après Abraham Lincoln, et tout semble indiquer qu'il le croit. Quand il suggère que son visage devrait être sculpté sur le mont Rushmore aux côtés de Washington, Jefferson, Lincoln et Theodore Roosevelt, il ne plaisante pas. Hormis quelques potentats, en Afrique et ailleurs, aucun chef d'Etat ne semble aussi imbu de sa personne. A l'exception, particulièrement inquiétante, de Kim Jong-un... Et que penser de sa relation étrange avec les femmes ? Séducteur impénitent, marié à trois reprises, il semble con-vaincu de faire un compliment, le 14 juillet dernier, quand il lance à Brigitte Macron : " Vous êtes si bien conservée ! " Auparavant, il avait félicité publiquement une journaliste irlandaise dans le bureau Ovale, pour son " joli sourire ". Prédateur inquiétant quand il parlait, en 2005, de " saisir les femmes par leur partie génitale ", il a aussi évoqué les règles d'une journaliste de Fox News ou les prétendues hémorragies d'une présentatrice de MSNBC, suite à un lifting. La femme, la télévision, le sang... Les psys se régalent et notent, au passage, sa fascination pour les hommes forts. Plus qu'aucun de ses prédécesseurs, il s'entoure de généraux. D'ailleurs, son grand héros est nul autre que le général Patton, héros très viril de la Seconde Guerre mondiale. Et il ne manque jamais de dire son admiration pour les autocrates : Poutine, bien sûr, mais aussi le Turc Erdogan, le Philippin Duterte, l'Egyptien al-Sissi... Il faut s'y faire. Le 45e président des Etats-Unis a parfois des manières de caïd, comme quand il semble impatient de régler son compte au régime de Pyongyang, ou qu'il se met en scène sur Twitter en catcheur, cognant et jetant à terre un personnage portant un masque CNN. Et encore, ce n'est que l'un des quelque 1 000 tweets envoyés depuis qu'il occupe la Maison-Blanche. C'est bel et bien lui qui tape les textes : fin mai dernier, il a diffusé un message incompréhensible, s'étant manifestement rendormi sur le clavier de son téléphone portable. En 2013, déjà, il tweetait : " Désolé les losers, mon quotient intellectuel est un des plus élevés, tout le monde le sait. Ne vous sentez pas idiots, ce n'est pas de votre faute. " Le message apparaît toujours sur son compte. Avant comme après son élection, " le Donald ", comme on l'appelle, semble toujours incapable de prendre quelques secondes pour réfléchir avant d'appuyer sur la touche " OK ". Dans le monde selon Trump, les mots " vrai " et " faux " n'ont plus la même valeur. Les médias avaient commencé à dresser la longue liste de ses mensonges, puis ils se sont lassés. " Il pense que la réalité est une chose subjective, explique Maggie Haberman, la journaliste du New York Times qui le connaît le mieux. Il a une capacité étonnante à essayer de changer le monde pour le rendre conforme à son désir. " Sept mois après son investiture, quel est son " vrai " bilan ? Il est des plus maigres. A part avoir nommé un juge, Neil Gorsuch, à la Cour suprême, il n'a fait adopter ni même lancer aucune réforme majeure. Dès les premières semaines, il avait choisi de frapper un grand coup en précipitant une réforme majeure du système de santé et en supprimant l'Obamacare, cette série de mesures adoptées à grand-peine sous son prédécesseur, malgré l'opposition d'une partie du Congrès. Trump l'avait promis pendant sa campagne. Echec fracassant. Le projet de loi est mort au Sénat, victime des divisions des républicains, mais surtout de l'incapacité du président à imposer sa volonté à sa majorité. L'épisode montre à quel point Donald Trump est son pire ennemi : en raison de son comportement personnel, il ne fait plus peur. Il parle trop. Il tweete trop et dans tous les sens. Les parlementaires le voient comme un chien qui aboie, mais ne mordra pas. La preuve ? Sa cote de popularité, déjà au plus bas (entre 30 et 35 %), a encore baissé après l'abandon de la réforme de la santé. En novembre 2018, à l'occasion des législatives de mi-mandat, ses propres électeurs pourraient eux aussi lui faire payer son inaction. Au 31 juillet, seule une poignée des 1 100 nominations dans la haute fonction publique qui devaient être confirmées par le Sénat l'avaient effectivement été. Au Département d'Etat, seuls 8 % des postes à pouvoir étaient attribués. Décidée à gouverner sans l'appui d'une administration, la Maison-Blanche semble sombrer dans la pagaille pure et simple. Elle accueille déjà son second chef de cabinet (chief of staff), son second conseiller à la sécurité nationale et son second porte-parole. Mieux, l'équipe est déjà à la recherche d'un troisième directeur de la communication. Le manque de préparation n'est pas seul en cause. Trump a beau être l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'art du management, c'est son mode de gouvernance qui est sur la sellette. Les familiers du bureau Ovale décrivent une ambiance proche de celle d'un hall de gare, où l'on entre et sort sans prévenir et où aucune décision ne peut être sereinement mûrie. L'atmosphère est propice, sans doute, pour toutes sortes de fuites et d'intrigues de palais. Mais pas pour gouverner. La réforme fiscale, dernier projet en date, risque de pâtir à son tour des divisions républicaines. Comment cela va-t-il finir ? Une destitution liée à l'affaire russe, si elle a lieu, interviendrait à l'issue d'une longue procédure. Donald Trump a passé sa vie dans les tribunaux ; nul doute qu'il se battra pied à pied, quitte à renvoyer le procureur spécial, Robert Mueller. Du point de vue du président, en réalité, le seul vrai contre-pouvoir est au Congrès. Pour l'instant, certes, les parlementaires républicains le soutiennent et continueront à le soutenir en cas de procédure de destitution. Mais il subsiste deux menaces... D'abord, l'électorat populaire blanc, qui lui a accordé ses suffrages, pourrait se retourner contre son héros en constatant que la flambée de la Bourse et du montant de ses frais médicaux reste sans aucun effet sur ses salaires. Ensuite, les nuages s'accumulent entre Washington et Moscou, où Vladimir Poutine a donné à 755 diplomates et techniciens américains jusqu'au 1er septembre pour quitter le territoire. Le Kremlin réagit ainsi à l'adoption par Washington de nouvelles sanctions contre la Russie. Un regain de tension qui ne pèse pas lourd face aux armes nucléaires de la Corée du Nord, qui semblent désormais en mesure d'atteindre le sol américain.Par Jean-Bernard Cadier.