En une semaine, l'un et l'autre sont survenus avec des conséquences encore incalculables mais sans susciter pour autant la moindre esquisse de rédemption de la part de Donald Trump ou le début d'un questionnement stratégique à la Maison-Blanche.
...

En une semaine, l'un et l'autre sont survenus avec des conséquences encore incalculables mais sans susciter pour autant la moindre esquisse de rédemption de la part de Donald Trump ou le début d'un questionnement stratégique à la Maison-Blanche. La possibilité pour tout homme de commettre une erreur - et de s'en excuser - n'a pas effleuré le chef d'Etat quand il a consterné le monde en relayant benoîtement des vidéos antimusulmanes du groupuscule d'extrême droite britannique British First. Après la réaction légitime et mesurée d'un de ses porte-parole reprochant au président américain une " erreur ", la Première ministre britannique Theresa May a reçu de son partenaire une volée de bois vert indigne : " Ne te focalise pas sur moi, focalise-toi sur le terrorisme islamique radical destructeur à l'intérieur du Royaume-Uni. Tout va bien pour nous ! " Donald Trump ou comment se fâcher avec ses alliés. Angela Merkel dont il refuse la poignée de main à la Maison-Blanche, le Premier ministre du Monténégro et ses partenaires de l'Otan qu'il bouscule ou houspille sans ménagement à Bruxelles, et aujourd'hui la plus infaillible alliée des Etats-Unis qu'il renvoie à ses études... Son second tweet problématique en une semaine est plus suicidaire qu'assassin. Après l'inculpation de son ancien conseiller, Michael Flynn, dans l'enquête sur le Russiagate, Donald Trump lâche sur Twitter : " J'ai dû virer le général Flynn parce qu'il avait menti au vice-président du FBI. " Croyant conforter sa défense, il s'enfonce. Officiellement, son expert en sécurité nationale a été limogé pour avoir caché la vérité au vice-président américain Mike Pence. Si Donald Trump savait que Flynn avait menti aux enquêteurs, les pressions dont l'ex-directeur du FBI James Comey, remercié depuis, l'accuse prennent une autre dimension. Le procureur indépendant en charge de l'enquête sur les liens suspects avec la Russie, Robert Mueller, dont la probité fait consensus, pourrait instruire un dossier d'obstruction à la justice à l'encontre de Trump. Son entourage s'est donc mis en mode de gestion de crise et a tenté d'expliquer que le directeur des réseaux sociaux à la Maison-Blanche était, une fois n'est pas coutume, à l'origine de la saillie numérique et pas le président en personne... Ces deux exemples montrent les hypothèques que fait peser cette addiction sur la politique des Etats-Unis. C'est plus patent encore en matière de politique étrangère, où le travail des diplomates peut être ruiné par un seul commentaire impulsif. Ce contexte explique largement la fragilisation actuelle du secrétaire d'Etat Rex Tillerson. Professeur en relations internationales à l'UCL, Tanguy Struye de Swielande raconte que la politique étrangère américaine a trouvé une certaine stabilité pendant une courte période en novembre. Donald Trump était alors trop occupé par sa tournée en Asie... Au-delà de l'incrédulité amusée que ces péripéties peuvent susciter et malgré les premiers " succès " de politique intérieure que le président a engrangés (lancement de la réforme des impôts et feu vert de la Cour suprême au décret anti-immigration), la question de la gouvernance de la première puissance mondiale suscite de légitimes inquiétudes. Encore heureux qu'hormis Kim Jong-un, les adversaires des Etats-Unis, Russie et Chine au premier chef, bénéficient de la part de Donald Trump d'un meilleur traitement que ses alliés.