La Chambre des représentants s'apprête à exprimer son premier vote, hautement symbolique. C'est la troisième fois de leur histoire moderne que les Etats-Unis organisent un vote pour officialiser le processus de destitution du président en exercice.
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La Chambre des représentants s'apprête à exprimer son premier vote, hautement symbolique. C'est la troisième fois de leur histoire moderne que les Etats-Unis organisent un vote pour officialiser le processus de destitution du président en exercice. Pour rappel, Donald Trump est accusé d'avoir utilisé son pouvoir en tant que président des Etats-Unis pour solliciter l'ingérence étrangère pour la campagne électorale de 2020. C'est lors d'un appel téléphonique en juillet qu'il aurait demandé une "faveur" politique au président ukrainien Volodymyr Zelensky. La faveur souhaitée était que l'Ukraine enquête sur une entreprise qui avait employé un fils de Joe Biden, que Trump voit comme une menace politique majeure, notamment pour sa future campagne de réélection. À l'époque, la Maison Blanche avait suspendu près de 400 millions de dollars d'aide militaire à l'Ukraine, que le Congrès s'était approprié, et des diplomates américains avaient informé les responsables ukrainiens qu'une visite de Zelensky aux Etats-Unis dépendait de l'annonce des enquêtes. A la suite du témoignage d'un mystérieux lanceur d'alerte, la Maison Blanche a publié fin septembre une transcription de l'appel entre Trump et Zelensky. Dans la foulée, les démocrates ont décidé d'ouvrir une enquête en vue de mettre le président en accusation - la procédure "d'impeachment" - à la Chambre des représentants.Les enquêteurs du Congrès ont déjà interrogé de nombreux témoins, et ce n'est pas fini. Le défilé des témoins doit se poursuivre ce jeudi, avec le témoignage de Tim Morrison, un haut fonctionnaire du Conseil national de sécurité. La Maison Blanche a beau avoir ordonné aux membres de l'administration de ne pas répondre aux convocations des parlementaires, les témoignages s'enchaînent à huis clos à la Chambre des représentants.Cinq semaines après avoir décidé d'engager la procédure, les démocrates ont déjà interrogé dix hauts responsables, dont des ambassadeurs et conseillers de la Maison Blanche. Les dix responsables auditionnés ont dépeint par petites touches les efforts déployés depuis des mois par des proches du président dans le dossier incriminé. Ces efforts ont, selon les démocrates, posé "les fondations" pour l'appel téléphonique du 25 juillet. Sur le gril du Sénat, le vice-secrétaire d'Etat John Sullivan a admis avoir été au courant "d'une implication de M. Giuliani (ndrl : l'avocat personnel de Trump) dans une campagne" de dénigrement de l'ambassadrice américaine en Ukraine, rappelée à Washington avant la fin de son mandat.Autre témoignage remarqué cette semaine : celui du lieutenant-colonel Alexander Vindman. Directeur des affaires européennes au sein du Conseil de sécurité national, il est le premier témoin auditionné à avoir écouté l'appel téléphonique entre Trump et Zelensky. Très "préoccupé" par la teneur de cet appel, Vindman a rapidement fait part de ses inquiétudes au principal avocat du Conseil de sécurité nationale.Il sera donc demandé aujourd'hui à l'Assemblée d'adopter une résolution énonçant les règles et les conditions de l'enquête de destitution. Le vote pourrait donner lieu à des auditions publiques télévisées dès le 12 novembre, et à un vote sur la destitution elle-même d'ici la fin de l'année, précise The Guardian. Si l'impeachment est voté, un procès au Sénat suivra, peut-être au début de l'année prochaine, avec un vote à la majorité des deux tiers requis pour destituer Trump de ses fonctions.La résolution soumise aux élus de la Chambre des représentants devra autoriser des auditions publiques, mais pourrait aussi accorder à Donald Trump les moyens de participer au processus, à condition qu'il coopère à l'enquête. Les démocrates comptent ainsi le priver d'une de ses lignes de défense: le président ne cesse de déplorer la tenue d'auditions à huis clos qui, selon lui, violent ses droits à se défendre. La Maison Blanche a immédiatement dénoncé une "arnaque".Le vote permettra en outre de mesurer les forces à la chambre basse du Congrès, à qui il reviendra de voter l'éventuelle mise en accusation du président. Le Sénat sera ensuite chargé de le juger. Compte tenu de la majorité républicaine dans cette enceinte, une destitution paraît peu probable à ce stade.Si Donald Trump se défend et crie à la "chasse aux sorcières", cette procédure pourrait entacher sa campagne de réélection. Ou lui donner du grain à moudre sur ses rivaux démocrates en cas d'échec.