Une photo du geste de contestation de Vida Movahed a rapidement circulé sur les réseaux sociaux. Elle a été arrêtée à la fin du mois de décembre et fût libérée après un mois de détention. A sa suite, d'autres manifestantes se sont elles aussi affichées en public, leurs cheveux au vent et le voile à la main. Des photos et vidéos de leur action ont été relayées sur les réseaux sociaux. Plusieurs d'entre elles ont, à leur tour, été envoyées en prison.

Cela a été le cas pour Nargess Hosseini, arrêtée le 29 janvier. Son avocate, Me Nasrine Sotoudeh, reconnue en matière de défense des droits humains, a annoncé que la jeune femme était notamment accusée d'avoir "ouvertement commis un acte illégal" et "encouragé l'immoralité et la prostitution". Cette dernière accusation la fait encourir jusqu'à 10 ans de prison. Aujourd'hui, Mlle Hosseini est libérée sous caution. Les cautions réclamées par la justice iraniennes ont été fixées à des milliers d'euros (jusqu'à 90.000), signe pour Me Sotoudeh que l'intention des autorités est de maintenir les contestatrices en détention.

Le 22 février, une vidéo a été publiée sur les réseaux sociaux, montrant une femme, se tenant droite, son voile à la main, sur une boîte électrique. Un officier de police la pousse violemment et la fait tomber.

Another woman removes her veil in public

LATEST NEWS: Just happened ‎... BREACKING NEWS: A l'instant ‎... LE FRANÇAIS SUIT Today, another ⁦‪#GirlsOfRevolutionStreet‬⁩ went on the top of a utility box removing her veil and waving it in public in Iran. The ISIS mentality of the Islamic Republic of Iran is on display as this member of the security forces kicked down this peaceful anti compulsory hijab protester from the platform. This poor woman fell down, sprained a leg and lost her consciousness for a few minutes. Let's remember that yesterday, Shaparak was arrested for doing the same thing . More Iranian women are publicly protesting against compulsory veil now at the risk of getting jailed. Women in Iran are fearless. In this video sent to us by passers-by, this woman fearlessly stood her ground and protested against the compulsory veil. When the police arrived, men around her wanted to protect her and tried helping her escape. However, she refused to escape and she kept on waving her veil as a flag. En français/In French: ----- #IRAN #LIBERTE #FURTIVE #FEMININE Aujourd'hui en Iran, une autre femme-Enghelab est montée sur un support dans la rue pour y enlever son voile et le brandir en public. La mentalité daechienne de la république islamique d'Iran en images par cet agent de police faisant tomber de son support cette manifestante pacifique contre le hijab obligatoire. Elle est tombée, s'est fracturé une jambe et a perdu conscience quelques minutes. Hier, Shaparak a été arrêtée pour les mêmes raisons. Les iraniennes manivestent de plus en plus contre le voile obligatoire à présent, au risque de se faire emprisonner. En Iran, les femmes ne connaissent pas la peur. Dans cette vidéo envoyée par des passants, cette femme intrépide s'est dressée contre le voile obligatoire. A l'arrivée de la police les hommes autour ont voulu la protéger et l'aider à s'enfuir. Elle a refusé de fuir et continué d'agiter son voile comme un drapeau. #FreeHijabProtesters #GirlsOfRevolutionStreet #WhiteWednesdays #MyStealthyFreedom ‎ ‎رفتار داعشي و خشونت آميز با يكي از ⁧‫#دختران_خیابان_انقلاب‬⁩ به كمرش لگد مي زند و او را از سكو پرتاب مي كند پايين رفتار داعشي و خشونت آميز با يكي از #دختران_خیابان_انقلاب نيروي انتظامي به كمرش لگد مي زند و او را با خشونت از سكو پرتاب مي كند پايين #دختران_خیابان_انقلاب

Geplaatst door ‎My Stealthy Freedom آزادی یواشکی زنان در ایران‎ op donderdag 22 februari 2018

La jeune femme bousculée, Mariam Shariatmadari a été transférée en prison, blessée. D'après Mashi Alinejad, activiste contre le port obligatoire du voile en Iran, elle y aurait été à nouveau frappée.

Durant le mois de janvier, 29 personnes ont été arrêtées par les autorités iraniennes. Ces femmes ont reçu des démonstrations de soutien venues de l'étranger, notamment de Paris, de Londres et d'Allemagne, de la part de femmes, mais aussi d'hommes.

Les réseaux sociaux au service de la contestation

Cette nouvelle vague de protestation fait partie d'un mouvement plus large, qui a particulièrement pris de l'ampleur en 2014 avec la campagne en ligne lancée par Masih Alinejad, "My Stealthy Freedom". Journaliste iranienne et militante pour les droits des femmes, Masih Alinejad invite sur sa page Facebook les femmes à poster des photos d'elles dévoilées. Plus d'un million de personnes suivent la page, qui aurait, d'après la BBC, reçu plus de 3000 photos et vidéos. Vivant aujourd'hui en dehors du pays, elle est aussi à l'origine du mouvement Withe Wednesday. Lancé en mai 2017, il invite les citoyens à porter un voile, ou un vêtement blanc en signe de protestation.

Alinejad ne s'oppose pas au port du voile, mais bien à son obligation depuis la révolution islamique de 1979. Elle lutte pour que chaque femme soit libre de choisir de porter ou non le hijab. Plusieurs femmes portant le voile ont ainsi rejoint cette campagne qui réclame la liberté de choix.

Face à la nouvelle vague d'arrestations, la militante a déclaré au Guardian : "La police iranienne a annoncé en 2014 qu'elle avait donné un avertissement, arrêté ou envoyé au tribunal près de 3,6 millions de femmes en raison d'un mauvais hijab. Donc ces arrestations ne sont pas nouvelles, et si les gens protestent c'est précisément à cause de cette répression."

"Les lois obligatoires sur le Hijab violent les droits des femmes"

L'association internationale Human Rights Watch s'inquiète pour les militantes et estime que ces lois sur le port obligatoire du hijab sont contraires aux droits des femmes. "La mise en vigueur d'un code vestimentaire obligatoire pour les femmes en Iran viole leurs droits à la vie privée, à l'autonomie personnelle et à la liberté d'expression, autant que la liberté de religion, de pensée et de conscience" argumente l'association. "C'est aussi une forme de discrimination basée sur le genre interdite par le droit international". Human Rights Watch exhorte les autorités iraniennes à abandonner les charges contre les détenues et à arrêter les poursuites.

"Pendant des décennies, les autorités iraniennes ont imposé un code vestimentaire obligatoire aux femmes, violant leur liberté fondamentale d'expression et restreignant l'accès aux opportunités économiques et sociales à toutes celles qui s'y opposent" a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice d'HRW pour le Moyen-Orient.

"Les femmes en Iran et partout ailleurs devraient être libres de s'habiller comme il leur plaît" ajoute Whitson. "Cela inclut décider de porter un voile ou non, peu importe ce qu'en pensent ceux qui sont au pouvoir."

Oriane Renette.