Les exemples d'affronts du président à ses services sont légion. En mai, il avait annoncé l'ouverture de dossiers classifiés sur la Russie pour se défendre contre les accusations de collusion avec Moscou lors de la campagne électorale de 2016.

Peu après, il annonçait le départ de Dan Coats, directeur du National Intelligence, qui chapeaute les services américains du renseignement, et proposait à la place le très républicain John Ratcliffe, connu pour ses saillies conspirationnistes sur Fox News, la chaîne préférée du président.

Ratcliffe a renoncé face à l'opposition féroce contre sa candidature. Mais Susan Gordon, adjointe de M. Coats et qui briguait le poste suprême, est restée à quai. Elle s'est épanchée début décembre, raillant le premier président de l'Histoire "qui n'ait aucun cadre ni fondement pour comprendre les limites du renseignement". Et de citer une de ses réponses classiques aux briefings: "Je ne vous crois pas".

Fox et ses copains

Confirmation d'un ancien analyste de la CIA devenu politologue: "Quand j'étais à la CIA, le gros truc était d'avoir un papier dans le briefing présidentiel quotidien. C'était de l'or, professionnellement parlant", se souvient celui qui a servi sous George W. Bush et Barack Obama. "Je savais que les deux prenaient ça extrêmement au sérieux", ajoute-t-il. "Maintenant, j'ai vraiment l'impression (...) qu'il prend son briefing sur Fox et avec ses copains".

Certes, Mike Pompeo, l'actuel patron de la diplomatie américaine, était son premier chef de la CIA et s'est imposé comme un cadre majeur de son administration. Il se rendait à l'époque régulièrement à la Maison Blanche, pour des briefings que Donald Trump appréciait.

Mais le président compte jusqu'au FBI, la police fédérale, parmi ses adversaires: c'est elle qui a ouvert l'enquête russe. Et Trump s'en est encore pris la semaine dernière à Christopher Wray, qu'il a pourtant lui-même nommé à la tête du FBI, estimant qu'il ne réussirait "jamais à mettre de l'ordre" dans ses services.

Evidemment, le dédain fait son effet. Fin 2018, son secrétaire à la défense, le général James Mattis, avait démissionné en arguant notamment de son désaccord avec M. Trump sur la Syrie. Il a ensuite été qualifié de "général le plus surestimé au monde". L'ensemble du renseignement et des militaires se sont sentis insultés.

Les services travaillent sur "ce qu'ils pensent être leurs plus grosses inquiétudes et comment y répondre et ils sont complètement ignorés", souffle Brian Perkins, ancien analyste de la marine aujourd'hui chercheur à la Fondation Jamestown.

De nombreux cadres du renseignement sont partis dans le privé, ajoute-t-il, effarés en particulier par "les frustrations auxquelles a été confronté Mattis, incapable de se faire entendre par Donald Trump sur la Syrie ou l'Afghanistan. Le renseignement est censé être objectif mais si les choses ne sont pas écoutées avec un peu d'ouverture d'esprit, à quoi ça sert?"

Problème rhétorique

En janvier, le président avait traité de "naïfs" ses responsables du renseignement, en leur conseillant de "retourner à l'école". Puis il avait assuré être en accord avec eux sur les grands dossiers. Plus récemment, lorsque Donald Trump a décidé de lâcher les Kurdes en laissant le champ libre à l'attaque turque en Syrie, le désarroi fut total. Outre qu'il torpillait une alliance majeure, il renforçait la position des Russes dans la région.

Dans la lutte contre le terrorisme, où chacun souligne l'importance vitale du partage des informations entre puissances, ses coups de sang font des dégâts. "C'est plus difficile politiquement de coopérer avec les Etats-Unis", note Daniel Byman, spécialiste de l'antiterrorisme à l'université Georgetown de Washington.

"Et il y a un problème rhétorique. Une partie de l'objectif est de convaincre les musulmans dans le monde qu'ils peuvent vivre leur vie et sont les bienvenus, où qu'ils soient. Et Trump renforce l'idée selon lequel l'Ouest est en guerre avec l'Islam". Et le chercheur d'ajouter: "Ce sont là certaines des raisons pour lesquelles on sait qu'ignorer ses conseillers est dangereux".

La période électorale et la polarisation extrême de la politique américaine aggravent encore les inquiétudes. Reste le fonctionnement d'institutions solides. "Le renseignement peut toujours influencer des décideurs politiques majeurs. Le président n'a jamais été le seul consommateur du renseignement", tente de relativiser Seth Jones, un ancien militaire qui a notamment servi en Afghanistan, devenu aujourd'hui expert en contre-terrorisme au Centre pour les études stratégiques internationales (CSIS). "Il est toujours important de collecter et d'analyser l'information, et les Etats-Unis sont toujours impliqués dans beaucoup d'opérations qui ne nécessitent pas une autorisation présidentielle".

Les exemples d'affronts du président à ses services sont légion. En mai, il avait annoncé l'ouverture de dossiers classifiés sur la Russie pour se défendre contre les accusations de collusion avec Moscou lors de la campagne électorale de 2016.Peu après, il annonçait le départ de Dan Coats, directeur du National Intelligence, qui chapeaute les services américains du renseignement, et proposait à la place le très républicain John Ratcliffe, connu pour ses saillies conspirationnistes sur Fox News, la chaîne préférée du président.Ratcliffe a renoncé face à l'opposition féroce contre sa candidature. Mais Susan Gordon, adjointe de M. Coats et qui briguait le poste suprême, est restée à quai. Elle s'est épanchée début décembre, raillant le premier président de l'Histoire "qui n'ait aucun cadre ni fondement pour comprendre les limites du renseignement". Et de citer une de ses réponses classiques aux briefings: "Je ne vous crois pas".Fox et ses copainsConfirmation d'un ancien analyste de la CIA devenu politologue: "Quand j'étais à la CIA, le gros truc était d'avoir un papier dans le briefing présidentiel quotidien. C'était de l'or, professionnellement parlant", se souvient celui qui a servi sous George W. Bush et Barack Obama. "Je savais que les deux prenaient ça extrêmement au sérieux", ajoute-t-il. "Maintenant, j'ai vraiment l'impression (...) qu'il prend son briefing sur Fox et avec ses copains".Certes, Mike Pompeo, l'actuel patron de la diplomatie américaine, était son premier chef de la CIA et s'est imposé comme un cadre majeur de son administration. Il se rendait à l'époque régulièrement à la Maison Blanche, pour des briefings que Donald Trump appréciait.Mais le président compte jusqu'au FBI, la police fédérale, parmi ses adversaires: c'est elle qui a ouvert l'enquête russe. Et Trump s'en est encore pris la semaine dernière à Christopher Wray, qu'il a pourtant lui-même nommé à la tête du FBI, estimant qu'il ne réussirait "jamais à mettre de l'ordre" dans ses services.Evidemment, le dédain fait son effet. Fin 2018, son secrétaire à la défense, le général James Mattis, avait démissionné en arguant notamment de son désaccord avec M. Trump sur la Syrie. Il a ensuite été qualifié de "général le plus surestimé au monde". L'ensemble du renseignement et des militaires se sont sentis insultés.Les services travaillent sur "ce qu'ils pensent être leurs plus grosses inquiétudes et comment y répondre et ils sont complètement ignorés", souffle Brian Perkins, ancien analyste de la marine aujourd'hui chercheur à la Fondation Jamestown.De nombreux cadres du renseignement sont partis dans le privé, ajoute-t-il, effarés en particulier par "les frustrations auxquelles a été confronté Mattis, incapable de se faire entendre par Donald Trump sur la Syrie ou l'Afghanistan. Le renseignement est censé être objectif mais si les choses ne sont pas écoutées avec un peu d'ouverture d'esprit, à quoi ça sert?"Problème rhétoriqueEn janvier, le président avait traité de "naïfs" ses responsables du renseignement, en leur conseillant de "retourner à l'école". Puis il avait assuré être en accord avec eux sur les grands dossiers. Plus récemment, lorsque Donald Trump a décidé de lâcher les Kurdes en laissant le champ libre à l'attaque turque en Syrie, le désarroi fut total. Outre qu'il torpillait une alliance majeure, il renforçait la position des Russes dans la région.Dans la lutte contre le terrorisme, où chacun souligne l'importance vitale du partage des informations entre puissances, ses coups de sang font des dégâts. "C'est plus difficile politiquement de coopérer avec les Etats-Unis", note Daniel Byman, spécialiste de l'antiterrorisme à l'université Georgetown de Washington."Et il y a un problème rhétorique. Une partie de l'objectif est de convaincre les musulmans dans le monde qu'ils peuvent vivre leur vie et sont les bienvenus, où qu'ils soient. Et Trump renforce l'idée selon lequel l'Ouest est en guerre avec l'Islam". Et le chercheur d'ajouter: "Ce sont là certaines des raisons pour lesquelles on sait qu'ignorer ses conseillers est dangereux".La période électorale et la polarisation extrême de la politique américaine aggravent encore les inquiétudes. Reste le fonctionnement d'institutions solides. "Le renseignement peut toujours influencer des décideurs politiques majeurs. Le président n'a jamais été le seul consommateur du renseignement", tente de relativiser Seth Jones, un ancien militaire qui a notamment servi en Afghanistan, devenu aujourd'hui expert en contre-terrorisme au Centre pour les études stratégiques internationales (CSIS). "Il est toujours important de collecter et d'analyser l'information, et les Etats-Unis sont toujours impliqués dans beaucoup d'opérations qui ne nécessitent pas une autorisation présidentielle".