A l'épopée excitante de la lutte de libération ont succédé " la médiocrité et la banalité du pouvoir ". Cette nouvelle vie se révèle éprouvante pour Omer Hassan, l'opérateur radio du chef de la rébellion promu ministre de l'Information qui subit " la lente dégradation de son héroïsme ", pour Nebsi, le combattant de base élevé au rang de fonctionnaire qui n'a aucunement l'intention d'en savoir plus que sa fonction l'autorise à savoir, et même pour Tobias, l'ancien leader de la rébellion devenu dictateur, démoralisé par " le présent répétitif et morne qu'ont amené l'indépendance et les responsabilités politiques ". Laurent Vincent montre bien comment l'arbitraire de la violence exercée par le dictateur et la peur qu'elle inspire, y compris chez ses anciens compagnons de lutte, peuvent annihiler toute initiative personnelle et induire un fantasme de persécution. Le lecteur devra cependant se garder de considérer que Les Hommes du ministère illustre un tropisme de l'Afrique. Le modèle politique qu'il dépeint y est heureusement de plus en plus rare.