Une vidéo publiée par Radio Free Europe montre une partie du drame. On y voit un groupe de cyclistes immobiles sur le sol, couché sur l'asphalte de la Pamir Highway dans la région de Danghara, à 150 kilomètres au sud de la capitale Douchanbé. Une voiture noire fait demi-tour en grinçant de pneus et revient en trombe. "Oh", crie un spectateur quand la voiture emboutit l'un des corps.
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Une vidéo publiée par Radio Free Europe montre une partie du drame. On y voit un groupe de cyclistes immobiles sur le sol, couché sur l'asphalte de la Pamir Highway dans la région de Danghara, à 150 kilomètres au sud de la capitale Douchanbé. Une voiture noire fait demi-tour en grinçant de pneus et revient en trombe. "Oh", crie un spectateur quand la voiture emboutit l'un des corps. Peu de temps avant ces images, la Daewoo Leganza noire s'est ruée une première fois sur le groupe de cyclistes. Les quatre ou cinq occupants du véhicule ont ensuite sauté de la voiture et attaqué les cyclistes avec des couteaux racontent des témoins aux médias locaux. Un cyclotouriste belge, Nicolas Moerman, arrivé sur les lieux juste après l'attaque, a raconté à la radio-télévision publique flamande VRT avoir vu "plusieurs cyclistes sur le sol, certains complètement sous le choc". "J'ai demandé ce qu'il s'était passé et la première chose que quelqu'un m'ait dite, c'est qu'ils avaient été percutés par une voiture et que les gens qui en étaient sortis avaient commencé à les poignarder", a-t-il déclaré. Ces témoignages correspondent au rapport des médecins de l'hôpital où ont été amenés les corps: ils présentaient des blessures par arme blanche. Parmi les quatre morts, on dénombre un néerlandais de 56 ans, deux américains et un suisse. Les autres membres du groupe de victimes sont une femme de 58 ans originaire des Pays-Bas, un Français et un Suisse. Le Français, qui était en queue de peloton, serait indemne. Les deux autres sont blessés, et au moins un par arme blanche, mais leur état de santé exact n'est pas connu. Les cyclistes du groupe s'étaient rencontrés sur cette même route qui traverse l'Asie centrale, ont écrit les deux Néerlandais sur leur blog de voyage le 20 juillet. Face à tant de beauté et d'aventure, ils écriront même un funeste "Voir Pamir et mourir". Ils étaient partis de Bangkok et rejoignaient Téhéran. Neuf jours plus tard, le sort frappait par-derrière sous les traits d'un véhicule noir. L'EI qui avait aussitôt revendiqué l'attaque, a fait circuler mardi une vidéo des exécutants affirmant avoir "l'autorisation d'Allah" pour tuer les "incroyants". Dans cette vidéo, cinq jeunes hommes assis sous un arbre, sur fond du drapeau du groupe jihadiste, dénoncent l'"occupation" du Tadjikistan, en qualifiant les autorités du pays de "traîtres" qui "ont vendu leur religion". Tous les cinq ressemblent beaucoup à ceux dont les photos ont été publiées mardi par le ministère de l'Intérieur tadjikLe ministère de l'Intérieur rejette cependant la revendication de l'EI et a désigné comme responsable le Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan interdite en 2015, une décision critiquée par les Occidentaux qui considéraient la formation comme modérée. Le groupe des assaillants "a agi sur l'ordre" de Nossirkhoudjy Oubaïdov, "membre actif" du Parti de la renaissance islamique, a assuré ainsi le ministère, en affirmant qu'il était mené par un autre "membre actif" de ce parti, Housseïn Abdoussamadov, 33 ans, qui a été arrêté et est passé aux aveux. Pour sa part, le Conseil suprême Parti de la renaissance islamique, qui a tenu mardi une réunion d'urgence, a rejeté ces accusations "infondées et irrationnelles", en dénonçant un crime "honteux et illogique".Selon ses dépositions à la police, Housseïn Abdoussamadov a suivi en Iran "un entraînement idéologique, militaire et visant à effectuer des actes de sabotage".A ces fins, "il s'est rendu à quatre reprises dans les villes (iraniennes) de Qom et Mazandar entre 2014 et 2015", a affirmé la police tadjike dans un communiqué. C'est en Iran "qu'il a prêté serment d'allégeance à Nossirkhoudjy Oubaïdov", membre actif du Parti de la renaissance islamique depuis 1992. L'Iran a démenti "tout lien avec cette attaque terroriste", par la voix du porte-parole de sa diplomatie, Bahram Ghasemi, cité par l'agence de presse Mehr.Le toit du monde. C'est le surnom du Tadjikistan. Petit pays montagneux, il s'étend sur une superficie de 143.100 km2 - soit environ un quart de la France. Il est bordé par la Chine à l'est, le Kirghizstan au nord, l'Ouzbékistan à l'ouest et partage au sud 1.340 km de frontière avec l'Afghanistan. Ses sommets vertigineux (jusqu'à 7 495 mètres) offrent de nombreux et spectaculaires points de vue. Les touristes ne sont pourtant pas légion dans ce pays reculé de l'Asie centrale que traverse la légendaire route du Pamir. L'attaque a eu lieu sur la partie la plus méridionale de la voie touristique M41, plus connue sous le nom de route du Pamir, qui relie le Kirghizstan, au nord, à l'Afghanistan, au sud du Tadjikistan. Construite à l'époque soviétique, cette longue route de 2000 kilomètres est prisée par les passionnés de cyclisme pour ses tronçons en haute altitude et ses paysages désertiques. C'est vrai que le paysage est sauvage avec ses parois rocheuses, ses plateaux verdoyants et ses rivières qui grondent. La route qui culmine à 4655 mètres est aussi la deuxième plus haute route internationale au monde. Elle se termine à Osh, une halte mythique sur l'ancienne route de la soie. Construite il y a plus de cent ans comme une ligne de défense contre l'avance des troupes coloniales britanniques, elle n'a été que peu entretenue depuis les années 1930, la laissant par endroit dans un très piteux état. Cette route est aussi par moment étroite et longe des falaises escarpées sans le moindre garde-fou. Elle est aussi non recouverte par endroit ce qui la rend poussiéreuse et réduit la visibilité. Les tunnels ne sont pas éclairés et des pierres aussi grosses que des ballons de basket se trouvent sur la route. Les options de restauration sont rares, les hôtels le sont tout autant. Par ailleurs les automobilistes tadjiks ont également un style de conduite rugueux et n'hésitent pas à dépasser motos, ânes et cyclistes. L'on a dénombré 20,68 accidents mortels par 100 000 habitants l'année dernière selon l'OMS. On ne connait pas le nombre exact de morts sur l'autoroute de Pamir. Cette petite ex-république soviétique d'Asie centrale majoritairement musulmane (sunnite) est le plus pauvre des pays issus de l'ex-URSS. Il est dirigé d'une main de fer par le président Rakhmon depuis 1992. Après une sanglante guerre civile dans les années 1990 qui fera 150.000 morts, les autorités tadjikes - le Tadjikistan est un pays laïc - ont fait de la lutte contre l'intégrisme religieux une priorité. Elles ont pris en 2015 des mesures radicales pour contrer l'influence des extrémistes religieux, parmi lesquelles le rasage forcé des barbes et une campagne contre le port du hijab, mais aussi des restrictions pour le pèlerinage annuel à La Mecque. Par ailleurs les mineurs n'ont en outre pas le droit d'aller à la mosquée et la liste de ce que peuvent prêcher les imams a été fixée par le gouvernement. Les autorités ont de plus interdit le parti d'opposition de la Renaissance islamique, l'accusant d'avoir cherché à instaurer un "Etat islamique" au Tadjikistan. Plus d'une centaine d'anciens membres ont été arrêtés en un an et demi. Ils purgent des peines allant jusqu'à 25 ans.L'attaque de dimanche est la plus importante attaque au Tadjikistan de ces dernières années. La dernière attaque terroriste remonte à celle de l'aéroport de la capitale Douchanbé en 2015. Si la situation est plus sûre qu'il y a quelques années, les racines extrémistes n'ont pas été éradiquées. Les autorités estiment que plus de mille Tadjiks ont rejoint les djihadistes en Irak et en Syrie. Cela signifie que le pays, avec d'autres pays d'Asie centrale comme l'Ouzbékistan et le Kirghizistan, est l'un des principaux fournisseurs de combattants de l'EI. A elle seule l'Asie centrale a fourni plus de cinq mille combattants. Depuis l'effondrement de l'EI, plus de cent fidèles sont revenus, selon les autorités tadjikes. En 2015, le gouvernement a rendu possible le retour d'un groupe de Tadjiks dans un programme de réintégration. Ils sont surveillés, mais peuvent travailler, étudier et voyager à l'étranger comme les autres Tadjiks. Les touristes ne remarquent généralement rien des tensions cachées au Tadjikistan. Les conseils de voyage du gouvernement belge sont les suivants : "Compte tenu de la situation sécuritaire générale dans la région, la prudence reste de mise. Il convient également de tenir compte du fait que le processus de destruction des mines anti-personnelles sur le territoire du Tadjikistan est en cours, mais que des mines peuvent encore subsister dans certaines zones (notamment à la frontière avec l'Ouzbékistan). Malgré une attention accrue des services de l'ordre, il faut se montrer vigilant par rapport à la petite délinquance. Il est recommandé d'éviter les lieux de grand rassemblement tels que les marchés, les foules et les manifestations. Vu que les frontières avec les pays avoisinants sont souvent fermées (surtout avec l'Ouzbékistan et le Kirghizstan), il est conseillé de se procurer des informations mises à jour sur l'état d'ouverture des frontières, en cas d'arrivée par route. Notez que les conditions météorologiques, surtout en hiver et dans les montagnes, peuvent rendre inaccessibles certaines routes et zones. Il n'est pas toujours possible de communiquer par téléphone avec l'étranger." Comme le précise le Volkskrant, Jusqu'à Danghara, les deux Hollandais n'avaient pas senti un danger criminel ou terroriste au Tadjikistan. Dans leur dernier post sur leur blog de voyage, ils s'inquiétaient surtout du "gravier sur les routes, combiné à un fort vent de face et à une route escarpée".