Comment survivre dans un monde pris de frénésie ? Le cerveau peut-il supporter cette stimulation sensorielle permanente, qui a connu un nouveau coup d'accélérateur avec la révolution numérique ?
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Comment survivre dans un monde pris de frénésie ? Le cerveau peut-il supporter cette stimulation sensorielle permanente, qui a connu un nouveau coup d'accélérateur avec la révolution numérique ? Ces questions sont au coeur de la nouvelle exposition du musée Dr. Guislain à Gand. " Tout est parti de l'attitude d'un groupe d'enfants lors d'une exposition précédente, nous explique la cocommissaire Yoon Hee Lamot. Pendant la visite et les workshops, ils avaient les yeux rivés sur leurs écrans, ils filmaient aussi et, en même temps, ils assimilaient les informations qu'on leur donnait. C'était perturbant. Ils pensaient en réseau, en faisant en permanence des liens, et non horizontalement comme chez les générations précédentes. " Pour un musée implanté sur le site d'un ancien hôpital psychiatrique, il y a comme une évidence à s'interroger sur les effets de ce tourbillon, et les parades imaginées pour y échapper, de la méditation aux camps de désintoxication pour accros aux jeux vidéo. Si au début du xixe siècle, les premiers asiles ont été construits à l'écart des villes, c'était déjà pour s'éloigner du trop-plein d'agitation, responsable à l'époque de maladies comme l'hystérie et la neurasthénie. L'établissement gantois explore le sujet sous tous les angles : historique, culturel, artistique, psychiatrique. Se déployant sur quatre salles, dont deux envahies d'igloos de caisses où s'isoler, le parcours foisonnant navigue entre témoignages scientifiques d'époque (on parlait déjà d'agitation due à l'environnement chez les enfants dans les années... 1930), projets architecturaux (du collectif Bavo notamment) et un large éventail d'oeuvres d'art du xixe siècle à aujourd'hui, où se côtoient valeurs sûres (Keith Haring, Michaël Borremans...) et découvertes (notamment l'Allemand Michael Wolf et ses photos christiques de Japonais écrasés dans le métro). Ce dispositif pluridisciplinaire élargit le regard en naviguant d'un bout à l'autre du spectre de l'intranquillité. Avec, en guise d'apothéose et de conclusion, l'installation vidéo magnétique de David Claerbout. Le film s'ouvre sur une vue d'un jardin japonais idyllique. Petit à petit, l'image dézoome et laisse voir une autre réalité : il ne s'agit que d'un détail d'un poster déchiré collé au mur d'un appartement, lequel se perd dans la façade lépreuse d'un immeuble d'une grande ville. Une sorte de chute inversée qui embrasse en un seul mouvement, lent et fascinant, notre humaine condition.