Face à "l'inaction de Jair Bolsonaro face au changement climatique, y compris sur les incendies", la France dira "non" au traité de libre-échange controversé entre l'UE et le Mercosur, a prévenu la présidence française, à la veille du sommet du G7 de Biarritz, qui se tient de samedi à dimanche dans le sud-ouest de la France.

Auparavant, le président brésilien avait accusé son homologue français de "mentalité colonialiste" pour avoir appelé à discuter des feux au Brésil lors du sommet de Biarritz, en son absence.

Dans l'urgence, les conseillers diplomatiques des chefs d'Etat "se mobilisent pour avoir des initiatives concrètes pour l'Amazonie, qui pourraient se matérialiser au G7", selon la présidence française.

L'ampleur des feux qui ravagent la plus vaste forêt tropicale de la planète - plus de 2.500 nouveaux départs d'incendie en 48 heures - inquiète au plus au point la communauté internationale. Outre des manifestations citoyennes à travers le monde, l'Irlande a elle aussi menacé de voter contre l'accord avec le Mercosur, le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est dit "extrêmement soucieux" et la chancelière allemande Angela Merkel a réclamé que cette "situation d'urgence aiguë" figure en bonne place au menu des discussions du G7.

Des discussions où les sujets de friction ne manqueront pas, entre le dîner d'ouverture samedi et la conférence de presse finale lundi après-midi.

De l'Iran au commerce en passant par le Brexit, les lignes de fracture sont en effet multiples, entre un Donald Trump imprévisible, déjà en campagne pour sa réélection, un nouveau Premier ministre britannique, Boris Johnson, volontiers provocateur et les cinq autres leaders.

Flairant le danger après le coup de théâtre du précédent sommet au Canada - le président américain refusa d'en signer les conclusions qu'il avait pourtant acceptées - Emmanuel Macron a biffé d'un trait l'exercice de la déclaration finale.

Exit "ces communiqués que personne ne lit qui sont le résultat d'interminables chicayas bureaucratiques" et retour aux "discussions informelles", au coeur du G7, initié par le français Valéry Giscard d'Estaing en 1975 après le premier choc pétrolier.

"Stupidité de Macron"

Quarante ans plus tard, les Sept sont malmenés par un multilatéralisme en berne, l'émergence de nouvelles puissances comme la Chine et un nationalisme décomplexé jusqu'au coeur des démocraties occidentales.

Emmanuel Macron, déterminé à se poser en médiateur dans le grand chamboulement mondial, ne désespère pas d'arracher quelques concessions à Donald Trump sur le nucléaire iranien, dossier explosif numéro un qui menace d'embraser le Moyen-Orient.

"Ce que j'espère des Etats-Unis et de la discussion au niveau du G7, c'est une clarification de la stratégie" pour faire bouger les Iraniens, préconise-t-il.

Pour tenter de sauver l'accord moribond sur le nucléaire, le président français a reçu vendredi le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. Rien n'a filtré de la rencontre.

Paris tente d'obtenir un allègement des sanctions américaines visant le pétrole iranien en échange d'un retour de l'Iran au plein respect de l'accord et de nouvelles négociations avec Téhéran sur son programme balistique et son influence régionale.

La partie s'annonce serrée pour le président français, Donald Trump lui ayant sèchement reproché de parler un peu trop "pour les Etats-Unis".

Le président américain n'a guère été plus amène sur la taxation des géants du numérique, dénonçant "la stupidité de Macron" en la matière et menaçant le vin français de rétorsion. Paris ne désespère pourtant pas là non plus d'obtenir un accord entre les Sept.

Russie in ou out ?

"N'oubliez pas que le prochain sommet se tiendra aux Etats-Unis en 2020, qui est l'année de l'élection présidentielle américaine. Donc c'est dans l'intérêt de Donald Trump d'avoir un sommet qui réussit (..) et prépare le terrain pour le prochain", anticipe Rohinton Medhora, président du Centre for International Governance Innovation, think-tank canadien.

Emmanuel Macron compte aussi afficher des résultats concrets sur certains sujets comme la "lutte contre les inégalités", thème officiel du sommet, en élargissant les discussions aux dirigeants de "puissances de bonne volonté" comme l'Inde, l'Australie, l'Afrique du sud et le Chili.

L'économie mondiale, guettée par la récession sur fond de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, sera aussi l'objet de toutes les attentions. Pékin a annoncé vendredi l'imposition de nouveaux droits de douane sur 75 milliards de dollars d'importations américaines.

La Russie, exclue de ce forum depuis l'annexion de la Crimée en 2014, pourrait aussi faire parler d'elle, Donald Trump préconisant - à contrecourant de la prudence de ses pairs - sa réintégration. "C'est bien plus sensé d'avoir la Russie", a-t-il assuré mardi.

Durant trois jours, les leaders du monde seront confinés dans un palace, loin de la société civile dont ils se veulent à l'écoute, et l'élégante station balnéaire de Biarritz, rendez-vous des têtes couronnées au XIXe siècle, transformée en camp retranché.

Plus de 13.000 policiers et gendarmes seront mobilisés dans toute la région, où un grand rassemblement d'opposants au sommet fait craindre des violences samedi d'Hendaye à Irun (Espagne).