Roubini est considéré comme la rock star de l'économie. Ses analyses aux prédictions audacieuses sont lues dans le monde entier. Sa réputation est-elle méritée ?
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Roubini est considéré comme la rock star de l'économie. Ses analyses aux prédictions audacieuses sont lues dans le monde entier. Sa réputation est-elle méritée ?Paul De Grauwe: Roubini a effectivement prédit la crise de 2008. Il n'était pas le seul, loin de là, mais personne n'en a autant profité que Roubini, connu depuis sous le nom de Dr Catastrophe. Avec ses prédictions sur le corona, il est à la hauteur de sa réputation. Il nous promet le pire des scénarios et prétend que c'est le seul probable. Ce n'est pas vrai, bien sûr. Il y a toujours différents scénarios imaginables. Roubini le sait, mais en tant que Dr. Catastrophe, il doit jouer son rôle. Personne ne veut écouter un Roubini qui prétend que tout pourrait aller mieux que prévu.Ne partagez-vous pas sa crainte d'une récession mondiale ?Il est tout à fait possible qu'il y en ait une. Si d'autres régions sont mises en quarantaine comme le nord de l'Italie, la situation pourrait s'aggraver. Beaucoup dépend de la durée de l'épidémie. La grippe espagnole a duré un an et demi et a fait environ 50 millions de victimes. Si le corona prend une telle ampleur, Roubini aura raison de prédire une récession mondiale et un krach boursier. Mais il est également possible que le virus soit éradiqué dans les six mois et que les dommages économiques soient alors moins importants que prévu. Il y a tout simplement trop d'incertitudes pour faire des déclarations fermes.L'Allemagne devrait-elle prendre des mesures pour stimuler son économie, comme le suggère Roubini ?Sur ce point-là, je suis d'accord. J'ai moi-même soulevé cette question plusieurs fois. Indépendamment de toute la panique liée au coronavirus, l'Allemagne ferait bien de stimuler son économie, de préférence à coup d'investissements publics. Ils ont l'argent et, s'il le faut, ils peuvent emprunter gratuitement. Au fond, les investisseurs sont prêts à placer de l'argent dans des obligations allemandes. De plus, ces investissements sont nécessaires, car l'Allemagne souffre d'une infrastructure obsolète et est à la traîne en matière de numérisation.Roubini parle d'une crise d'approvisionnement. Que veut-il dire par là ?Ce que nous vivons en ce moment pourrait être décrit comme un choc de l'offre. La mondialisation a rendu les chaînes de production très longues. Une voiture allemande est remplie de pièces provenant du monde. Il suffit qu'un élément crucial manque et que toute la production s'arrête, comme c'est déjà le cas. Mais cette crise de l'offre a inévitablement des conséquences sur la demande. L'effritement de la confiance conduit à une baisse de la consommation et renvoie les décisions d'investissement aux calendes grecques.Avez-vous des conseils à donner aux investisseurs pour braver l'éventuelle tempête ?Je ne suis pas un conseiller en investissement, mais si quelqu'un me demande, j'ai ma réponse toute prête. Laissez parler le bon sens et répartissez les risques. Aujourd'hui, il est trop tard pour vendre. À moins de suivre Roubini et de supposer un krach boursier, car alors il faut vendre le plus vite possible.Votre collègue américain chapitre les gouvernements parce qu'ils ne s'attaquent pas fermement à l'épidémie. C'est ainsi que vous voyez les choses ?Qui suis-je pour me prononcer? Je ne suis ni virologue ni épidémiologiste. Roubini prétend qu'il a tout compris. Il est non seulement virologue, épidémiologiste, mais aussi politologue et prédit les guerres avec l'Iran et la chute de Trump. Tout cela est très spéculatif, mais c'est ainsi que ce genre de personnages fonctionnent. Si vous faites autant de prédictions, forcément, l'une d'entre elles se réalisera. Vous mettez alors celle-ci sous les feux de la rampe, alors qu'évidemment vous ne parlez pas des moments où vous vous êtes trompés.