Plus de 4 milliards de personnes sont aujourd'hui confinées dans le monde suite à la pandémie de coronavirus. Dans de nombreux pays, les citoyens sont confrontés à des restrictions sans précédent, mais les contrôles ne sont pas les mêmes partout. Les forces de l'ordre ont reçu l'autorisation de surveiller les comportements individuels qui, dans une période qualifiée de "normale", serait considérée comme extrême, même pour un État autoritaire. Dans certains pays, ce renforcement des prérogatives autoritaires va jusqu'à malmener les droits humains, selon plusieurs ONG.
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Plus de 4 milliards de personnes sont aujourd'hui confinées dans le monde suite à la pandémie de coronavirus. Dans de nombreux pays, les citoyens sont confrontés à des restrictions sans précédent, mais les contrôles ne sont pas les mêmes partout. Les forces de l'ordre ont reçu l'autorisation de surveiller les comportements individuels qui, dans une période qualifiée de "normale", serait considérée comme extrême, même pour un État autoritaire. Dans certains pays, ce renforcement des prérogatives autoritaires va jusqu'à malmener les droits humains, selon plusieurs ONG.Dans la plupart des pays européens, le confinement est contrôlé par des patrouilles de police. En Belgique, des contrôles de déplacements ou des barrages routiers ont été mis en place. Pour les contrevenants, un sermon et une amende à la clé. La France et l'Italie procèdent à un système similaire, mais avec un outil supplémentaire : l'attestation. En France, plusieurs contrôles de police ont dégénéré, certains allant jusqu'à l'ouverture d'une enquête, indiquent les médias français. En Italie, une condamnation plus importante est prévue - jusqu'à 3 à 18 mois de prison - en cas de récidive et de violation particulièrement grave des mesures. D'autres pays font appel à l'armée dans la rue pour dissuader les citoyens à sortir. Une présence qui suscite souvent le débat. En Jordanie, le roi Abdallah II a signé un décret conférant des pouvoirs exceptionnels au gouvernement. Des blindés ont été déployés dans les rues et des centaines de personnes interpellées pour non-respect du couvre-feu. Si le ministre de la Défense a assuré que cela n'affecterait pas les droits individuels, Human Rights Watch (HRW) se montre sceptique.Au Maroc, l'armée a aussi fait son apparition à Rabat pour veiller au respect de "l'état d'urgence sanitaire". Les arrestations musclées de contrevenants -qui risquent de lourdes amendes et la prison ferme- y suscitent néanmoins peu de protestations pour l'instant.Le débat a pris une tournure plus vive en Israël, où le service de sécurité intérieure Shin Beth, d'ordinaire focalisé sur l'antiterrorisme, est désormais autorisé à collecter des données sur les citoyens pour lutter contre le virus. Dans un éditorial publié par le Financial Times, l'anthropologue israélien Yuval Noah Harari affirme que "l'épidémie pourrait marquer un tournant décisif" car "le recours aux outils de surveillance massifs" expose les citoyens à un contrôle plus intrusif.Au Monténégro, la protection de la vie privée est également mise à rude épreuve. Le gouvernement actualise quotidiennement la liste des personnes (nom, prénom, adresse) ayant reçu l'obligation d'être mises à l'isolement et donc, soit malades, soit suspectées de l'être. Dans les pays où la contestation populaire faisait rage depuis plusieurs mois, les militants se questionnent : les mesures prises sont-elles uniquement pour motif de santé publique, ou sont-elles un prétexte pour être renforcées et mettre fin à tout manifestation mal vue par le pouvoir en place ? En Algérie, après plus d'un an d'une contestation populaire inédite, il aura fallu l'émergence de la pandémie pour mettre un terme aux manifestations. Mais les inquiétudes des ONG redoublent car la machine judiciaire tourne toujours. Une des figures du "Hirak" a par exemple vu sa peine alourdie en appel, écopant d'une année de prison ferme. Un journaliste a également été placé en détention préventive. "Le Hirak a suspendu sa mobilisation face au coronavirus mais le gouvernement n'a pas suspendu sa répression", a de son côté estimé le directeur-adjoint Mena de HRW, Eric Goldstein.Au Liban, le mouvement de contestation fait aussi office de victime collatérale. Après des mois de mobilisation, les campements installés dans le centre de Beyrouth ont été démantelés. Des militants accusent le pouvoir de profiter de l'inquiétude sanitaire pour réprimer toute dissidence. La situation en Tunisie, jeune et fragile démocratie, génère des interrogations. Car le pays est aussi un ancien Etat policier dont les forces de sécurité ont été peu réformées. La Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH) a demandé des clarifications sur les mesures de confinement, pour limiter l'arbitraire après la dénonciation sur internet d'interventions policières musclées contre des personnes affirmant être sorties pour des courses.L'inquiétude monte quant au fait que les forces de police de certains pays utilisent des contrôles et sanctions humiliantes pour imposer une quarantaine. Cela touche particulièrement les groupes les plus pauvres et les plus vulnérables, notamment ceux qui vivent au jour le jour et risquent de mourir de faim si elles ne défient pas les mesures d'enfermement pour chercher du travail.Il y a une dizaine de jours, des images ont été diffusées montrant des travailleurs migrants en Inde accroupis sur le bord de la route alors qu'ils sont aspergés de produits chimiques, apparemment pour tenter de les désinfecter avant d'entrer dans leur province d'origine, rapporte The Guardian. Des tactiques d'humiliation similaires ont été utilisées par la police au Paraguay, où les personnes transgressant la quarantaine ont été obligées de faire des sauts et menacées d'un taser. D'autres ont été sommés de répéter "Je ne quitterai plus ma maison, officier", allongés face contre terre.Aux Philippines, la police et les autorités locales ont enfermé dans des cages ceux qui violaient le couvre-feu, tandis que d'autres ont été forcés de s'asseoir en plein soleil. Le président Rodrigo Duterte a par ailleurs demandé aux forces de l'ordre d'abattre toute personne à l'origine de "troubles" dans les régions placées en confinement. Des propos immédiatement tempérés par des responsables des autorités. (avec AFP)