Le document, qui accompagne la mise en accusation de treize Russes et de trois entreprises russes, a été rédigé par l'équipe du procureur spécial Robert Mueller. Ce dernier a été nommé en mai 2017 pour enquêter sur l'ingérence russe dans les élections américaines et une éventuelle collaboration des Russes avec la campagne du candidat Donald Trump.
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Le document, qui accompagne la mise en accusation de treize Russes et de trois entreprises russes, a été rédigé par l'équipe du procureur spécial Robert Mueller. Ce dernier a été nommé en mai 2017 pour enquêter sur l'ingérence russe dans les élections américaines et une éventuelle collaboration des Russes avec la campagne du candidat Donald Trump. Le document nous apprend que, dès avril 2014, le but était d'exercer une influence politique aux États-Unis par le biais de l'Internet Research Agency de Saint-Pétersbourg. La date de commencement correspond à l'instauration de sanctions supplémentaires de la part des États-Unis après l'annexion de la Crimée par la Russie. À partir de septembre 2016, le budget de l'opération a été augmenté à 1,25 million de dollars par mois, soit un peu plus d'un million d'euros, et plus de quatre-vingts personnes ont participé aux opérations russes. Initialement, le but était "d'attiser la méfiance sur les candidats et le système politique en général".D'après le ministre adjoint américain de la Justice, Rod Rosenstein, qui a officiellement annoncé les mises en accusation, les Russes la qualifient de "guerre d'information contre les États-Unis". Trois des Russes accusés ont été envoyés aux États-Unis pour récolter des informations et apprendre comment et dans quels états ils seraient les plus à même d'opérer. Ils ont appris qu'ils avaient intérêt à se concentrer sur les "purple states", les états sans préférence claire pour les démocrates ou les républicains. Cependant, l'entrée en scène de Bernie Sanders et de Donald Trump a fait changer les Russes de tactique. Dès février 2016, les candidats privilégiés des Russes étaient clairs. On leur a donné la directive suivante : "Emparez-vous de n'importe quelle occasion pour critiquer Hillary et les autres (hormis Sanders et Trump - eux on les soutient)". Plus tard, le candidat écologique Jill Stein a également été soutenu par les Russes et on a dit aux employés de l'Internet Research Agency de souiller les candidats présidentiels républicains Marco Rubio et Ted Cruz."Méfiez-vous de Killary"Pour être crédibles sur internet, les Russes se sont fait passer pour des Américains politiquement actifs. "Ils utilisent aussi des identités volées à de véritables Américains pour contribuer aux réseaux sociaux"."Les accusés, lit-on dans le document, "achetaient de l'infrastructure informatique aux États-Unis pour dissimuler l'origine russe de leurs activités et éviter d'être découverts par les régulateurs américains et la justice des États-Unis". On organisait aussi des flux monétaires pour payer les activités, et à nouveau, ne pas éveiller de méfiance. Les Russes ont créé "des centaines de comptes sur les réseaux sociaux et les utilisaient pour transformer certains Américains fictifs en "faiseurs d'opinions dirigeants". Ils lançaient des hashtags. Ils diffusaient des photos d'Hillary Clinton (où Hillary est jouée par une actrice). Ils achetaient des annonces pour diffuser leurs allégations. Les opinions partaient dans plusieurs sens. Les Russes essayaient par exemple de limiter la participation d'électeurs noirs, un groupe dont la très grande majorité vote démocrate. Ils ont créé le compte Instagram Woke Blacks pour lancer la devise suivante : "Le battage médiatique et la haine de Trump trompe les gens et oblige les Noirs à voter Killary (Hillary Clinton, NDLR). Nous ne pouvons choisir entre ces deux diables. Mieux vaut ne pas voter du tout".On a répondu aux frustrations des musulmans (sous le nom United Muslims of America) en les appelant à ne pas élire quelqu'un ayant soutenu la guerre en Irak (Hillary Clinton). D'ici 2016, de nombreux groupes contrôlés par les Russes avaient "des centaines de milliers de followers en ligne", lit-on dans le document. Repris par Donald Junior Pour les électeurs de Trump potentiels, il y avait un message diamétralement opposé et on soulignait le grand amour d'Hillary pour l'islam. On faisait de la publicité sous la devise "Soutenez Hillary, sauvez les musulmans américains". Et les Russes commandaient et diffusaient des posters avec une citation inventée d'Hillary : "je pense que la sharia permettra à la liberté de prendre une nouvelle direction".Parfois, les créations russes semblaient très officielles. Ainsi, les Russes ont lancé un compte Twitter sous le nom Tennessee GOP, @TEN_GOP. Le groupe prétendait envoyer des messages officiels au nom du parti républicain de Tennessee. Les tweets de @TEN_GOP ont été repris et retweetés par Donald Trump Junior et la manager de campagne Kellyanne Conway. @TEN_GOP a eu 100 000 followers.Les faux comptes russes, entre autres @TEN_GOP, "rapportaient" une fraude électorale à grande échelle. Cette fraude était généralement mise sur le dos du camp d'Hillary Clinton.Les élections présidentielles n'ont pas fait cesser les activités. Le premier week-end après les élections, les Russes ont simultanément organisé une manifestation pro et anti Trump. Rosenstein a déclaré lors de la présentation du document qu'il y avait deux conclusions à ne pas faire. Cette accusation, dit-il, ne fournit pas de preuve que les Russes et les Américains ont comploté. Oui, il y a eu des contacts entre les Russes accusés maintenant et des membres de la campagne présidentielle de Donald Trump, mais les membres de la campagne partaient du principe qu'ils étaient liés aux Américains. Ils étaient impliqués dans le jeu russe à leur insu.Et, a déclaré Rosenstein, ce rapport ne prétend pas non plus que les Russes ont influencé le résultat électoral. Le président, qui a souvent qualifié l'enquête sur la Russie de "chasse aux sorcières" ou même de "falsification" a repris ces éléments dans un tweet et en a généralisé les conclusions.Cependant, il est clair que cette accusation ne comprend pas toute l'enquête de Robert Muller. Le vol d'e-mails au parti démocrate et leur publication par WikiLeaks ne sont pas mentionnés du tout, tout comme le vol d'e-mails de John Podesta, le leader de campagne d'Hillary. Et la rencontre, en juin 2016, entre une avocate russe et trois personnages clés de la campagne (Donald Trump Junior, l'ancien chef de campagne Paul Manafort et le gendre Jared Kushner) dans la Trump Tower ne fait pas partie du dossier.Le "cuisinier de Poutine" et "le diable"Des ténors des services de renseignements américains ont souvent prétendu que le président russe Vladimir Poutine se cachait derrière cette opération russe.Ce contact serait alors passé par le personnage le plus célèbre parmi les treize accusés, Yevgeny V. Prigozhin (56 ans). Prigozhin, alias "le cuisinier de Poutine" était le chef de l'Agency Internet Research et officiellement le chef des opérations russes aux États-Unis. Prigozhin est un oligarque proche de Poutine, dont le départ dans la vie n'est guère prometteur. À vingt ans, il est condamné à neuf ans de prison pour plusieurs méfaits, dont une attaque à main armée. Après sa mise en liberté, il se fait vendeur de hot dogs. Peu après, il ouvre une série de restaurants à Saint-Pétersbourg. Poutine devient son client et le courant passe. Prigozhin se voit confier de plus en plus de contrats pour des repas pour des écoles, de l'armée, et des banquets d'état.Selon The New York Times, qui cite la Fondation Anti-Corruption, ces cinq dernières années, Prigozhin aurait décroché pour 3,1 milliards de dollars de contrats publics. Selon le Times, il engage aussi des mercenaires chargés de défendre des champs de pétrole en Syrie et en échange il aurait négocié un pourcentage des revenus pétroliers. Il est impensable que cet acolyte de Poutine ait lancé "la guerre d'informations" aux États-Unis à l'insu et sans consentement ni directives de son président.L'oligarque a rapidement réagi à sa mise en accusation. "Les Américains sont des gens influençables", a-t-il fait savoir : "Ils voient ce qu'ils veulent voir. Je les traite avec beaucoup de respect. Je ne suis pas du tout bouleversé d'être sur cette liste. S'ils veulent voir le diable, qu'ils le voient".