L'Union européenne doit rester réaliste quant à l'état hasardeux des négociations sur le Brexit et se préparer à déployer un budget de plusieurs milliards pour protéger le bloc de la perspective d'un scénario d'une sortie du Royaume-Uni sans accord, le fameux "no deal". Ce sont les mots du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, rapportés par The Guardian.
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L'Union européenne doit rester réaliste quant à l'état hasardeux des négociations sur le Brexit et se préparer à déployer un budget de plusieurs milliards pour protéger le bloc de la perspective d'un scénario d'une sortie du Royaume-Uni sans accord, le fameux "no deal". Ce sont les mots du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, rapportés par The Guardian. Alors que les visions des deux parties sont encore éloignées sur les questions les plus difficiles, Jean-Claude Juncker a déclaré cette semaine devant le parlement irlandais qu'il intensifiait les préparatifs en vue d'un éventuel échec des négociations. Un plan est également en préparation pour tenter de maintenir la paix en Irlande du Nord. Les discussions pour éviter une frontière dure avec la République d'Irlande menacent de contrecarrer toute tentative de progrès pour un accord plus large. La Première ministre britannique Theresa May refuse de soutenir la solution qui permettrait à l'Irlande du Nord de rester dans l'union douanière et dans le marché unique. Le Royaume-Uni a jusqu'ici proposé que l'ensemble du Royaume-Uni reste dans l'union douanière pendant une période limitée après le Brexit, jusqu'à ce qu'une solution pour la frontière irlandaise soit trouvée. Mais les parties peinent à se mettre d'accord sur cette épineuse question. "On est presque arrivé nulle part, alors qu'on attend toujours le Royaume-Uni, y compris sur la question du backstop pour l'Irlande", a noté un responsable européen sous couvert d'anonymat. La solution dite de "backstop" consiste en un "filet de sécurité" qui s'appliquerait faute de meilleure solution négociée entre Londres et Bruxelles, prévoyant un alignement réglementaire de l'Irlande du Nord sur l'Union après le Brexit.Jean-Claude Juncker a pour sa part promis de ne pas abandonner l'Irlande à la dernière minute pour un accord partiel. Il juge d'ailleurs que cela fait partie des priorités car "la frontière de l'Irlande est la frontière de l'Europe". Il est donc crucial pour l'UE de se préparer à la pire des issues dans ces négociations : une sortie sans accord. "Avec le pragmatisme vient le réalisme. Nous devons nous préparer à toutes les éventualités, y compris celle du no-deal. Ce n'est ni un résultat souhaité ni un résultat probable. Mais ce n'est pas impossible. Et nous nous préparons juste au cas où", a expliqué le président de la Commission devant les députés et sénateurs irlandais. "Nous utiliserons tous les outils qui sont à notre disposition, ce qui pourrait prendre la forme d'un amortisseur. Le nouveau budget à long terme de l'Union à partir de 2021 a une flexibilité intégrée, qui pourrait nous permettre de réorienter les fonds si la situation se présentait". Il a également évoqué un budget pour un nouveau programme de paix, qui a déjà contribué par le passé à faire tomber les barrières entre les communautés d'Irlande du Nord et les régions frontalières. Jean-Claude Juncker a confié la préparation d'un scénario sans accord à Martin Selmayr, son ancien chef de cabinet devenu secrétaire général de la Commission européenne, précise The Guardian. Ce dernier a élaboré une série de changements législatifs qui seraient nécessaires, "au cas où", et a même soulevé la perspective, bien que peu probable, d'exiger un visa aux citoyens britanniques pour fouler le sol européen. La perspective d'un "no-deal" ne serait favorable à aucune des parties, mais les deux s'y préparent.