Le cyberactiviste et fondateur de Wikileaks, Julian Assange, aura passé 7 ans dans l'Ambassade équatorienne à Londres, après y avoir demandé l'asile politique. Le 11 avril dernier, la police britannique mettait un terme à son séjour en l'arrêtant, avec l'aval de l'Equateur.
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Le cyberactiviste et fondateur de Wikileaks, Julian Assange, aura passé 7 ans dans l'Ambassade équatorienne à Londres, après y avoir demandé l'asile politique. Le 11 avril dernier, la police britannique mettait un terme à son séjour en l'arrêtant, avec l'aval de l'Equateur. Au sein de l'ambassade, Julian Assange aura été étroitement surveillé, en atteste de nombreux documents, vidéos et fichiers audio enregistrés par l'entreprise de défense et de sécurité privée espagnole Undercover Global S. L., chargée de protéger la mission diplomatique au Royaume-Uni entre 2012 et 2018, révèle le quotidien espagnol El Pais. L'entreprise a mobilisé ses employés dans le but de récolter à l'aide de caméras et d'écoutes actives un maximum d'informations sur le cyberactiviste. Tous ses faits et gestes ont été scrupuleusement observés au quotidien par les services de sécurité de la mission diplomatique, rapports détaillés à l'appui. Des dizaines d'entretiens au cours desquels Julian Assange - surnommé "l'hôte" par l'équipe de sécurité privée - discutait avec ses visiteurs et ses avocats de sa stratégie de défense ont ainsi été enregistrés, notamment entre décembre 2017 et mars 2018. Parmi les écoutes, des plans secrets élaborés pour exfiltrer le cyberactiviste de l'ambassade afin de l'emmener en Russie ou à Cuba. Des projets qui n'ont finalement pas été exécutés, l'activiste les percevait comme "un échec". Cet espionnage rapproché 24/24 a été intensifié sous le gouvernement de Lenín Moreno, c'est lui qui a finalement décidé de livrer l'activiste aux autorités britanniques. Dans le rapport daté du 17 janvier 2017, le surveillant note : "L'hôte fait preuve de beaucoup d'exaltation et de nervosité après la communication de la grâce accordée à Chelsea Manning (soldate accusée d'avoir transmis des documents secrets à Wikileaks)". Ou encore, lors de la visite de Walaman Adan Robert, le 12 janvier 2017: "Julian donne beaucoup d'informations. L'invité ne cesse d'écrire dans son agenda. La tension est palpable dans la salle. L'invité cache toujours son agenda avec ses mains. Stella se penche à la porte de la salle, pensant qu'ils pourraient être écoutés".Le rapport du 5 février 2017 indique: "Depuis environ 21h00, l'hôte et Stella déplacent des objets de la chambre (habits, matelas, valises, etc.) vers la pièce de l'entrée. Il est 23h35 et ils continuent."El Pais explique aussi que le hacker allemand Müller-Maguhn a suscité beaucoup d'intérêt de la part des surveillants d'Assange. L'intérieur de son sac à dos a été photographié lors d'une de ses visites, plus spécifiquement ses numéros de téléphone portable. Plus insolite: les selles récoltées de la couche d'un bébé ont même été analysées pour vérifier s'il s'agissait du fils d'Assange et de l'une de ses plus fidèles collaboratrices. Ces activités de surveillance n'avaient rien à voir avec la prétendue protection de l'invité et réfugié à l'ambassade.Assange essayait par tous les subterfuges d'échapper à cette surveillance qu'il savait approchée. Lors d'entretiens avec des visiteurs, pris d'une certaine paranoïa, il allumait un modificateur de voix, dissimulé dans une lampe, sans que cela n'empêche toutefois les conversations d'être enregistrées. Le rapport du 21 janvier 2017 commence de la sorte : "15:30 - 18:28. Pamela Anderson. Ils échangent des informations par écrit. Ils se prennent en photo dans la salle de réunion. Le modificateur de voix est constamment allumé".Sur certaines vidéos, on voit le cyberactiviste prendre des notes dans un dossier en relevant la couverture afin de cacher ce qu'il écrit et échappé aux analyses graphologiques. Assange rencontrait aussi parfois ses visiteurs dans les toilettes pour femmes, un lieu qu'il considérait comme sûr nous apprend le journal espagnol. David Morales, propriétaire et directeur d'UC Global S.L., refuse de dire si son entreprise a espionné Assange. "Toutes les informations sont confidentielles et appartiennent au gouvernement équatorien. Notre entreprise a été engagée en sous-traitance par le gouvernement de l'Équateur. Nous nous limitons à effectuer un travail. Je ne peux faire aucun commentaire sur ce que nous avons fait là-bas, je ne peux donner aucun détail", affirme-t-il à El Pais. A la question : "Avez-vous espionné monsieur Assange ?", il répond : ""Nous avons nos règles morales et éthiques et elles ont été respectées". Les Etats-Unis ont retenu dix-huit chefs d'inculpation contre Julian Assange et le cumul des peines encourues pour toutes ces accusations se monte à quelque 175 ans de prison. Il est accusé d'avoir publié des milliers de télégrammes diplomatiques confidentiels du Département d'Etat des Etats-Unis, ainsi que de nombreuses informations confidentielles sur les guerres en Irak et en Afghanistan. L'audience d'extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis a été fixée à février 2020 par la justice britannique.