La performance, c'est sûrement ce qui caractérise le mieux le coaching politique. Inlassablement exposés, bon nombre de politiques se heurtent aux jugements, aux analyses scrupuleuses de leurs moindres faits et gestes et aux tempêtes médiatiques. Dans cette quête du perfectionnement et face aux aléas stressants du métier, la plupart des élus se munissent d'intervenants à leurs côtés afin de préparer leurs interventions publiques. Encore très discrets, ces partenaires de choix forment la préparation mentale du demandeur. Un vrai training de champion.
...

La performance, c'est sûrement ce qui caractérise le mieux le coaching politique. Inlassablement exposés, bon nombre de politiques se heurtent aux jugements, aux analyses scrupuleuses de leurs moindres faits et gestes et aux tempêtes médiatiques. Dans cette quête du perfectionnement et face aux aléas stressants du métier, la plupart des élus se munissent d'intervenants à leurs côtés afin de préparer leurs interventions publiques. Encore très discrets, ces partenaires de choix forment la préparation mentale du demandeur. Un vrai training de champion.De Gaule et Kennedy montraient déjà leur intérêt pour une communication travaillée et pertinente. Luc Teyssier d'Orfeuil, coach politique et fondateur de Pygmalion Communication, insiste sur l'importance de se construire une image solide et d'avoir une prise de parole irréprochable : "Je pense que les politiques ont toujours fait ce type de travail", convint-il, "le coaching permet une gestion plus efficace de son image et se répand dans des milieux très variés." Ainsi, des comédiens, voire même des dirigeants d'entreprises, font appel à ces services. Selon lui : "Le coaching, ce n'est pas seulement être là quand il y a un souci, que du contraire."Concrètement, le coaching vise à accompagner la personne de façon personnalisée et n'intervient pas sur le contenu. Il n'influence en aucun cas le politique dans ses actions. Faire passer de l'émotion, avoir un impact, montrer sa force, sa présence, sa capacité à tenir les rênes... Tout ça se travaille comme peut le faire un comédien qui monte sur une scène. Les méthodes utilisées touchent à la gestuelle, la voix, la prise de parole, la gestion du stress et de la pression liée au temps ... Le tout pour être en totale adéquation avec le message à faire passer. Emmanuel Macron, actuellement engagé dans la course à l'Elysée, a, par exemple, un chanteur d'opéra à ses côtés pour corriger sa voix. Le baryton révélera ainsi qu'il n'est pas le seul politique à avoir recours à ces types de conseils."Au-delà du contenu et des idées, l'image que chaque candidat va déployer par sa présence, sa prestance, sa force et sa nature, peut faire toute la différence. Un débat par exemple, lors duquel des millions de Français ne sont pas encore décidés, constitue un exercice sans faille pour le candidat. Il peut alors former à son terme à un obstacle ou à une porte éventuelle pour accéder à l'étape suivante. Les candidats à la présidentielle ont tous énormément travaillé, pas seulement avec des coachs, mais beaucoup avec des conseillers en communication," note le fondateur de Pygmalion. Selon lui, la communication est un outil très précieux dans ce cadre. Pour que le discours soit efficace, il faut que l'image soit cohérente.Le coach va ainsi, à l'inverse du conseiller en communication, être là pour poser des questions : "interpeller sur le programme, sur les idées, si elles sont bonnes ou mauvaises ... ". Le coach s'apprête, avant tout, à un travail de questionnement, mais n'arrive pas à des solutions "toutes faites". Pour la forme, les techniques mises au point sont très nombreuses : "moi, je travaille sur la forme grâce à mes nombreuses techniques théâtrales", explique Luc Teyssier d'Orfeuil, spécialiste notamment dans le coaching de comédiens. Partisan de la méthode Coué, il estime que la confiance en soi est par ailleurs primordiale.Si nous nous attardons sur le dernier "Grand débat" présidentiel, diffusé lundi 20 mars sur TF1, le coach pointe par exemple les phrases fortes déclarées durant la soirée, ce que les politiques ont souhaité dire ou ne pas dire, qui a été attaqué ou pas ... "Le conseiller lui dira s'il a eu tort ou raison, tandis qu'un coach demandera au politicien si l'image projetée au public correspond à ce qu'il souhaite ou non ", indique-t-il.Il semble que oui. Contrairement aux apparences, un coach ne transforme pas nos candidats, il les "unifie". "Unifier une personne, c'est pouvoir lui permettre d'être en adéquation complète avec ce qu'elle est profondément. Si on est pleinement aligné, alors on est pleinement performant", souligne Luc Teyssier. D'après lui, tout est dans l'authenticité. Les techniques utilisées ne veillent pas à transformer l'homme politique, mais à le rendre plus percutant. "C'est avant tout permettre d'être dans l'authenticité, d'être juste et à l'aise dans ce qu'on dégage ", affirme-t-il. Le stress peut parfois tout remettre en jeu, il est donc primordial de faire un travail sur soi-même.Daniel Neuret, lui aussi coach politique pour son entreprise ChoiceCoaching, pense par ailleurs que le coaching n'est qu'un simple outil utilisé à un moment donné lorsqu'il y a une zone d'inconfort : "c'est plus un ingrédient dans un système de communication, un petit accessoire qui peut faire la différence."Condamnés à travailler en coulisse, ces personnages de l'ombre se font discrets. Si aux Etats-Unis, le métier est devenu monnaie courante et jugé "gratifiant" pour le politique, il est, par contre, perçu en Europe comme une "preuve de faiblesse" : "la plupart viennent me voir en soirée et me font rentrer par la petite porte pour ne pas que ça se sache ", admet le coach. Daniel Neuret croit cependant en l'évolution des mentalités : "à l'époque, le recours à ces formes d'aide était tabou. Maintenant, nous prenons en considération le fait que le politique est un être humain en évolution, qu'il a des blessures comme tout le monde et qu'il essaie de mieux vivre. On voit le phénomène de manière plus positive et constructive ", soutient-il.Noémie Joly