Elu, il y a près d'un an, avec une coloration européenne très prononcée, Emmanuel Macron engage sur la relance de l'Union européenne la part essentielle de son crédit international. Cette exigence planera sur toute la durée de son mandat. Mais, si séduisantes que soient les propositions novatrices qu'il a formulées lors de son discours à l'univsersité de la Sorbonne le 26 septembre 2017, ces dernières n'auront de portée que si elles sont suivies par les 27 autres partenaires de l'UE - en tout cas par une part suffisamment significative d'entre eux. Or, deux murs paraissent se dresser devant le président français.
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Elu, il y a près d'un an, avec une coloration européenne très prononcée, Emmanuel Macron engage sur la relance de l'Union européenne la part essentielle de son crédit international. Cette exigence planera sur toute la durée de son mandat. Mais, si séduisantes que soient les propositions novatrices qu'il a formulées lors de son discours à l'univsersité de la Sorbonne le 26 septembre 2017, ces dernières n'auront de portée que si elles sont suivies par les 27 autres partenaires de l'UE - en tout cas par une part suffisamment significative d'entre eux. Or, deux murs paraissent se dresser devant le président français. Premièrement, l'Europe est parcourue, après la crise ouverte par le Brexit, par la marée montante des europhobes. En clair, l'affrontement qui opposa Marine Le Pen et Emmanuel Macron en 2017 se transpose à l'échelle de tout le continent en 2018. Le 8 avril, Viktor Orban a été triomphalement réélu président de la Hongrie, après avoir affiché son nationalisme sans complexe : c'est une onction populaire qui résonne dans toute l'Union. Au sein du Parlement européen, les élus du Fidesz d'Orban sont membres du Parti populaire européen (PPE), composé d'une bonne proportion de démocrates-chrétiens et de conservateurs supposés modérés ; c'est dire si l'opportunité leur est offerte de répandre leurs idées parmi la droite " classique ". Déjà, Orban fait tache d'huile, il est érigé en exemple par le gouvernement réactionnaire polonais et se voit perçu comme un allié par des partenaires du jeune chancelier autrichien, Sebastian Kurz. On ne peut plus objecter à cette réalité la fameuse exception nationaliste qui caractériserait seulement les pays d'Europe centrale. Car le cas de l'Italie est aussi accablant : à l'issue du vote du 4 mars dernier, le consternant Mouvement 5 étoiles est arrivé en tête du scrutin, avec 32 % des voix, tandis que la coalition de droite et d'extrême droite (Silvio Berlusconi - Matteo Salvini) a obtenu 37 % des voix.Deuxièmement, l'Allemagne fait montre d'un scepticisme grandissant à l'égard des avancées que propose Macron. Angela Merkel, il est vrai fragilisée par une coalition qui exige d'elle une attention permanente à la moindre initiative en matière européenne, est obligée de suivre au plus près les réserves de son parti au sujet de la proposition macronienne de création d'un budget de la zone euro. A quoi s'ajoute la prudence extrême d'Angela Merkel au sujet de la Syrie, bien qu'elle ait officiellement soutenu l'intervention américano-franco-britannique. Il y a, certes, des raisons institutionnelles à sa réserve : il est nécessaire de demander l'autorisation au Bundestag pour une telle initiative, ce qui ne manquerait pas de réveiller les adversaires de la chancelière. Mais le paradoxe veut que, sur le plan militaire, Paris collabore sans le moindre nuage avec Londres, nonobstant le Brexit ; et que l'on n'ait peu à attendre de Berlin, pourtant réputé le partenaire le plus proche de la France. Plus que jamais, la relance de l'Europe est une question de volonté - et de courage. Emmanuel Macron aura fort à faire pour sortir de la solitude du coureur de fond.