Sources

Le nom de l'auteur du signalement n'est connu pour l'instant que de l'inspecteur général du renseignement national. Le lanceur d'alerte écrit dans sa lettre qu'il tient ses informations de plus d'une demi-douzaine de responsables américains.

Dissimulation

La Maison Blanche est accusée d'avoir enregistré le compte-rendu de l'appel téléphonique sur un serveur réservé aux contenus classifiés ou sensibles, utilisés par le Conseil de sécurité nationale pour par exemple des opérations de renseignement. D'ordinaire, les comptes-rendus de conversations sont placés sur un serveur permettant au reste de l'administration et aux ministres de les consulter.

"Des responsables de la Maison Blanche m'ont raconté qu'ils avaient été +enjoints+ par les avocats de la Maison Blanche de retirer la transcription électronique du système informatique où de telles transcriptions sont d'ordinaire conservées", écrit le lanceur d'alerte.

"Ces différents actes ont mis en évidence, à mes yeux, que des responsables de la Maison Blanche comprenaient la gravité de ce qu'il s'était passé lors de cet appel", poursuit le lanceur d'alerte.

En annexe, il ajoute: "D'après des responsables de la Maison Blanche à qui j'ai parlé, ce n'était +pas la première fois+ sous cette administration qu'une transcription présidentielle était placée dans ce système (...) purement dans le but de protéger des informations politiquement sensibles, et non sensibles d'un point de vue de sécurité nationale".

Ingérence

Le motif du signalement du lanceur d'alerte est explicitement écrit dès le deuxième paragraphe: "Dans le cadre de mes fonctions officielles, j'ai été informé par plusieurs responsables du gouvernement américain que le président des Etats-Unis utilisait les capacités de sa fonction pour solliciter l'ingérence d'un pays étranger dans l'élection de 2020 aux Etats-Unis".

Le 25 juillet, après quelques banalités, le président Trump "a utilisé le reste de l'appel pour promouvoir ses intérêts personnels", en l'occurrence:

- enquêter en Ukraine sur son rival politique Joe Biden (candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine de 2020) et son fils Hunter;

- enquêter sur une origine ukrainienne aux accusations d'ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016;

- et rencontrer "deux personnes explicitement désignées par le président comme ses émissaires personnels" sur ces sujets, l'ancien maire de New York Rudy Giuliani, et le ministre de la Justice Bill Barr.

Canaux parallèles et pressions

Le lanceur d'alerte retrace enfin les voyages et déclarations de Rudy Giuliani en tant qu'"émissaire" de M. Trump. Il rapporte ainsi une rencontre de M. Giuliani à Madrid vers le 2 août dernier avec un conseiller du président ukrainien nommé Andriy Yermak.

"A partir de la mi-mai, plusieurs responsables américains m'ont dit qu'ils étaient profondément inquiets par ce qu'ils percevaient comme le contournement de la part de M. Giuliani des processus de décision liés à la sécurité nationale afin de nouer le dialogue avec des responsables ukrainiens et de relayer des messages entre Kiev et le président", rapporte le lanceur d'alerte.

Il explique aussi avoir appris de sources gouvernementales que le nouveau pouvoir ukrainien avait reçu le message que la relation entre les deux présidents dépendrait de la volonté de M. Zelensky de "jouer le jeu", avec l'aide militaire américaine à l'Ukraine dans la balance. En juillet, M. Trump a ainsi ordonné personnellement la suspension de cette aide, écrit le lanceur d'alerte.