Arrêté peu après la découverte du camion mercredi dans une zone industrielle à une trentaine de kilomètres de la capitale britannique, Maurice Robinson, originaire d'Irlande du Nord, est poursuivi pour homicides involontaires, trafic d'êtres humains, aide à l'immigration illégale et blanchiment d'argent, selon la police britannique. Il doit être présenté devant la justice lundi.

Trois autres personnes restaient en garde à vue samedi, dont un couple. Selon les médias britanniques, il s'agit de la dernière propriétaire déclarée du camion Scania qui a servi à tracter la remorque où ont été découvertes les victimes, et de son mari.

Selon ces médias, qui ont interrogé le couple avant l'arrestation, ils ont nié toute responsabilité, affirmant qu'ils avaient vendu le camion il y a un an.

Une cinquième personne, un homme d'une vingtaine d'années, a été arrêté samedi à Dublin, selon la police locale.

Les enquêteurs britanniques ont entamé un long travail pour déterminer l'identité des victimes. Après avoir indiqué dans un premier temps qu'ils pensaient que les 31 hommes et 8 femmes retrouvés morts étaient des ressortissants chinois, des doutes sont apparus.

Au moins deux familles vivant dans le centre du Vietnam ont fait part de leurs craintes que leurs enfants, munis de faux passeports chinois, aient péri dans le camion frigorifique.

Nguyen Dinh Gia, le père d'un jeune Vietnamien de 20 ans, a révélé samedi à l'AFP avoir reçu un appel glaçant il y a quelques jours lui annonçant que son fils était mort en tentant de rejoindre le Royaume-Uni.

Un interlocuteur inconnu s'exprimant en Vietnamien lui a dit: "j'implore votre pardon, quelque chose d'inattendu s'est produit".

"Je me suis écroulé en entendant ça" a déclaré M. Nguyen à l'AFP. "Il semble que mon fils était dans ce camion. Ils sont tous morts".

Selon Nguyen Dinh Gia, son fils lui avait fait part il y a deux semaines de son projet de rejoindre la Grande-Bretagne depuis la France, où il vivait illégalement depuis 2018.

- 'en train de mourir' -

L'AFP a rencontré samedi une autre famille, vivant dans une simple cabane recouverte d'une tôle ondulée à Nghe An, dans le centre du Vietnam. Elle aussi redoute que leur fille soit parmi les victimes retrouvées dans le camion frigorifique.

Pham Thi Tra, 26 ans, avait envoyé un message au téléphone à sa mère expliquant qu'elle ne pouvait "plus respirer", qu'elle était "en train de mourir", a raconté son frère à l'AFP.

Les deux familles sont originaires de la même région de Ha Tinh, une partie très pauvre du Vietnam d'où partent nombre de migrants.

Ils cherchent souvent à rejoindre la Grande-Bretagne pour travailler dans des bars à ongles ou des fermes illégales de culture de cannabis, dans l'espoir de gagner de l'argent rapidement.

Beaucoup passent par la Russie ou par la Chine, avec de faux papiers et ce périple peut leur coûter jusqu'à l'équivalent de 36.000 euros, une fortune au Vietnam où le revenu moyen ne dépasse pas 2.000 euros par an, selon la Banque mondiale.

"Il est clair que des criminels, car il est bien question de criminels, de meurtriers, prennent de plus en plus de risques avec ces personnes vulnérables", a déclaré samedi l'un des responsables de la police britannique, Martin Pasmore.

Une association de Vietnamiens vivant en Grande-Bretagne, VietHome, a reçu des photos d'une vingtaine de Vietnamiens disparus depuis la découverte du camion. Dès mercredi l'association dit avoir reçu des messages les informant de la disparition de personnes âgées de 15 à 45 ans.

Dans un communiqué samedi, le ministère des Affaires Etrangères vietnamien a indiqué que son ambassade à Londres travaillait à "accélérer le processus d'identification des victimes."

Le container transportant les migrants était arrivé par ferry au port de Purfleet, dans l'estuaire de la Tamise, en provenance de Zeebruges en Belgique une heure avant que la police se rende sur place, appelée par des secours.