- Pourquoi la France intervient-elle ?

Les liens étroits entre la France et le Liban remontent au XVIe siècle quand, après un accord entre le roi François 1er et l'empire ottoman, les rois de France deviennent les protecteurs officiels des chrétiens d'Orient.

Après l'effondrement de la Sublime Porte, la France devient en 1920 la puissance mandataire du Liban, dont elle fixe les frontières avec la Syrie. La France Libre (le régime de résistance extérieure à l'Allemagne nazie) accorde en 1943 son indépendance au pays du Cèdre.

Depuis, la France a toujours tenté de faire de ce pays multi-confessionnel, dont le président doit, aux termes de la Constitution, être chrétien et le Premier ministre musulman sunnite, un point d'appui de son influence au Proche-Orient.

"Ce qui fait notre force dans le dossier libanais", confie à l'AFP Denis Bauchard, expert du Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales (IFRI), "c'est que nous parlons à tout le monde".

"La France a une relation privilégiée au Liban avec les trois communautés, y compris des contacts avec les chiites", dit-il. Cette initiative française coïncide "avec une politique américaine qui inquiète et une éclipse de la Grande-Bretagne pour cause de Brexit".

- Quels sont les liens qui unissent la France à la famille Hariri ?

Ils remontent au début des années 80 quand Jacques Chirac, alors maire de Paris, rencontre un homme d'affaires libanais qui a fait fortune dans le BTP en Arabie Saoudite, Rafic Hariri, le père de Saad.

Une amitié profonde naît entre les deux hommes, le groupe de Rafic Hariri multiplie les investissements et les acquisitions en France. Le siège d'Oger International, filiale de Saudi Oger, la maison mère du groupe familial, est installé en banlieue parisienne.

Leurs liens se renforcent quand Rafic Hariri devient Premier ministre du Liban, pour la première fois, en 1992 et Jacques Chirac est élu à la présidence de la République en 1995. Jacques Chirac est le seul chef d'État occidental à se rendre aux obsèques de Rafic Hariri, tué dans un attentat à Beyrouth le 14 février 2005, qu'il compare à Charles de Gaulle. Il reçoit ensuite régulièrement à l'Elysée Saad Hariri.

A son départ de l'Elysée en 2007, Jacques Chirac est hébergé dans un duplex de 180 m2 à Paris, mis à sa disposition pendant plus de huit ans par la famille Hariri.

- La venue à Paris de Saad Hariri serait-elle un succès pour la diplomatie du président Macron ?

Annoncée pour "très bientôt" par Saad Hariri lui-même, à la suite d'une invitation lancée par Emmanuel Macron, l'arrivée à Paris du Premier ministre démissionnaire et de sa famille permettrait de trouver une issue à la crise politique née le 4 novembre. Ce jour-là, M. Hariri avait annoncé son retrait, de Ryad, ce qui avait choqué le Liban et donné lieu à des accusations de "détention" en Arabie Saoudite.

Le dossier a été évoqué à l'occasion d'une brève visite, le 9 novembre, du président français à Ryad, au cours de laquelle il s'est entretenu avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian s'est rendu mercredi à Ryad où il a notamment rencontré jeudi, dans sa villa, Saad Hariri.

L'implication personnelle de M. Macron dans la crise libanaise lui a déjà valu un satisfecit de l'ancien Premier ministre de droite Alain Juppé, qui a estimé qu'"il est bon que le président mouille sa chemise pour jouer un rôle de médiateur".

Jeudi, le quotidien francophone libanais L'Orient Le Jour titrait : "Paris en Deus ex machina" et estimait que "le forcing de Paris devrait s'avérer payant : l'issue suggérée par le président français a fait baisser la tension d'un cran".

Dans un contexte de rivalité régionale exacerbée entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, qui disposent de relais locaux puissants au Liban et pourraient être tentés d'y vider leur querelle, Paris veille à maintenir de bonnes relations et des canaux de communication efficaces avec les deux pays.